Sur fond de ralentissement économique et de stagnation de la demande mondiale de pétrole, des pays producteurs se sont remis à pomper davantage. Bien que leur décision était déjà attendue, Ryad et Moscou, deux poids lourds de l’Opep+, mettent à nouveau le marché sur une trajectoire d’incertitude. Les experts redoutent une nouvelle chute des cours.

Les poids lourds du marché, l’Arabie Saoudite et la Russie, ont injecté plus de pétrole sur le marché en juillet par rapport à juin, tandis que la production américaine s’est stabilisée autour de 11,1 millions de barils par jour la semaine dernière après plusieurs semaines de baisse. Selon une enquête de Reuters sur la production des pays de l’Opep en juillet, il en ressort qu’après une chute historique en juin, la production des treize membres de l’Opep a fortement augmenté en juin ; l’Arabie saoudite, à elle seule, a pompé près d’un million de barils par jour le mois dernier.
L’Organisation des pays exportateurs de pétrole a injecté 23,32 millions de b/j en moyenne en juillet, selon l’enquête de Reuters, en hausse de 970 000 b/j par rapport au chiffre révisé de juin, qui était le plus bas depuis 1991. Le taux de conformité à l’accord conclu par l’Opep+ en avril a, quant à lui, baissé par rapport à juin, conséquence de la hausse de la production de plusieurs pays signataires dudit accord. En juillet, les 13 membres de l’Opep ont injecté 5,743 millions de b/j sur les 9,7 millions b/j de la réduction promise en avril, soit un taux de conformité de 94% aux clauses de l’accord. La conformité en juin a été révisée à 111%. Les baisses de la production entamées en mai, en application de l’accord de l’Opep+, reconduites jusqu’en juillet, et qui consistent en une coupe de 9,7 millions b/j dans la production de l’Opep et ses alliés, ont aidé le pétrole à grimper au-dessus de 40 dollars contre moins 16 dollars le baril en avril, un plus bas en 21 ans d’avril. La hausse de la production de l’Opep constatée en juillet est la plus importante depuis avril et risque de mettre à mal les efforts de stabilisation du marché. Sans surprise, la plus forte augmentation de l’offre en juillet est venue d’Arabie saoudite, qui a pompé 8,4 millions de b/j, en hausse de 850 000 b/j par rapport à juin. Les Emirats arabes unis et le Koweït ont également augmenté leur production, tandis que l’Irak et le Nigeria, qui ont amélioré leur conformité à l’accord en juin, n’ont pas procédé à d’autres réductions en juillet, selon l’enquête, l’Irak stimulant les exportations. Pourtant, les deux pays avaient promis de réduire davantage leurs productions respectives.
L’IFP pessimiste
sur les cours
De son côté, la Russie, plus grand allié de l’Opep dans ses efforts de stabilisation du marché au moyen de la limitation de l’offre, a augmenté sa production en juillet ; celle-ci atteignant 9,37 millions b/j en moyenne en juillet, contre 9,32 millions de b/j en juin, selon l’agence Interfax, répercutant les données officielles du ministère russe de l’Energie. La Russie a dépassé l’objectif de production arrêté dans le cadre de l’accord de l’Opep+ signé le 12 avril dernier et mis en œuvre le 1er mai. Ainsi, avant même que les objectifs de productions soient révisés, ce qui devait intervenir début août pour les pays de l’Opep, la Russie s’est mise à pomper dans un marché miné pourtant par les excédents de la production et par une demande mondiale pour le moins léthargique, sous l’effet de la récession que connaît l’économie mondiale. En juillet, la Russie avait annoncé qu’elle augmenterait sa production de pétrole de 400 000 barils par jour. Les exportations de pétrole russe vers l’ex-Union soviétique ont atteint 15,72 millions de tonnes le mois dernier, en baisse de 27,1% par rapport à juillet 2019. Cela équivaut à 3,72 millions de barils par jour, selon Interfax. L’agence de presse russe a également indiqué, hier, que la production russe de gaz naturel avait enregistré 50,33 milliards de mètres cubes en juillet, en baisse de 7,9% par rapport à il y a un an. En revanche, la production américaine de pétrole, l’autre poids lourd du marché, s’est stabilisée à 11,1 mbj la semaine dernière après plusieurs semaines de baisse ininterrompue, affectée par les prix bas du brut.
La production américaine a même augmenté la semaine d’avant. Elle était remontée en s’établissant à 11,1 mbj, en hausse de 100 000 barils par jour sur une semaine. Cette modeste augmentation n’est pas surprenante. Elle est étroitement liée à la reprise au-dessus des 40 dollars le baril des prix du brut, ce qui a permis à plusieurs puits de forage de redémarrer leur production. Les mouvements haussiers devraient être limités à court terme tant que l’économie mondiale reste sous l’emprise de la pandémie de coronavirus. L’Institut français du pétrole (IFP), dans un rapport publié hier, s’attend à ce que l’évolution des cours du brut reste très limitée en 2020 et en 2021. «Le prix du Brent se situerait autour de 40,5 dollars le baril, pour 2020, et de 47,9 dollars le baril pour 2021 ». Cela voudrait dire que l’Opep et ses alliés, plutôt que de pomper davantage, devraient renforcer leurs réductions de production afin de parvenir à limiter la casse, alors que l’économie mondiale peine à sortir la tête de l’eau. n