Elle est toujours là, présente. Elle reste parmi les sujets les plus débattus sur la scène internationale. La pandémie de Covid-19 résiste et prend de plus en plus de vigueur. Vague après vague, elle rythme le quotidien sanitaire du monde entier et ne semble pas avoir dit son dernier mot.PAR INES DALI
Cette fin de 2021 est marquée par une forte reprise épidémique, le nouveau variant Omicron à l’essor fulgurant qui succède au meurtrier Delta, sur fond d’une vaccination insuffisante. Ce qui augure, selon toute vraisemblance, qu’elle ne «ménagera» pas 2022 alors que l’espoir d’un retour à une vie normale reste le vœu de tous.
L’année 2021 s’achève donc avec une montée d’inquiétude en Algérie au vu d’une vaccination qui peine à prendre son envol, le taux national ne dépassant pas les 27% alors que les prévisions du pays tablaient d’atteindre 70% en fin décembre. Les hôpitaux risquent, encore une fois, d’être mis à rude épreuve devant la hausse des cas, et le personnel soignant étant épuisé après près de deux années de lutte contre cette pandémie, le premier cas étant apparu en février 2020.
L’immunité collective prévue fin 2021 n’a pas eu lieu, alors que la vaccination, même si elle était symbolique au vu des doses de départ, a débuté fin janvier 2021. L’Algérie avait commencé les consultations avec les fabricants d’anti-Covid-19 en août 2020 et avait même établi une short liste pour pouvoir faire le choix le moment venu, c’est-à-dire après homologation des vaccins par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) comme le veut la procédure. Mais la pandémie évoluait à grands pas et les pays fabricants et autres pays développés ayant contribué au financement des recherches n’ont pas attendu l’homologation de l’OMS.
Plaidant l’«urgence sanitaire», ils n’ont attendu que l’homologation de leurs propres agences sanitaires et agences des médicaments comme la FDA aux Etats-Unis ou encore l’EMA en l’Europe. Ils ont alors commencé la vaccination dès la fin de 2019. Beaucoup de pays ont été pris de court dont l’Algérie, qui a débuté difficilement la vaccination avec 100.000 doses de Sputnik V et d’AstraZeneca en fin janvier 2020. L’Algérie comptait également sur le système Covax qui devait lui procurer des millions de doses. Un système chapeauté par l’OMS et les organisations GAVI et Cepi qui devait rendre accessible les anti-Covid-19 aux pays en développement et aux pays pauvres. Mais ce système n’a pas fonctionné comme prévu. La demande mondiale était bien plus importante que l’offre et les pays riches s’étaient accaparés la quasi-totalité des vaccins. Entretemps, et jusqu’à avril 2021, l’Algérie recevait au compte-goutte les antidotes. Ce n’est qu’à partir de mai 2021 que le pays commençait à recevoir des doses importantes jusqu’à avoir, aujourd’hui, plus de 13 millions de doses… en stock. Si la population avait massivement adhéré à la vaccination alors que les quantités étaient insuffisantes, ce ne fut plus le cas par la suite. La pandémie de Covid-19 avait connu un recul et le pays vivait une accalmie.

