Dans un entretien paru hier dans les colonnes du magazine France Football, Islam Slimani a retracé son parcours et les épreuves difficiles qu’il a traversées pour pouvoir s’imposer au plus haut niveau. N’ayant pas pu boucler un transfert lors du dernier jour du mercato estival fermé lundi à minuit, l’avant-centre algérien se retrouve dos au mur à Leicester City avec lequel il lui reste une année de contrat. Une situation qui ne le dérange pas tant que ça parce qu’il estime être en mesure de s’imposer même dans un contexte délicat.

Le mariage avait tout de princier avant un divorce brutal. Cependant, Slimani a toujours composé avec les aléas dans sa carrière grâce à un sens aigu de la combativité et un esprit de revanche qui était son carburant depuis ses débuts. Le monde du football est impitoyable. Les conspuations des supporters, les choix pas toujours nets des entraîneurs, la malchance et le manque d’efficacité, tout ça, l’ancien sociétaire du CR Belouizdad l’a connu et a fait avec. Pour devenir le buteur racé qu’il est.
A 32 ans, il est toujours dans le football circus du Vieux Continent alors que beaucoup dans son cas choisissent la pré-retraite dorée dans les pays du Golfe et les pétrodollars. Le deuxième meilleur buteur dans l’histoire des Fennecs (30 réalisations) en a bavé avant de se faire un nom et rejoindre l’Europe à 25 ans. « C’est l’histoire de ma vie. Cela a été difficile en Algérie, en particulier à mes débuts au sein du CR Belouizdad (D1 algérienne). Là-bas aussi, personne ne croyait en moi. J’étais aussi très jeune, je devais me surpasser dans un contexte compliqué pour réussir à gagner ma place. Cette séquence m’a beaucoup aidé pour le reste de ma carrière », a raconté l’ex-Belouizdadi dans une interview accordée à France Football.

Adapté à l’hostilité
Slimani a aussi reconnu avoir « souffert. Quand vous arrivez dans votre stade et que 20.000 personne scandent :’’ils nous ont ramené un fou’’ croyez-moi, à 20 ans, c’est très dur. Mais je me suis battu pour leur prouver le contraire. Aujourd’hui, je suis quasiment insensible aux critiques. Je m’en fous à un point que vous ne pouvez même pas imaginer » non sans constater « sur les réseaux sociaux, certains commençaient à critiquer Messi… Vous imaginez ça, vous, critiquer Messi ? »
En évoquant sa psychologie footballistique, le Champion d’Afrique assure qu’être critiqué « me (le) motive. Cela ne me fait pas mal. Je suis un joueur qui a besoin de prouver, qui a besoin de se sentir en difficulté. Le confort, ce n’est pas vraiment mon truc. Quand je vois les critiques sur mon style, cela me donne envie de montrer et de fermer des bouches » en ajoutant que « ceux qui suivent ma carrière savent parfaitement que ce genre de choses m’a toujours servi à être fort. Au contraire de beaucoup, cela anime en moi une rage incroyable. C’est un moteur qui me permet de montrer ce que je vaux vraiment.»

L’exportation tardive vers l’Europe
Slimani, n’a pas pu s’exporter tôt dans un championnat européen. Il a dû attendre ses 25 ans pour signer au Sporting Lisbonne. Sur le timing, il estime qu’« il est difficile de se prononcer. On voit beaucoup de joueurs venir trop tôt d’Afrique et échouer. J’aurais pu venir plus jeune et échouer avec un retour express en Algérie. Je sais parfaitement d’où je viens, et je crois dans le destin. »
Après un passage très abouti au Portugal, il avait signé à Leicester City, qui venait d’être sacré champion d’Angleterre, contre 30 millions d’euros. Il y a rejoint son compatriote Riyad Mahrez. Mais il n’a pas pu vraiment s’imposer. La suite, c’est des prêts, qui ne se sont pas très bien passés, à Fenerbahçe SK (Turquie) et à Newcastle (Angleterre). Un trou d’air et le bout du tunnel avec cette pige très remarquable en Principauté lors de la saison écoulée.
Une étape de laquelle s’en rappelle parfaitement le fer de lance de l’EN dont l’arrivée n’avait pas enthousiasmé grand monde. L’actuel Foxe s’en souvient : « Personne ne croyait en moi.
Je me souviens que lors de ma présentation en conférence de presse, il y avait Wissam Ben Yedder, Henry Onyekuru et le président Oleg Petrov. Les journalistes posaient des questions à tout le monde, sauf à moi… C’était comme si je n’existais pas. Je me suis dit dans ma tête ‘’ Vous allez voir qui est Slimani’’. J’ai eu envie de montrer que j’avais des qualités et que, si j’étais là, ce n’était pas du tout par hasard.» Mais, pour lui, c’était « la situation idéale.»

Les « assists », son nouveau registre
Ses preuves, il les a faites sur le terrain avec ses 9 buts et 8 passes décisives en 19 apparitions toutes compétitions réunies. Des statistiques très satisfaisantes même si le goleador juge que « ce que j’ai fait est très bien sur une demi-saison, mais j’aurais aimé continuer sur cette dynamique et montrer tout ce que je pouvais encore apporter. Je pense que j’ai joué la meilleure saison de la carrière au Sporting lorsque j’ai marqué 27 buts en championnat sous les ordres de Jorge Jesus (en 2015-2016).»
Sur le Rocher, il a excellé dans les offrandes et fini 2e meilleur passeur derrière Di Maria. Sur cette nouvelle corde qu’il a ajoutée à son arc, il dira que « C’est surtout psychologique. Les qualités ont toujours été là. Mais, comme je jouais de manière libre et libérée, j’ai pu aussi m’exprimer dans ce domaine à Monaco. C’est le système de jeu qui a mis en avant cette caractéristique de mon jeu.»

L’obligation de convaincre Rodgers
Quant à sa mise à l’écart lors de la venue de Robert Moreno en remplacement de Leonardo Jardim, il rappellera que « toute ma vie est une revanche. Au fond, j’ai même besoin de ça. Quelque part, Moreno m’a rendu service en m’écartant. Parce que, au fond, je ne suis jamais meilleur que lorsque j’ai cette rage en moi de devoir prouver que je mérite ma place.» Toutefois, malgré cet accroc relationnel avec le technicien espagnol, Slimani préfère se focaliser sur le fait que « Monaco m’a redonné goût au football après mon passage difficile en Turquie. C’est l’une des plus belles expériences de ma vie.» Aujourd’hui, après la fin du mercato estival dans les différents championnats, Slimani se retrouver bloqué à Leicester City.
Le seul sens qu’il peut prendre est celui vers un team de la D2 anglaise (le mercato entre clubs de Premier League et Championship ferme le 15 octobre) afin qu’il puisse engranger du temps de jeu jusqu’à la fenêtre des transferts hivernale. Cela reste dans le cadre de l’envisageable. A moins qu’il ne réussisse à convaincre, et il a toujours su le faire, Brendan Rodgers, entraîneur des Renards, de l’intégrer dans ses plans. Surtout que le club jouera sur 3 tableaux à savoir l’Europa League, la FA Cup et le championnat. Il bénéficiera peut-être du turn-over pour tenter de marquer des points. Cela reste à voir.