Quinze ans que la Pulga courait après un titre avec l’Argentine. Faute d’y parvenir, il avait dû endurer les critiques violentes de ses compatriotes et il commençait à flotter un air de malédiction sur son histoire en sélection après ces deux défaites en finales de Copa América face au Chili (2015 et 2016). Au stade Maracana, face au Brésil de Neymar, Messi s’est débarrassé d’un immense fardeau. Et son bonheur était à la hauteur des déconvenues passées. Cette fois, il partait en vacances comblé, sans besoin d’évacuer sa frustration en claquant but sur but en club. Quand il signe au PSG, l’Argentin est même sans doute en pleine décompression. Il est, en tout cas, à court de forme, après un été aussi marqué par son déménagement précipité de Barcelone. Et si la médiocre saison du septuple Ballon d’or avait débuté le 10 juillet 2021, sur un podium de Rio de Janeiro ?

PAS UN PRO DU DÉMÉNAGEMENT
Dans son réquisitoire en défense de « Leo », réalisé au micro d’Europe1, samedi dernier, Mauricio Pochettino n’a pas évoqué la Copa América. Mais il a rappelé de manière plus globale que le champion est aussi un être humain. Que des changements d’environnement pouvaient le perturber – on se souvient de ses larmes lors de sa conférence d’adieu à Barcelone. « Ça a été une année d’apprentissage, a ainsi considéré le coach du PSG, au niveau professionnel, en intégrant une nouvelle équipe, un nouveau championnat, mais aussi au niveau familial. Il faut en tenir compte ».
Leo Messi n’est pas un joueur comme les autres. C’est une évidence. Il y a ses statistiques qui en attestent, ses slaloms géants au cœur des défenses adverses, mais aussi un parcours de pionnier. Quand il débarque à 13 ans au Barça, voir un ado sud-américain signer en Europe est une rareté. En Catalogne, il est même le premier de ces «enfants footballeurs» arrachés à leur continent pour être formés hors-sol.
Messi a vécu son adolescence et sa vie d’adulte à Barcelone. Il n’a rien connu d’autre. Devoir sortir de son cocon pour la première fois, à 34 ans, peut demander un temps de digestion, et c’est une autre piste pour comprendre un exercice morose. D’autant plus quand on débarque dans une équipe sans repères collectifs.

IMPASSE TACTIQUE
Messi a toujours eu une préférence sur sa position. Le flanc droit comme point de départ, et l’axe comme destination finale. C’est là où il a régné à Barcelone, en astre autour duquel l’équipe tournait. Mais au PSG, l’Argentin a débarqué dans une équipe mal fagotée et pas conçue autour de lui, alors que son arrivée s’est décidée après le début de la préparation d’avant-saison. Ni lui, ni Mauricio Pochettino, n’ont d’ailleurs encore trouvé une solution tactique définitive, même si la Pulga est tout de même le deuxième meilleur passeur de Ligue 1. Son année parisienne a finalement ressemblé à un scénario trop souvent vécu en sélection, au cœur d’équipes coupées en deux : soit il décrochait pour toucher davantage de ballons et ne pouvait dans le même temps se trouver là où il provoque le plus de dégâts – proche de la surface – ou alors, il recevait le ballon dans des situations trop compliquées et sans solutions autour de lui pour faire la différence. Ce qui engendrait impuissance, contre-performances, frustration du joueur et du public. À l’instar de leurs homologues argentins, certains supporters du PSG a d’ailleurs reproché à la Pulga ses promenades sur le terrain, qui seraient le témoin d’un manque de motivation. Quoiqu’il en soit, à bientôt 35 ans, l’Argentin a indéniablement perdu en vivacité. Cette saison, il s’est vu aussi freiné par des blessures. Une contusion face à Lyon (22 septembre) alors qu’il commençait à retrouver le rythme, un souci au genou un mois plus tard, et le Covid-19 en début d’année. Ces soucis physiques ont contribué à son décevant premier millésime tricolore, d’autant plus qu’ils ont retardé la mise en place d’automatismes avec Neymar et Mbappé, avec qui il devait former un trio irrésistible.

ET MAINTENANT ?
« La saison prochaine sera une saison complètement différente pour lui ». C’est la conviction de Mauricio Pochettino, qui a aussi noté que La Pulga continuait de performer en sélection (7 buts en 13 matches, 4e meilleur buteur des éliminatoires). L’ex-coach de Tottenham s’est ainsi réjoui de commencer à voir naître, ces dernières semaines, une complicité entre Messi, Neymar et Mbappé. Un trio qui a très peu joué ensemble, entre la longue absence du Brésilien (novembre-février) et les petits pépins de l’Argentin. De quoi mieux comprendre pourquoi l’alchimie a tardé à se créer.
« On attendait de voir ça depuis le début, mais ils n’ont pas toujours été là en même temps, a ainsi rappelé Thierry Henry, sur Prime Video, après le carton du PSG à Clermont (1-6). C’est leur 14e match ensemble, ce qui n’est pas énorme ». Mais Mbappé sera-t-il là l’année prochaine ? Cette saison, le Français a, en tout cas, largement éclipsé Messi (seulement quatre buts en Ligue 1), qui n’est plus l’homme providentiel de son équipe pour la première fois depuis le déclin de Ronaldinho au Barça.
Un déclassement peut-être pas évident à vivre, mais qui ne doit pas faire oublier que La Pulga et le PSG se sont retrouvés autour d’un intérêt commun : vouloir remporter la Ligue des champions. Ce ne sera pas pour cette année, et cela ternit aussi le bilan du sextuple Ballon d’or. Pour ce premier exercice français, il peut toutefois plaider les circonstances atténuantes.