8-Mai 1945-8 Mai 2018. Comme chaque année l’Algérie rend hommage aux victimes des massacres commis, il y a soixante-treize ans, par le pouvoir colonial à Sétif, Guelma et Kherrata.

Comme chaque année, des témoins encore vivants se souviennent de ces tueries et du traumatisme qu’elles ont laissé dans l’imaginaire collectif algérien. La date est propice au souvenir comme au recueillement, ainsi qu’au retour sur les luttes qui ont marqué le mouvement national pour l’indépendance, en 1962.
Elle est l’occasion de rencontres et de colloques, comme celui organisé la semaine dernière à Sétif sur «les massacres coloniaux» auquel a participé, entre autres, l’historien Gilles Manceron, qui travaille beaucoup sur le fait colonial en Algérie. Outre l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM) et l’Organisation nationale des enfants de chouhada (Onec), un des initiateurs de ces commémorations traditionnelles est la Fondation du 8-Mai 1945. Cette structure associative, créée en 1990 à l’initiative de Bachir Boumaza, lui-même natif de Kherrata en 1927, a brillé à ses débuts par une activité intellectuelle débordante, dédiée entièrement à cet évènement afin qu’il ne sombre pas dans l’oubli, et, plus largement, à l’interrogation sur le fait colonial, sa brutalité, les bouleversements qu’il a induits dans la société algérienne jusqu’aux années 1940 et les prémisses du soulèvement de Novembre 1954. Son activité a commencé à décliner lorsque son premier président s’est vu confier, en 1997, la présidence du Conseil de la Nation (Sénat). Elle a encore baissé d’intensité à la disparition de M. Boumaza  et son remplacement par l’historien  Mohamed El Korso, aux premières années de la décennie 2000. Depuis cette époque, deux présidents se sont succédé à la tête de la fondation. Kheirredine Boukherissa, architecte de formation et féru d’histoire, mort en décembre 2011, après avoir tenté de redonner à la structure la visibilité qu’elle avait au temps de son fondateur Bachir Boumaza. Puis, actuellement, Abdelhamid Salakdji, qui semble être le moins charismatique de tous les responsables de la fondation, même s’il est depuis 2016 à son deuxième mandat qui court jusqu’en 2020.  Mais  il est également celui qui a eu à assumer toutes les difficultés à maintenir en vie cette structure, au-delà de la production de discours de circonstance. Hier, il s’est exprimé  pour l’APS en déclarant, à propos des fosses communes ouvertes durant les massacres de mai 1945, que «nombre de ces fosses sont encore méconnues, mais beaucoup d’autres sont  connues et parsèment le territoire national, à l’instar de celles des localités d’Aïn Roua, Beni Aziz, Amoucha, Aïn Kébira, Bouandès, Sidi Saïd, Héliopolis…» Au-delà des déclarations, il n’y a rien, sauf la gêne qu’a aujourd’hui l’historien Mohamed El Korso d’en parler. Il a décliné hier notre invitation à parler des activités de la fondation et de son avenir. Il n’y a rien sauf des projets annoncés et toujours en attente. La collecte, la constitution et la numérisation des archives relatives aux massacres, la mise sur pied d’une bibliothèque recouvrant tous les écrits inhérents à ce pan de l’histoire contemporaine du pays ainsi que d’autres chantiers jamais ouverts, sauf celui de la «médiatisation» des crimes commis le 8-Mai 1945 et à laquelle participent des structures plus efficaces ainsi que des chercheurs en histoire et spécialistes de la période coloniale. Dans un entretien à Reporters, en mai 2015, M. Salakdji avait particulièrement insisté sur la création d’une bibliothèque. «Nous nous intéressons à toutes les publications en rapport avec ces événements, qu’elles soient algériennes ou étrangères. Nous avons mis en place un système de collecte en trois volets. En premier lieu, nous nous sommes abonnés à toutes les revues historiques publiées à l’étranger, étant donné que l’accès direct aux archives de guerre est, comme vous le savez, très difficile. En deuxième lieu, nous tentons de trouver toute la filmographie de l’époque, les documentaires historiques produits par des réalisateurs algériens ou étrangers. Enfin, nous sommes en train de retracer l’histoire de l’Algérie en photos. Nous avons retrouvé plusieurs photos d’archives dont les premières remontent à l’époque de l’Emir Abdelkader.
Nous y travaillons avec un groupe d’historiens», avait-il déclaré dans notre journal. Sans suite, cependant. On a tenté de contacter M. Salakdji pour lui demander de commenter la demande du Parti des travailleurs (PT) d’inscrire au calendrier officiel la date du 8-Mai 1945. En vain.