Outil essentiel dans toute décision politique, les statistiques demeurent le talon d’Achille de l’économie nationale qui tente laborieusement de réunir les conditions de son développement.

PAR NAZIM B.
Inscrit dans les projections du gouvernement depuis au moins deux ans, le 6e Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) fait encore du surplace, accusant un retard qui n’est pas sans incidence sur la prise de décision publique. Au mois d’octobre 2021, le ministre de la Numérisation et des Statistiques, Hocine Cherhabil, avait fait part de l’Organisation du 6e RGPH au premier semestre 2022. Le recensement, prévu avant juin prochain «permettra de fournir des statistiques sur divers indicateurs socio-économiques et culturels qui aideront les autorités à prendre des décisions conformes à la réalité et donneront une impulsion au développement du pays», avait-il déclaré. Force est de constater que l’échéance n’a pas été respectée, ce qui prolonge le déficit en la matière vu que le dernier recensement national remonte à 2008 et que le gouvernement Benabderrahmane tente visiblement de rattraper le retard.
La réunion du Gouvernement, tenue avant-hier, a abordé le projet du futur RGPH dans une communication commune présentée par le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, le président du Comité national du RGPH et le ministre de la Numérisation et des Statistiques, portant sur «l’état d’avancement des préparatifs se rapportant à la réalisation du 6e RGPH».
Les chargés de cette mission ont ainsi considéré qu’il s’agit de «la seule opération statistique structurante réalisée de manière exhaustive» dans la mesure où le RGPH «permet d’avoir une riche base de données et une batterie d’indicateurs socioéconomiques permettant d’éclairer la décision publique pour une meilleure prise en charge des besoins croissants de la population et l’amélioration du service public».
Il a été fait part de «l’achèvement de tous les travaux préparatoires cartographiques ainsi que la solution informatique dédiée à la collecte et la transmission des données en temps réel et qu’il sera mis à la disposition de l’Office national des statistiques (ONS) des moyens technologiques modernes à même de faciliter la récolte des informations statistiques inhérentes au RGPH, et ce, en vue de faciliter l’exploitation des données tout en réduisant les coûts et les délais de collecte et de traitement.
En finir avec l’estimation approximative
Il faut souligner que le président Tebboune a fait de la statistique et du recensement une priorité dès sa prise de fonction. Il a relevé, dans ce sens, le 6 février 2020 à l’occasion de la réunion extraordinaire consacrée à l’approbation du Plan d’action du Gouvernement Djerad I, des «imprécisions dans certains chiffres relatifs au domaine économique, rappelant que «l’économie ne repose pas sur des estimations approximatives mais sur des statistiques exactes». Il a demandé au ministre concerné de préparer «immédiatement» un recensement général de la population afin que la politique de la planification nationale soit fondée sur des bases solides, qui permettront de déterminer la consommation nationale quotidienne pour pouvoir adapter notre consommation et nos importations à nos besoins réels.
Il a instruit également la création d’un réseau interactif de statistiques s’étendant à tout le territoire national, de la commune au ministère chargé des statistiques, en vue de faciliter la maîtrise de l’économie.
Le président de la République est revenu par la suite à la charge, en janvier 2022, en donnant des instructions à l’effet de «recourir à des technologies modernes et innovantes, fabriquées localement» à l’occasion du Recensement général de la population, prévu la même année.
«Concernant l’opération de recensement de la population pour l’année 2022, le président de la République a ordonné de recourir à des technologies modernes et innovantes, fabriquées localement par de jeunes compétences nationales dans la nouvelle opération de recensement de la population, parallèlement à l’engagement de faire de cette année, l’année du décollage économique» a-t-on indiqué.
Pour sa part, le Directeur général de l’Office national des statistiques (ONS), Youcef Bazizi, a indiqué récemment que «plusieurs difficultés rencontrées lors des premières étapes préparatoires à cette opération ont été surmontées», appelant à «la mobilisation de tous pour réussir ce rendez-vous». «Les recensements généraux de la population et de l’habitat se font traditionnellement en Algérie tous les dix ans. Le dernier a été réalisé en 2008 et un autre aurait dû être fait en 2018. D’autre part, les directives du département de la population des Nations unies recommandent de les faire autour des années «0» de préférence comme l’année 2020, par exemple. Ceci dit, si un pays juge nécessaire de recenser sa population tous les 5 ans (comme aux USA) ou de façon permanente comme c’est le cas actuellement en France, il est libre de le faire», a expliqué à Reporters Ahmed Mokaddem, démographe, expert statisticien et économiste.
«Les recensements sont nécessaires, d’une part, pour la connaissance de la répartition géographique de la population selon les caractéristiques sociales et économiques des populations et, d’autre part, pour constituer des mises à jour des bases de sondages pour les enquêtes par sondage auprès des ménages», a encore relevé M. Mokaddem. n