L’Association de protection des consommateurs s’inquiète de l’érosion de la valeur du dinar et de son impact sur les ménages. Elle estime le «revenu de survie» actuel d’un foyer de 5 personnes à 75 000 DA par mois. Soit 15 000 dinars de plus que sa dernière évaluation, qui était de 60 000 Da.
Selon son communiqué officiel, le Conseil des ministres a semblé éluder les sujets qui fâchent. La flambée des prix, la dévaluation du dinar et son impact sur le pouvoir d’achat des ménages n’ont, en effet, été évoqués qu’à grands traits et sans la préoccupation du détail. Notamment en ce qui concerne les mesures concrètes à prendre par le gouvernement pour la maîtrise des prix des produits de large consommation.
L’exposé du ministre du Commerce a certes porté sur «l’approvisionnement du marché et le phénomène d’instabilité des prix». Le président de la République a également sommé le gouvernement d’activer de «manière effective la loi sur la concurrence» pour lutter contre le monopole, la pénurie et la spéculation. Il a instruit l’Exécutif «de réviser les mécanismes de subvention du fourrage et des aliments de bétail» (…) pour la stabilité des prix des viandes sur le marché national. Mais point d’indications précises sur les moyens d’endiguement d’un phénomène appelé à l’exacerbation à l’approche du ramadan.
Contacté par Reporters, Mustapha Zebdi, président de l’Association de protection des consommateurs et de l’environnement (Apoce), concède que le chef de l’Etat a donné de bonnes orientations sur des points qui concernent la problématique des prix et du pouvoir d’achat. Mais que le consommateur est en attente d’interventions mesurables sur le terrain. «La flambée des prix a touché quasiment tous les produits de large consommation depuis le début de l’année. Elle a aussi touché les services», s’inquiète-t-il. M. Zebdi affirme s’alarmer également de la «dévaluation du dinar» qui «est très importante», prévient-il.
Il assure que le glissement de la monnaie nationale a atteint les 20%, ce qui s’est «traduit par un renchérissement des prix» et la «chute du pouvoir d’achat» des ménages. L’Apoce, qui estimait le revenu de survie d’un ménage de 5 personnes à 60 000 DA, l’a revu à la hausse en raison des récurrentes flambées des prix et la détérioration de la valeur du dinar. Il l’estime aujourd’hui à 75 000 dinars. Or, 6,5 millions de salariés touchent 30 000 dinars et moins mensuellement.
Cette situation devient insoutenable, a-t-il laissé entendre, interpellant le gouvernement à «trouver des solutions à cette instabilité des prix qui lamine le pouvoir de la majorité des citoyens.» A ce sujet, l’Apoce propose de «plafonner les prix des produits de première nécessité et de réduire le taux de la TVA.» Ces deux solutions revendiquées depuis un certain temps par l’association constitueront selon son président une véritable bouffée d’oxygène. «La TVA est payée par les consommateurs et encaissée par des opérateurs qui sont dans l’informel ou ignorent la facturation». «Ces derniers se remplissent les poches sur le dos des consommateurs», s’indigne-t-il.
Interrogé sur l’existence de situations monopolistiques sur le marché, qui induisent une entente illégale sur les prix et sans relation avec les coûts, il affirme qu’à l’exception de celui d’Algérie Télécom, il ne voit pas de monopoles dans le pays : dans l’huile, le sucre, les pâtes, la semoule et la farine, il y a plusieurs concurrents qu’il espère plus nombreux pour influer sur les prix. Cependant, il ne cache pas qu’il existe des «cas de détournement des subventions par des opérateurs».
Pour Mustapha Zebdi, la dévaluation du dinar serait acceptable si la plupart des produits de large consommation sont produits localement et non importés comme aujourd’hui. Il conclut que l’une des solutions de fond à cette situation inquiétante consiste à libérer l’investissement. Un remède qui devrait améliorer la situation économique du pays et, partant, contribuer à améliorer indirectement les revenus des ménages. K.R.