La nouvelle loi sur les hydrocarbures a été promulguée fin 2019. A ce jour, l’appel d’offres en matière d’exploration et de développement de gisements dans le cadre de ce nouveau texte n’a pas encore été lancé. Le dernier appel d’offres en amont lancé par Alnaft remonte à 2014.

Le ministre de l’Energie Mohamed Arkab vient d’affirmer, une nouvelle fois, lors de sa rencontre récente avec les responsables de la compagnie thaïlandaise PTEP que l’appel d’offres en direction des compagnies étrangères en matière d’exploration et de développement de nouveaux gisements de gaz et de pétrole, dans le cadre de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, sera prochainement lancé. Il avait annoncé le lancement de cette nouvelle première étape dans le processus de sélection des compagnies en avril dernier lorsqu’il avait rencontré l’ambassadrice américaine à Alger.
Selon le premier responsable, en décembre 2021, le lancement de l’appel d’offres en 2022 en matière d’exploration était tributaire des prix du pétrole. Or, depuis janvier à ce jour, les prix du pétrole enregistrent une forte hausse, une moyenne au minimum de 100 dollars le baril sans que cet appel soit effectué.
Comment expliquer ce retard ? Les choses sont beaucoup plus complexes. Il faut savoir d’abord que la nouvelle loi sur les hydrocarbures donne plus de prérogatives, de liberté pour conclure des contrats de gré à gré avec les compagnies étrangères. Ce qui s’est fait avec ENI, en décembre, lorsque Sonatrach avait signé avec cette compagnie pour développer les gisements de Berkine sud. Alnaft valide en dernier ressort l’accord. Dans cette logique, Sonatrach veut garder dans son giron les périmètres les plus attractifs ou conclure avec des compagnies étrangères des contrats directement lorsqu’il s’agit de gisements intéressants. Ce qui accélère les travaux d’exploration et de développement des gisements. Le problème est que Alnaft, pour ne pas renouveler l’échec des appels d’offres précédents, doit présenter des périmètres très attractifs pour impliquer les compagnies étrangères dans l’exploration et le développement des gisements. Abdelmadjid Attar, alors ministre de l’Energie, avait avec Alnaft validé une liste des périmètres avant son départ de ce département. Dans cette offre figurait les périmètres de Touggourt et de Ghardaïa. Le gisement de Touggourt recèle un milliard de barils en place et peut produire 100 000 barils/jour de pétrole, le gisement de pétrole de Ghardaïa peut produire de 20 000 barils à 40 000 barils/jour, indique une source sûre proche de Sonatrach. Or, «il est inconcevable pour Sonatrach de ne pas garder ces périmètres et de ne pas les exploiter seule. Ils sont plus faciles à exploiter et se situent dans des bassins où les risques sont moindres, présence de l’infrastructure à proximité», nous explique un responsable de Sonatrach.
Il s’ensuit qu’Alnaft doit refaire sa liste. La difficulté semble se trouver dans d’autres périmètres aussi attractifs. Mais au cours des dix dernières années, Sonatrach a découvert 200 gisements, des petites et moyennes structures. Or, les grandes compagnies, notamment américaines veulent de grands gisements pour pouvoir s’impliquer, d’autant que la concurrence avec d’autres pays en Afrique et au Moyen-Orient est, à l’évidence, omniprésente. «La solution serait de constituer un pack de petits et moyens gisements à proposer. Ce qui intéresserait beaucoup plus les compagnies étrangères», suggère encore un expert.
L’autre difficulté est la promulgation de tous les textes d’application de la loi sur les hydrocarbures. Selon deux sources, tous les textes d’application ne sont pas promulgués. Cette information a été démentie par le PDG de Sonatrach, mais un responsable du secteur de l’énergie a confirmé qu’un seul texte reste à promulguer. Or, il faudrait que tous les textes soient promulgués pour que les compagnies étrangères décident de s’impliquer ou non dans l’exploration et le développement des gisements.
A noter que l’investissement étranger dans le secteur des hydrocarbures est nécessaire aujourd’hui parce que Sonatrach a besoin de l’expertise étrangère et des financements des compagnies étrangères ainsi que le partage des risques pour accélérer les travaux d’exploration et de développement des nouveaux gisements et donc accroître rapidement la production de pétrole et de gaz et augmenter le volume des exportations et des revenus de l’Algérie.
La baisse des investissements étrangers dans le secteur de l’énergie, ces dix dernières années, n’a pas été sans conséquences sur le niveau de la production de Sonatrach.