Voulant démontrer à son père toute l’étendue de son talent, il a dessiné son portrait, un certain 14 janvier 2014. Ebloui par le résultat, le papa a exprimé, pour la première fois, son admiration. Ainsi, encouragé par son père, Issam Rassam ne  s’est jamais arrêté de dessiner depuis. L’année 2015 marque le début de la grande carrière d’un artiste talentueux et dévoué.

«Je gribouillais des petits dessins sur des cartons d’emballage ; des visages, des animaux, des objets», nous raconte l’artiste Issam Rassam, que nous avons rencontré à Biskra, lors d’une exposition organisée fin 2018 dans le jardin de Londres (Landou, appellation locale). «Je dessine depuis tout petit et tous les jours», nous confie l’artiste, encore peu connu mais qui a suscité, lors de l’exposition, beaucoup d’intérêt auprès des visiteurs. En effet, Issam reproduit ce qu’il voit avec une extrême exactitude ; des visages, des expressions, des regards et des traits, enlevés et puissants, reflétant une maitrise impressionnante des techniques de ce style de graphique. Qui aurait dit qu’à partir d’un simple stylo à bille, bleu ou rouge, on peut produire de véritables chefs-d’œuvre ! Issam le prouve merveilleusement à travers des portraits presque identiques aux photographies, réalisés minutieusement jusque dans le moindre détail. Il se passionne pour le portrait d’humain, d’animaux et d’objet. Mais, à la demande de ses parents, il a quitté son monde artistique pour se consacrer entièrement à ses études. Le portrait de son père était sa première expérience au stylo à bille, marquant ainsi sont retour au monde du dessin après plus 30 ans d’absence. Une passion ne meurt jamais ! Réaliser des dessins au stylo nécessite certainement une excellente maitrise des textures, des techniques du dégradé et des lumières. C’est d’ailleurs ce qui nous a attiré dans l’exposition installée dans le vieux jardin botanique de Biskra. Impressionné par le résultat incroyable des dessins, Issam nous signale qu’« un chef-d’œuvre n’est jamais le fruit du hasard ». Avoir des idées est une chose, savoir les matérialiser sur un bout de papier en est une autre. « Il faut acquérir des techniques pour maitriser ce style », lance-t-il. Et d’ajouter : « Il faut surtout posséder une bonne maitrise de l’observation pour pouvoir représenter trait pour trait ce que l’on voit. Acquérir la capacité de reproduire parfaitement un visage, un paysage ou un objet, permet de s’exprimer par le dessin plus facilement. On peut alors se détacher de la réalité pour laisser place à notre imagination».
Une volonté
à toute épreuve !
Issam Rassam, de son vrai nom Nassim Belguidoum est né dans le village d’Ourlal, dans la wilaya de Biskra. Il a cultivé une passion pour le dessin dès son plus jeune âge et utilisait du charbon de bois ou fusain (lahmoum) sur du carton d’emballage – puisqu’il ne disposait pas de crayons de couleurs ni de papiers de dessins. Dans son village, il n’y avait même pas une librairie, nous relate-t-il. A l’âge de 11 ans, ses parents lui ont interdit de dessiner, préférant qu’il se concentre sur ses études. « Mon père m’a interdit définitivement de dessiner. C’était l’année de l’examen de la 6e année primaire », se souvient-il. «J’ai donc cédé, poursuit-il, et mis de côté ma passion même si les cours de dessins au CEM sont devenus mon exutoire. Je n’ai pas réussi mon bac, je me suis donc orienté vers la vie professionnelle. J’ai travaillé comme vendeur de légumes, coiffeur, serveur dans un café, vendeur de cigarettes ambulant, jusqu’à que je trouve un poste de gardien à l’APC». Plus tard, ayant atteint la quarantaine et après un parcours « lassant et chargé d’ennuis et de pressions », Issam Rassam fait une pause. « J’avais besoin de faire le point sur ma vie et me suis interrogé sur ce que je dois faire pour être utile et avoir un rôle dans la vie ; ne plus être un simple gardien qui consomme son temps et sa santé vainement ». Et c’est en 2014 que sa passion pour le dessin, qui ne l’avait jamais quitté, a ressurgi, car, « je me suis souvenu que dessiner était la chose que j’aimais le plus », confie-t-il. Ainsi, « Jai pris mon portable et j’ai photographié mon père puis j’ai redessiné la photo. Le résultat était tout simplement impressionnant. Mon défunt père était très content et a exprimé, pour la première fois, son admiration et sa fierté. Ceci m’a encouragé et m’a motivé à reprendre mes études pour exaucer son rêve et le rendre plus heureux. Jai donc réussi à avoir le bac et me suis inscrit a l’université et me suis spécialisé en gestion publique. C’était sans doute la plus belle récompense pour mon père. Il m’avait interdit de dessiner pour que je réussisse mes études et me voilà à l’université et dessinateur 20 ans après ». poursuit-il. Après le décès de son père en 2016, l’artiste a publié sur le net le portrait de son père qu’il a dessiné et « tout le monde a aimé ». « Depuis je me suis mis à dessiner et me suis lancé dans la recherche des nouvelles techniques et c’est là que j’ai découvert le dessin au stylo à bille. Cela fait quatre ans que je me suis spécialisé dans le dessin au stylo et j’ai réussi à me faire une place parmi les grands artistes de ce genre ». Issam a eu très peu de chance, car malgré son talent et ses chefs-d’œuvre, il demeure très peu connu. Il n’a participé qu’à deux salons seulement au niveau national. Le premier a eu lieu à Batna début 2017 et le second à Biskra fin 2018. « Les chances nécessitent de l’argent, et moi je n’en ai pas », estime-t-il. « Pour participer à une exposition, il faut payer pas moins de 170 000 DA, et moi je n’ai que 20 000 DA de salaire mensuel. Les participations financées par l’Etat sont destinées à des régions et des personnes bien précises. Pas pour nous », déplore notre interlocuteur qui a une volonté à toute épreuve et qui réussira certainement par s’imposer dans son domaine, car guidé par sa passion. n