L’été 2021, pire période de la pandémie en Algérie
Mais cette accalmie fut de courte durée et la pandémie a repris de plus belle en été, avec un pic de 2000 cas confirmés par jour en raison du variant Delta qui avait fait ravage ailleurs dans le monde avant d’arriver en Algérie. Les mois de juillet et août 2021 resteront à jamais gravés dans la mémoire des Algériens. C’était la 3e vague de Covid-19. Les hôpitaux étaient saturés, ne suffisant même plus pour les malades graves dont bon nombre étaient soignés en ambulatoire. L’oxygène manquait cruellement et les proches des malades couraient dans tous les sens à la recherche de cette matière vitale. Le pays a dû avoir recours à l’importation et plusieurs nouvelles unités ont commencé à le produire. Des centaines de personnes sont décédées et leurs familles endeuillées. C’était la période la plus difficile qu’a connu le pays depuis le début de la pandémie. C’était aussi la période où une véritable ruée était enregistrée en matière de vaccination. Les Algériens allaient en masse, très tôt le matin, attendre leur tour au niveau des centres vaccinaux, à tel point que les calculs des autorités sanitaires leur faisaient dire qu’à ce rythme, avec quelques 280.000 vaccinés par jour, le taux de 70% pour atteindre l’immunité collective pouvait être aisément réalisé. Ce ne fut pas le cas pour plusieurs raisons. Pour l’heure, sur les 20 millions prévus, seuls 13 millions d’Algériens sont vaccinés dont 5 millions n’ayant pas complété leur schéma vaccinal. A partir de septembre, les chiffres des cas confirmés et des décès ont commencé à reculer et l’accalmie s’est à nouveau installée. La population s’est alors détourné de la vaccination, certains pensant que le mal était passé, d’autres accordant foi aux anti-vaccination et à la désinformation en tous genres sur les réseaux sociaux, même à celles qui leur faisait croire qu’ils allaient devenir «stériles» ou qu’ils allaient «mourir après deux ans». Les professionnels de la santé ont beau démentir, expliquant que ces fausses informations ne reposent pas sur des données scientifiques, rien n’y fit, beaucoup continuent d’y croire à nos jours. Les professionnels ne se sont pas arrêtés à cela mais ont encore insisté qu’il fallait une communication institutionnelle «plus offensive» pour convaincre les réticents à la vaccination. «Il faut communiquer en ayant recours à des personnalités respectées et aimées par les citoyens, comme sportifs dont les joueurs de l’équipe nationale de football, les artistes, etc.», ont-ils recommandé à maintes reprises.
Devant la non-adhésion à la vaccination de certains corps, notamment ceux des secteurs de la santé, de l’éducation nationale ou encore de l’enseignement supérieur, les spécialistes ont également mis l’accent sur la nécessité de faire en sorte à les obliger à se faire vacciner en instaurant le pass sanitaire, tout comme ils l’ont recommandé pour la population générale pour l’accès à tous les lieux publics. Malgré tous les moyens mis en place, humains et matériels, la réticence à la vaccination subsiste, à tel point que des professionnels de la santé n’ont pas hésité à qualifier le très faible taux de vaccination d’«échec de la vaccination».

2022, l’année de la vaccination ?
Les deux périodes d’accalmie, avant l’été et depuis septembre à décembre, n’ont pas été mises à profit pour avoir un fort taux de vaccination. Quelles qu’en soient les raisons, le résultat est là. Peut-être que l’année 2022 sera-t-elle plus fructueuse en la matière, surtout qu’actuellement le pays est en pleine 4e vague et que la situation épidémiologique est en train de se dégrader avec un nombre croissant de cas confirmés et de décès, sans compter les malades en réanimation et ceux intubés. Ce n’est que dans pareilles situations catastrophes que la population reprend le chemin de la vaccination qui, selon les spécialistes, reste «la seule arme contre la pandémie de Covid-19». Cela d’autant que l’Algérie, outre les doses de vaccin déjà en stocks et qui risquent la pénurie, a commencé à produire localement le vaccin CoronaVac, fruit d’un partenariat avec les laboratoires chinois Sinovac. L’anti-Covid-19 made in Algeria devra être commercialisé dans les prochaines semaines, le temps que les procédures soient achevées, soit après son homologation par l’OMS et la certification du site de production de Saidal à Constantine. Après satisfaction du marché national, c’est l’exportation vers les pays africains qui est visée. L’Afrique est le continent le moins vacciné dans le monde et cette iniquité a été maintes fois dénoncée par l’OMS. En Algérie, pour booster la vaccination, de nouvelles mesures ont été annoncées dont celle ayant trait à la mise en place du pass vaccinal pour certaines catégories de fonctionnaires, dont les personnels soignants, les administratifs, les enseignants et autres corps en contact activant dans le service public. Une mesure saluée par les professionnels de la santé qui disent attendre sa mise en application sur le terrain, espérant qu’elle sera encore élargie à d’autres secteurs pour, avant tout, épargner des vies, l’Algérie ayant enregistré plus de 6000 décès pour cause de Covid. Dans le monde, plus de 5 millions de personnes sont mortes depuis la découverte du nouveau coronavirus en décembre 2019. <