La découverte sur deux cargaisons successives – novembre et décembre 2020 – de 30 000 tonnes de blé tendre importées de Lituanie et d’Estonie, dont un volume important de grains avariés, suscite de nombreuses interrogations. Pas seulement, puisque c’est devenu une affaire considérée d’une grave importance au point où le chef de l’Etat a ordonné, dimanche dernier, de procéder à un audit sur l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC). Autrement dit, de déclencher une enquête qui n’a pas tardé à être mise à exécution. En effet, des équipes d’inspection relevant du ministère des Finances se sont rendues ce lundi au niveau de l’OAIC. Selon des cadres de l’OAIC contactés par Reporters, mais qui ont tenu à garder l’anonymat, les inspecteurs dépêchés sur place sont à pied d’œuvre et ont commencé par passer au peigne fin tous les contrats d’achats conclus durant l’exercice comptable de 2020. Un travail de fourmi qui pourrait mener à découvrir des indices compromettant tous ceux parmi le personnel chargé des opérations d’importation, dont les montants financiers s’élèvent à des millions de dollars par an, faisant ainsi de l’OAIC un gouffre en devises pour l’Etat algérien. Ce qui pourrait expliquer l’empressement du chef de l’Etat d’élucider cette affaire de blé tendre avarié importé. Selon nos sources, dans les deux opérations d’importation «tout semble porter à croire que les clauses du contrat d’achat passé entre les fournisseurs et l’OAIC n’ont pas été scrupuleusement respectées». Faut-il déduire à partir de cette hypothèse que des conditions dans le cahier des charges de l’avis d’offre ont été récusées. Si c’est le cas, il faudra démontrer si cette omission s’est faite involontairement ou volontairement ? A cette dernière hypothèse, cela voudrait dire que les fournisseurs ont eu toute la latitude d’embarquer sur les vraquiers du blé tendre avarié moyennant des sommes d’argent à remettre à «X» ou «Y». D’autres sources qui ont occupé des postes de responsabilité au sein de l’OAIC, et que Reporters a pu joindre par téléphone, n’écartent pas l’hypothèse que la multiplication de la punaisassions aurait pu se produire lors de la traversée. L’un de ces derniers nous rappelant que l’OAIC a maintes fois décidé d’interdire le débarquement de cargaison de blé tendre ou dur pour cause d’avarie. «D’ailleurs des exemples du genre se comptent par dizaines au fil des années», nous confient-ils. En somme, selon ces derniers, le refoulement de vraquier n’a rien d’exclusif.
Cela dit, les supputations dans cette affaire de blé tendre avarié, découvert en l’espace d’un mois, vont trouver libre cours, du moins jusqu’aux résultats de l’enquête qui vient d’être enclenchée. Sur ce dernier point, il importe de rappeler qu’au lendemain de la découverte de 30 000 tonnes de blé tendre avarié de Lituanie, fin novembre dernier, le Premier ministre Abdelaziz Djerad avait limogé le Directeur général de l’OAIC, Abderrahmane Bouchahda, en poste depuis juillet 2019.Toujours dans ce même registre de rappel, il faut savoir qu’à l’exception du limogeage du Directeur général de l’OAIC, aucune autre décision n’a été prise, ne serait-ce qu’à titre conservatoire, et qu’il s’agit «d’une opération commerciale entre deux parties, régie par un cahier des charges, dont certaines spécificités n’ont pas été respectées par le fournisseur lituanien». Une déclaration qualifiée de véritable inertie de sa part au point où le chef de l’Etat a décidé de déclencher une enquête, comme souligné ci-dessus. C’est d’ailleurs tout à fait attendu tant il s’agit de la santé de la population. n