S’il n’y a plus de doute quant à la tendance haussière des contaminations au Covid-19 en Algérie, la question qui taraude les esprits est celle relative au nouveau variant Omicron et quelles mesures doivent être prises. Après qu’il ait été détecté dans de nombreux pays du monde, le risque vaut aussi pour l’Algérie qui, pour l’heure, est encore épargnée et n’a pas encore enregistré de cas du variant Omicron».

PAR INES DALI
C’est ce qu’a affirmé, hier, le Pr Lyès Rahal, directeur général des services de santé au ministère de la Santé.
«L’Algérie n’a encore enregistré aucune infection par le variant Omicron», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, ajoutant que pour prévenir les cas pouvant être introduits dans le pays par les voyageurs en provenance de l’étranger, «des mesures préventives seront adoptées dans les aéroports». «Nous traiterons le nouveau variant comme nous l’avons fait avec tous les autres variants», a-t-il encore dit.
Ainsi, alors que le pays est déjà dans une phase ascendante de la pandémie qui «va se poursuivre dans les prochains jours avec le froid, les espaces fermés et le relâchement observé sur le respect des mesures de prévention», selon le Pr Kamel Djenouat, président de la Société algérienne d’immunologie, une nouvelle menace vient s’ajouter avec le variant Omicron. Intervenant à ce propos, le directeur général de l’IPA, Fawzi Derrar, a estimé «très possible l’apparition du variant Omicron en Algérie dans les prochains jours», expliquant, par ailleurs, que «plus le virus de Covid-19 se transmet, plus il y a de variants». Il a ajouté que la faible vaccination encourage la transmission du virus» et qu’elle se trouve être aussi «parmi les causes à l’origine des variants», d’où son appel réitéré à la population algérienne à aller se faire vacciner. Dans ce registre, il a rappelé que le variant Omicron est apparu en Afrique du Sud, un pays qui compte «un taux de vaccination de 40%, ce qui est insuffisant pour réaliser l’immunité collective».
Le risque de son introduction via les aéroports pourrait donc être limité au niveau des frontières, à propos desquelles le Pr Rahal a indiqué que «le dispositif ne s’applique pas spécifiquement pour un variant». «Ce qui nous importe plus que tout, c’est de détecter si toute personne entrant en Algérie est porteuse ou non du coronavirus», a-t-il souligné, avant de relever l’expertise de l’organisme de référence qu’est l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA) dont le système de vigilance virologique et de veille sanitaire est à l’affût du moindre cas suspect.
Le Pr Mohamed Melhag, expert et chercheur en virologie, a indiqué qu’il reste beaucoup d’inconnues sur le variant Omicron, après avoir mis en garde contre «le danger qu’il représente car il contient 32 mutations» et souligné que «les scientifiques sont dans un processus de recherche pour savoir à quelle vitesse il se propage et à quel point il est dangereux». Pour lui, il est nécessaire de prendre des mesures proactives pour empêcher son entrée dans le pays, en sus de l’augmentation du rythme de la vaccination qui reste à un taux «très faible», loin de l’objectif tracé d’atteindre au moins 70% de la population éligible, cela d’autant que le vaccin est disponible en quantités suffisantes. Selon les derniers chiffres révélés il y a quelques jours par le ministère de la Santé, l’Algérie compte 11 millions de personnes vaccinées sur une population cible de 20 millions de personnes. Les vaccinés sont répartis en 5 millions ayant reçu les deux doses et 6 millions une dose.
S’exprimant sur la situation épidémiologique qui attendrait l’Algérie dans le cas où la tendance haussière se poursuit, outre la menace Omicron, le Pr Kamel Djenouhat s’est dit convaincu que l’ampleur de la «vague qui s’annonce dépendra du comportement des citoyens et de la vaccination». Le président de la Société algérienne d’immunologie, qui a relevé le manque de vigilance en matière de port de masque et de distanciation physique, a insisté sur la nécessité de renforcer les mesures de prévention et la cadence de vaccination. Pour lui, qu’importe la dénomination de la vague, 4e ou autre, puisque les contaminations augmentent et c’est cela qui inquiète face à une vaccination faible. «La vague ne vient pas seule. Ce sont les comportements qui font en sorte de la ramener», estime le Pr Djenouhat. Comme l’ensemble de ses confrères, il a, une nouvelle fois, appelé à «l’instauration du pass sanitaire pour l’accès à tous les lieux publics». Il a poursuivi que «si le pic sera de 300 à 400 nouveaux cas par jour, on peut le maîtriser. En revanche, si le nombre de contaminations augmente à 1.000 cas par jour, on sera dépassé comme c’était le cas durant juillet et août derniers».
Dans le chapitre hôpitaux, plusieurs spécialistes ont déjà fait cas d’une «légère hausse des hospitalisations» tout en soulignant que, pour le moment, il s’agit plutôt de cas bénins de Covid-19. Le Pr Djenouhat a indiqué que la grande majorité des malades hospitalisés ne sont pas vaccinés. Le Pr Toufik Yaiche Achour, chef de service réanimation à l’hôpital Nafissa-Hammoud, a indiqué au site «essaha» que «6 lits sur 8 du service de réanimation sont occupés par des malades Covid» alors qu’il y avait «zéro cas en septembre et octobre». Il a ajouté que «les 6 admis en réanimation sont vaccinés, mais c’est grâce au vaccin qu’ils s’en sont sortis malgré les complications induites par les maladies à risque qu’ils trainent». Lui aussi plaide pour le respect des gestes barrières et la vaccination.