Les passages à la barre des 102 accusés dans le lynchage et l’assassinat, en août 2021, de Djamel Bensmaïl, se sont poursuivis hier samedi au niveau du Tribunal pénal de première instance de Dar El-Beïda.

Par Nadir Kadi
Le déroulement du procès, ouvert mardi dernier, a notamment été marqué hier par la diffusion des terribles images du crime, prises au moment des faits par certains des suspects et le requis du procureur de la république qui en fin d’après-midi a réclamé des «peines capitales» contre les principaux accusés ainsi que 10 ans de prison ferme contre 23 suspects poursuivis pour avoir mutilé le cadavre de la victime.
Les questions des juges, la présentation des éléments matériels mais aussi les déclarations de certains accusés, visiblement heurtés par la violence des actes qui leurs sont reprochés, permettent après quatre jours de procédure d’apporter plus d’éclaircissement sur l’enchaînement des faits.
En effet, images difficilement soutenables, mais dont la diffusion a été estimée hier comme nécessaire au bon déroulement du procès. L’enchaînement des faits le 11 août 2021 au village de Larbaâ Nath Irathen, alors marqué par d’importants feux de forêt, apparaît aujourd’hui avec plus de clarté. Ainsi, le crime, selon les éléments rapportés, a commencé par une première agression à l’encontre de Djamel Bensmaïn alors qu’il se trouvait dans son véhicule en compagnie d’une seconde personne. Malmené, insulté et frappé par une foule de plusieurs dizaines d’individus qui le prenait vraisemblablement pour un pyromane, Djamel Bensmaïn sera finalement exfiltré par l’intervention de la police, avant de la placer dans un véhicule à destination du commissariat du village.
En ce sens, une séquence vidéo, diffusée à trois reprises par le tribunal, a montré le moment où le véhicule de police est attaqué et saccagé au niveau de la place Abane-Ramdane. Au moins trois suspects sont identifiés sur les images, notamment F. F. porteur d’une arme blanche, ou encore C. M. qui volera plus tard le téléphone de la victime. Par ailleurs, l’APS a également rapporté hier que qu’autres séquences vidéo montrent le lynchage de Djamel Bensmaïn, ou encore la destruction de certains biens et la désobéissance des accusés aux appels au calme lancés par les forces de la Sûreté nationale.
Quant aux déclarations de certains des principaux accusés, recueillies jeudi dernier par le tribunal, elles laissent entrevoir le remord de certains suspects, mais également une volonté de minimiser les responsabilités individuelles en invoquant le contexte des incendies ou la peur des réactions de la foule. Ainsi, l’un des accusés qui aurait mutilé le corps calciné de la victime a déclaré, selon des sources de presse : «La foule criait, il l’a tué, il faut l’égorger et lui enlever la tête. Je ne sais pas comment j’ai pu faire cela.» Ajoutant plus loin : «Ce jour-là, la population était en colère suite aux incendies.»
Par ailleurs, concernant la question des liens de certains accusés avec l’organisation MAK, placée sur la liste des structures terroristes, les réponses entendues jeudi ont en substance cherché à minimiser ou nier les éléments apportés par la justice. En ce sens, l’un des accusés qui aurait incité au meurtre nie tout lien avec le MAK : «J’ai vu une Clio Campus brûler et j’ai demandé aux passants les raisons. Ils m’ont dit qu’elle faisait partie des gens qui brûlaient les forêts et qui ont été arrêtés. J’étais content. J’ai pris des photos que j’ai diffusées sur ma page. Mon but était de soulager les gens de la région. Après je ne suis plus sorti de la maison.» Pour rappel, la justice retient contre les 102 accusés des chefs d’inculpation particulièrement lourds, notamment «commission d’actes terroristes et subversifs attentatoires à la sécurité de l’Etat et à l’unité nationale», «participation à un homicide volontaire avec préméditation et guet-apens», «incitation à la violence contre les membres de la force publique», «incitation à la discrimination et diffusion du discours de haine». n