Les chiffres des non-vaccinés atteints par la Covid-19 qui arrivent en réanimation, en soins intensifs et finissent emportés par cette maladie donnent froid dans le dos, selon les révélations du ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, qui a fait montre de son profond regret quant à la réticence à la vaccination, alors que son efficacité dans la lutte contre la pandémie de Covid-19 est prouvée.

PAR INES DALI
«L’Algérie enregistre un taux de vaccination qui ne dépasse pas les 28% de la population cible, c’est-à-dire les catégories éligibles à l’acte vaccinal», a-t-il déploré, précisant que ce taux ne représente que «11% du nombre total de la population du pays». Ce qui le pousse à affirmer, encore une fois, que ce taux est «très faible» au vu de l’objectif premier escompté à 70% pour la fin de 2021. D’où, a insisté Benbouzid, l’impératif d’accélérer le rythme de la vaccination avant l’intensification de la quatrième vague qu’affronte le pays, et avant de perdre encore plus de vies.
Il en veut pour preuve le nombre de décès dont la moyenne a augmenté durant le mois dernier. «94% des malades décédés par le coronavirus ne sont pas vaccinés», a indiqué le Pr Benbouzid, avant-hier à la télévision nationale, en présentant le bilan de l’épidémie de Covid-19 en Algérie durant la période allant du 1er au 25 décembre dernier. En outre, «aucun des malades se trouvant en soins intensifs sous respiration artificielle n’est vacciné», a-t-il ajouté.
Commentant le nombre de malades en réanimation, il a estimé que celui-ci était «important». Il a évoqué, en effet, le nombre de «357 patients dans les services de réanimation entre le 1er et le 25 décembre» à travers le pays, mettant l’accent sur le fait que 90% de ceux qui étaient en réanimation et qui sont décédés n’ont pas reçu les anticoronavirus.
Cette tendance à la hausse pourrait fort bien se poursuivre si la vaccination continue de piétiner, a-t-il laissé entendre, en se basant toujours sur les chiffres. Le pays enregistre actuellement quelques «5.000 personnes hospitalisées pour Covid-19, dont 81% ne sont pas vaccinés et peuvent, donc, développer une forme grave de la maladie», a encore fait savoir le ministre de la Santé, ajoutant que le Covid qu’ont contracté les non-vaccinés «pourrait bien les mener en soins intensifs, c’est-à-dire sous respiration artificielle». Il a estimé, dans ce sens, que «90% des personnes atteintes par le Covid-19 sont susceptibles d’aller en soins intensifs en raison de leur non-vaccination».

Se vacciner «évite les formes grave» du Covid
En présentant ce bilan, le ministre de la Santé a voulu démontrer que la vaccination «protège contre les formes graves» et affirme «ne pas comprendre» pourquoi celle-ci continue à être boudée par la population, alors que ses bienfaits ont été démontrés scientifiquement dans de nombreux pays développés. «Cette pandémie et la vaccination qui doit l’accompagner ne sont pas propres à l’Algérie. C’est le monde entier qui vit cela. Alors pourquoi avoir une réticence à la vaccination ?», s’est-il demandé, souhaitant que la cadence vaccinale progresse les prochains jours et les prochaines semaines, avant de voir la quatrième vague prendre plus d’ampleur.
Le rythme de la vaccination a connu un net recul comparativement à juillet-août, au plus haut de la troisième vague de la pandémie. Les centres vaccinaux enregistraient une forte affluence des citoyens et une forte demande était exprimée quotidiennement durant cette période. L’Algérie est arrivée, lors de la troisième vague, à un nombre important dépassant «250.000 vaccinés par jour», a rappelé Benbouzid. Lors de la campagne de septembre, «nous avons même atteint 280.000 vaccinés par jour», a-t-il poursuivi, estimant que la vaccination a régressé par la suite, lorsque les citoyens ont vu le nombre des contaminations baisser considérablement, et ce, malgré les différentes campagnes de sensibilisation et l’organisation de journées de vaccination ciblant divers secteurs ainsi que les zones les plus reculées du pays. Selon lui, «les gens se font plus vacciner lorsqu’ils ont peur».
Réitérant que le taux de vaccination en Algérie reste très faible, il lance un appel à la population à une plus forte adhésion, notant que tous les moyens humains et matériels pour réussir cette opération et augmenter le taux national sont disponibles. «Plusieurs vaccins sont actuellement disponibles. Il y a le Sinovac, AstraZeneca, Johnson&Johnson et même le Sputnik V», a-t-il affirmé, pour signifier que le citoyen peut, ainsi, se faire injecter l’anti-Covid-19 de son choix. Voulant se montrer rassurant quant aux bienfaits de la vaccination, le premier responsable du secteur de la santé a tenu à noter que les pays les plus développés au monde enregistrent les taux de vaccination les plus élevés, citant comme exemples l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Suède, le Danemark et autres. Ces pays en sont actuellement à l’inoculation de la 3e dose de l’anti-Covid-19, surtout avec l’arrivée du nouveau variant Omicron qu’ils redoutent.

Omicron pourrait générer des variants plus dangereux
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a averti que la multiplication des cas d’Omicron dans le monde pourrait accroître le risque d’apparition d’un nouveau variant plus dangereux du Covid-19. Bien que le variant se propage comme une traînée de poudre, il semble «moins pathogène que ce que l’on craignait initialement et a fait naître l’espoir que la pandémie pourrait être surmontée», a-t-elle ajouté. Mais une responsable des situations d’urgence à l’OMS, Catherine Smallwood, a indiqué que la montée en flèche des taux d’infection pourrait avoir l’effet inverse. «Plus Omicron se répand, plus il se transmet et plus il se réplique, plus il est susceptible de générer un nouveau variant», a-t-mis en garde. «Actuellement, Omicron est mortel, il peut causer la mort (…). Peut-être un peu moins que Delta, mais qui peut dire ce que le prochain variant pourrait générer ?», s’est-elle demandé.
L’Europe a enregistré plus de 5 millions de nouveaux cas au cours de la dernière semaine de 2021, ce qui «éclipse presque tout ce que nous avons vu jusqu’à présent. Nous sommes dans une phase très dangereuse, les taux de contamination augmentent de manière très significative en Europe occidentale, et l’impact réel n’est pas encore clair», a ajouté Mme Smallwood. «Lorsque le nombre de cas augmente de manière aussi significative, il est probable qu’un nombre beaucoup plus important de personnes atteintes de maladies graves se retrouvent à l’hôpital, voire meurent», a-t-elle dit.
Le Royaume-Uni, qui a annoncé mardi avoir recensé pour la première fois plus de 200.000 nouveaux cas quotidiens, est menacé d’une crise hospitalière due au manque de personnel provoqué par la vague d’Omicron. La France devrait approcher les 300.000 cas. «Même dans des systèmes de santé sophistiqués et de grande taille, il y a des difficultés réelles en ce moment, et il est probable que cela se reproduira dans la région à mesure qu’Omicron entraînera une augmentation des cas», a conclu la responsable à l’OMS.