Par Hakim Ould Mohamed
L’apurement des situations comptables des entreprises en difficultés, créées dans le cadre de l’Ansej, s’annonce coûteux pour les organismes de garantie, alors que les banques font face à des piles de créances irrecouvrables en raison de la mortalité élevée des projets financés. L’ANADE tente de limiter les dégâts en associant les organismes de garantie et en négociant le rééchelonnement des dettes des entreprises encore en activité.
L’Agence nationale d’appui et de développement de l’entrepreneuriat (ANADE), ex-ANSEJ, a annoncé avoir validé 283 dossiers d’entreprises en difficulté, relatifs au remboursement de plus de 44 milliards de centimes. L’Agence a souligné avoir examiné jusqu’ici 500 dossiers déposés par des représentants des banques. Dans un communiqué rendu public, mardi soir, à l’issue de la tenue de la 6e séance de travail de la commission de Garantie, composée, faut-il le rappeler, de représentants du Fonds de caution mutuelle de garantie risques/crédits jeunes prometteurs et de l’ANADE, chargée de l’examen de ces dossiers, cette agence a indiqué avoir étudié une pile de 500 dossiers et reporté le traitement de 212 autres dossiers, prétextant que les entreprises concernées sont toujours en activité. Il s’agit donc de les accompagner par l’ANADE par un rééchelonnement de leurs dettes à la faveur de plans de charges pour la relance de leurs activités. La même source fait état, également de la régularisation définitive de deux dossiers par des propriétaires de micro-entreprises à travers le paiement de leurs créances auprès des banques et de l’Agence. Trois dossiers ont été renvoyés aux banques, car ne remplissant pas les conditions de remboursement. A ce titre, l’ANADE a indiqué que le nombre global des micro-entreprises en difficulté, dont les dossiers ont été examinés lors de 6 séances, s’élève à 3.015 dossiers. L’apurement des situations comptables des entreprises en difficulté s’inscrit dans le cadre de la prise en charge des micro-entreprises en difficulté à travers le remboursement de leurs dettes ou la relance de leurs activités. Bien évidemment, les créances en suspens que détiennent les banques sur les entreprises en difficultés sont prises en charge par le Fonds de garantie des risques crédits, mais certaines de ces créances déclarées sont soit compromises, soit irrecouvrables. Le coût s’avère pesant. C’est un boulet au pied que les banques publiques trainent depuis maintenant plusieurs années. Ces créances ont contribué à la hausse du ratio des crédits non performants au sein des banques publiques. La Cour des comptes avait déjà sonné le tocsin quant à la lourde ardoise que les micro-entreprises ont laissé au niveau des banques, en analysant le cas de la Banque de l’Agriculture et du développement rural (BADR) qui a enregistré une forte hausse des créances impayées. Dans son rapport annuel 2020, la Cour des comptes a pointé notamment une hausse exponentielle des impayés de la banque détenus par le secteur privé et des dispositifs aidés (Ansej, Cnac et Angem), l’absence de retour sur investissement, des décisions d’octroi de crédits qui échappent, par moments, aux organes de la banque et des insuffisances flagrantes dans la gestion du dispositif de bonification des taux d’intérêt. Les magistrats financiers ont écrit dans leur rapport du précédent exercice que cette hausse fulgurante des créances compromises à partir de 2015 était liée surtout à la mortalité élevée des projets financés, « particulièrement pour ceux dont la décision d’octroi de crédits ne relève pas, exclusivement, des organes de prise de décision de la banque ». Le rapport de la Cour des comptes avait provoqué un tollé étant donné que c’est la première fois qu’une institution de contrôle dépoussière l’épineux dossier des crédits accordés par les banques publiques dans le cadre des dispositifs aidés, à savoir l’Ansej, la Cnac et l’Angem. Cette évolution des crédits accordés aux jeunes entrepreneurs « n’a pas été suivie par une relance significative de l’investissement productif, car les financements accordés sont confrontés à des difficultés de remboursement engendrant, ainsi, une mortalité des projets élevée », avait écrit la Cour des comptes. L’Exécutif semble vouloir tourner la page, en changeant, d’abord, l’appellation de l’Ansej et en associant, ensuite, les organismes de garantie pour protéger les intérêts des intermédiaires financiers, à savoir les banques publiques.