L’Autorité de régulation de l’audiovisuel (Arav) exhorte l’ensemble des médias nationaux, « singulièrement » les médias audiovisuels, à « adapter » leurs programmes aux exigences du « grave moment » que vit l’Algérie avec la propagation du coronavirus (Covid-19).
« Nous sommes persuadés que tous nos médias nationaux, singulièrement les médias audiovisuels, sauront adapter leurs programmes aux exigences du grave moment que vit notre pays », a souligné l’Arav. A cet effet, il revient aux médias « notamment de converger leur programme vers la prise de conscience par chacun et par tous de la gravité de la situation et de la vigilance qu’elle implique sans pour autant céder à la panique et la psychose, facteurs dommageables pour la réussite de actions entreprises », précise le communiqué.
L’intervention de l’Arav, alors que le risque sanitaire occupe une part très importante des programmes des chaînes de télévision regardées par les Algériens, a de quoi surprendre. Un petit « zapping » permet en effet de confirmer que tous ces médias, quels que soient les moyens dont ils disposent ainsi que leur popularité, confirment que tous se sont mis à l’heure du nouveau coronavirus, multipliant les plateaux, les « directs » et les reportages jusqu’aux coins les plus reculés du territoire national. En termes d’« adaptation », on assiste plutôt à une mobilisation de grande ampleur, sans doute inédite, abstraction faite de la qualité des programmes dont beaucoup n’ont rien à envier aux standards internationaux.
La surprise provoquée par le document de conseil de l’Arav s’estompe, cependant, quand on se rappelle que le prédicateur, vraiment singulier, de la chaîne Ennahar, s’est élevé contre la décision des autorités du pays de fermer temporairement les mosquées et demander aux fidèles de faire leurs prières chez eux. Son appel à ceux qui le regardent -et ils sont nombreux- à ne pas respecter l’avis du ministère des Affaires religieuses et à se rendre dans les mosquées, en dépit du risque réel de propagation du virus, a ébranlé beaucoup de gens, semé le doute et créé de la discorde quand « la situation n’est pas surtout à la surenchère religieuse mais à la responsabilité et à la protection de la santé et de la vie d’autrui », selon le théologien Kamel Chekat.
Cet incident étant rappelé, qui pose à nouveau et sous un angle ultrasensible en Algérie, le religieux, et la question de la responsabilité des chaînes de télévision privées, on comprend que le communiqué de l’Arav a été rédigé certainement en relation avec l’émission du prédicateur d’Ennahar. Comme beaucoup de ses semblables qui ont crié au complot contre l’islam, il n’a aucune compétence sanitaire et ne semble pas être conscient de la gravité de la situation actuelle. Pour ses compétences religieuses, on invite ceux qui ont l’autorité théologique et intellectuelle de se pencher rapidement sur son cas. Il y va de leur responsabilité.

La « régulation en temps de crise » bientôt en débat
Lu dans le communiqué de l’Arav encore : « Le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a, dans son dernier discours à la Nation, déterminé le niveau élevé de gravité de la pandémie, désormais entendue comme question de sécurité mondiale ». « Il s’agit dès lors de mener résolument une campagne vigoureuse de sensibilisation citoyenne, appelant à la stricte observation des mesures émises à cet effet par le gouvernement dont l’efficacité reste tributaire de l’unité, de la solidarité et du sens du civisme ». « Face à cette exigence qui découle de l’intérêt supérieur de la nation, toute autre considération, de quelque nature qu’elle soit, doit s’effacer ».
Le communiqué « soft » mais ferme de l’Arav s’est accompagné de l’information que la rencontre-débat autour du thème « Les programmes audiovisuels et les exigences du mois de Ramadhan », « devait déborder par ailleurs sur la question plus large du rôle de la régulation en temps de crise, un sujet que nous projetons de soumettre à un débat plus large à la faveur d’un prochain colloque international », explique-t-elle. « Mais la grave crise sanitaire de portée mondiale qui impacte notre pays nous impose de différer ce débat, pourtant d’une actualité brûlante, les impératives et incontournables mesures préventives prises par les pouvoirs publics dans le cadre de la lutte contre le Covid-19 interdisant, entre autres, tout rassemblement », a ajouté l’Arav dans son communiqué. La rencontre en question était prévue pour le 19 mars 2020 avec la participation des chaînes éditrices de programmes télé et radio (publiques et privées), les représentants des différentes institutions nationales directement concernés (Haut-conseil islamique, communication, santé publique, commerce, culture) ainsi que des universitaires chercheurs.<