La célébration, hier, de la Journée internationale contre la peine de mort a été l’occasion pour plusieurs ONG et structures de défense des droits de l’homme d’appeler de nouveau à l’abolition totale de la peine capitale en Algérie.

Par Nadir Kadi
Ainsi, alors que la directrice d’Amnesty International Algérie, Mme Hassina Oussedik, précisait dans un communiqué que l’Algérie devait «… abolir la peine de mort et devenir le premier pays abolitionniste de la région», le vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), Saïd Salhi, nous rappelle que l’Algérie a «dans les faits» déjà aboli la peine de mort.
La question aujourd’hui, près de 30 ans après l’instauration du moratoire, est d’inscrire l’abolition dans les textes de loi. Une nouvelle étape qui nécessite toutefois un certain «courage et volonté politiques», d’autant que l’abolition n’est pas forcément une décision populaire. En effet, responsable de la LADDH, qui nous rappelait hier que «l’Algérie est un pays abolitionniste depuis 1993», année où la dernière peine de mort a été appliquée après les attentats à l’aéroport d’Alger. Saïd Salhi, pour qui «le pays est même l’un des initiateurs du moratoire de l’ONU en 2007» demande à ce que les autorités franchissent, aujourd’hui, un nouveau cap en procédant à l’inscription de «l’abolition de la peine de mort dans les textes» mais, aussi, en «ratifiant le protocole additif au pacte international relatif aux droits politiques et civils, un texte qui porte sur l’abolition de la peine de mort». Ainsi, il s’agit pour le responsable de la LADDH de faire preuve aujourd’hui du même «courage» politique qu’en 1993. «L’Algérie a eu le courage d’abolir dans les faits la peine de mort alors qu’elle était au plus fort du terrorisme (…) Le pays peut aujourd’hui être le précurseur au niveau maghrébin en franchissant le pas vers l’abolition totale».
Question qui relève d’un choix de civilisation, Saïd Salhi, en réponse à notre question, note toutefois qu’une telle démarche politique peut être «impopulaire». Ainsi, et bien qu’aucun sondage précis ne soit disponible, l’actualité tragique des dernières années a montré que la société algérienne reste vraisemblablement opposée à l’abolition de la peine de mort contre les auteurs de crime, kidnapping ou viols sur des mineurs. Saïd Salhi déclare en ce sens : «Comme partout dans le monde, la question de la peine de mort n’a jamais été soumise à l’opinion surtout dans les moments où l’affect populaire est touché (…) L’abolition de la peine de mort interpelle la raison, elle n’est pas une question de passion ou d’émotion». En ce sens, notre interlocuteur souligne que l’abolition est une sorte de marqueur de civilisation : «Chaque année, de nouveaux pays vont vers l’abolition (…) et les arguments idéologiques ou religieux, parfois avancés pour maintenir cette peine, ne tiennent pas, aujourd’hui. Un pays comme la Turquie, dirigé par un parti d’obédience islamiste, est devenu un pays abolitionniste».
Quant à l’argument qui voudrait que la non-application de la peine de mort contre des auteurs reconnus coupables de crime de sang serait une mise en danger de la société, Saïd Salhi explique : «Il y a une confusion qui est souvent faite, lorsqu’il est dit que ceux qui demandent l’abolition de la peine de mort s’opposent à la sanction ou au châtiment des criminels (…) Il y a des sanctions sévères qui peuvent être prononcées à la place de la peine de mort, notamment le perpétuité sans possibilité de remise de peine et sans possibilité de grâce».
Ainsi le choix est clair pour le vice-président de la LADDH, l’Algérie doit rapidement rejoindre la liste des 107 pays où la peine de mort est officiellement interdite quel que soit le crime, mais sans pour autant renoncer à la sanction des auteurs de crime, notamment contre les mineurs : «Les criminels doivent payer pour leurs actes, mais la justice ne doit pas se rabaisser au même niveau en tuant à son tour.» <