Par Hamid Bellagha
Le gazoduc Nigeria- Niger-Algérie, ou algéro-nigérian, verra le jour dans trois ans. C’est ce qu’a déclaré Mohamed Arkab, le ministre algérien de l’Energie, à un média allemand.
Le flou qui entourait ce projet commencerait à se dissiper d’autant qu’un autre gazoduc concurrentiel, surtout politiquement, se préparerait à nos frontières à l’Ouest. Là aussi, Mohamed Arkab est catégorique quant à l’impossibilité de la réalisation d’un gazoduc qui passerait par le Maroc. Pour l’ex P-DG de Sonelgaz, le projet est irréalisable avec un financement « trop flou », devrait passer par 12 pays sur 6 000 kilomètres et, surtout économiquement, non viable.
L’atout algérien serait la distance du gazoduc qui ne dépasserait pas 4 000 kilomètres, un délai de réalisation donc plus court, en plus d’un portefeuille garni qui participerait à la réalisation dudit gazoduc. En plaidant depuis des mois pour un second gazoduc vers l’Europe, l’Algérie ne devrait pas avoir trop de mal à le voir traverser son sol vers l’Europe. Si le doute avait persisté pendant un certain temps quant à son itinéraire, la guerre en Ukraine, en rebattant toutes les cartes, a plaidé pour le projet algéro-nigérian. C’est que la vieille Europe désirant se passer de l’énergie du Kremlin n’a d’autre choix que de se tourner vers l’Algérie, plus fiable économiquement, politiquement et énergétiquement que le makhzen, imitant en cela l’Espagne et l’Italie qui trouvent leur compte avec une énergie made in DZ.
Si la péninsule ibérique a brûlé ses atouts avec l’Algérie, qui continuera quand même à assurer son contrat envers les Espagnols, l’Italie, par contre, pourrait décrocher la timbale et devenir un hub gazier vers toute l’Europe avec la concrétisation du gazoduc Nigéria-Algérie.
C’est donc un projet économique avec de forts relents politiques. L’Algérie, qui a réactivé sa diplomatie depuis quelques années, profitera sûrement de l’embellie des cours de l’énergie, alignant le prix du gaz sur celui du pétrole qui ne cesse de battre des records. Par le biais de Mohamed Arkab, l’Algérie a aussi exigé de ses clients européens de participer aux futurs investissements sur les champs gaziers pour qu’elle puisse honorer des livraisons de gaz même jusqu’en Europe du Nord.
Il reste pour Sonatrach de ne pas trop traîner pour la réalisation du gazoduc en question et de maintenir la pression sur les Européens pour qu’ils mettent la main à la poche afin d’accompagner les recherches de nouveaux champs gaziers, car dans ce domaine, l’Algérie n’a pas trop d’amis, et le vent qui a tourné vers Alger, ces derniers mois, pourrait changer subitement de direction. L’histoire n’est que trop prolifique à ce sujet.