Les spécialistes, les étudiants et le public intéressés par le champ des études de l’amazighité peuvent trouver dans le numéro 09 de la revue « Timsal n Tamazight», du Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de tamazight (CNPLET), d’excellentes contributions scientifiques en relation avec les compétences de ce centre et des établissements avec lesquels il entretient une collaboration universitaire et scientifique dans notre pays et à l’étranger.

Il s’agit d’articles de synthèse de travaux ambitieux rédigés par des linguistes et des spécialistes des domaines de recherche en relation avec la problématique des langues. Ils portent sur des thèmes d’actualité non seulement universitaire – qui mobilisent les ateliers et les laboratoires de recherche en Algérie et au Maghreb – mais nationale également puisqu’il y est question de didactique et d’enseignement de tamazight et en tamazight : un champ d’étude déjà investi depuis des années en raison du nombre de chercheurs qui y développent leurs travaux. Devenu plus fécond au regard des développements politiques dans le pays, notamment la reconnaissance de la diffusion nationale et officielle de la langue berbère, le débat s’oriente vers l’urgence de trouver les outils de sa diffusion à travers l’école ainsi que dans la vie courante ; cela en attendant que l’académie de tamazight s’installe comme institution idoine. Pour revenir au dernier numéro de la Timsal n tamazight du CNPLET, qui date déjà d’une année et demie puisque sa mise en circulation date de la fin du mois de décembre 2018, son contenu qui n’a pas pris une ride en raison de son caractère fortement contemporain restitue à vrai dire les actes d’un colloque international qui a eu lieu en 2017 à Béjaïa. Cet évènement scientifique a réuni un riche panel d’universitaires de renom autour de la thématique centrale de «Tamazight : Représentations, réalité et pratique d’enseignement» ; laquelle donne lieu à trois grands chapitres : «Tamazight et représentations sociales, «Pratiques d’enseignement et diversité géolectale», «Néologie, terminologue. Trois préoccupations, donc, qui ont mobilisé pas moins de dix-huit chercheurs à travers des sujets aussi divers que «Le tamazight. Du processus de normalisation et des discours sur la norme», «L’amazighe au Maroc, entre l’école et l’environnement linguistique», «Le tamazight à Jijel : représentations pratiques et perspectives d’enseignement» ; «L’enseignement de tamazight à l’université algérienne : de quelques problèmes rencontrés» ou encore «L’apport du numérique pour la diffusion de la langue amazighe à l’école», ainsi que «La géographie linguistique au service de l’aménagement de la langue amazighe».

Nouveau statut de Tamazight, champ de recherche renouvelé
Dans la préface de Timsal n Tamazight, le directeur du CNPLET et rédacteur en chef de la revue, le professeur Abderrazak Dourari écrit que la «problématique à laquelle a répondu son dernier numéro est d’une importance capitale dans la mesure où elle dessine les contours d’une posture intellectuelle générale décisive pour la survie de cette langue dans son nouveau contexte et statut». Il dit d’autant plus vrai que la relégitimation du tamazight comme langue officielle et nationale ne règle pas tout ; loin s’en faut ; et que certaines des questions abordées se révèlent très complexes : comme de considérer par exemple la généralisation de Tamazight en optant pour une langue standard avec le risque d’obtenir un idiome dévitalisé, pas loin de la novlangue (V. 1984 de George Orwell) ou, au contraire, tenir compte des variétés régionales de cette langue et la faire développer selon cette réalité. Le choix n’est pas encore arrêté et suscite chez les spécialistes comme on le voit à la lecture de leurs productions des avis nuancés, voire partagés. «Cette langue dite standard est de plus en plus truffée de néologismes et de structures morphosyntaxiques inhabituelles. Elle est construite et fabriquée dans la précipitation de manière à répondre aux besoins d’urgence d’une langue qui vient juste d’être officialisée et qui a longtemps été orale. De ce fait, elle s’éloigne largement des différentes langues maternelles existantes qui, elles, se pratiquent quotidiennement, ayant des structures spécifiques déjà acquises» prévient Chebha Yefsah, maître assistante à l’université de Tizi Ouzou avant d’estimer sur la base de sa recherche que «renier l’apport des langues maternelles reviendrait à créer une carence dans une activité pédagogique». En termes d’expérience d’intégration de Tamazight dans les médias, et dans le jeu institutionnel, un chantier à peine ouvert en Algérie à l’exception peut-être de l’usage de la langue dans le secteur de l’audiovisuel (et encore cela mérite débat en particulier lorsqu’il s’agit de diffusion hors des régions berbérophones) ; il y a lieu de signaler ici l’intervention du chercheur marocain Wadi’â Skoukou sur ce qui se passe dans son pays où Tamazight « a avancé, il est acceptée et intégré dans les institutions de l’Etat, selon la propriété des domaines d’intégration, à savoir l’enseignement et les médias. Pour ce que nous remarquons, elle n’a pas encore intégré les tribunaux, les hôpitaux, les communes rurales et urbaines…». Un appel a été lancé «aux ministères et aux secrétaires généraux, pour l’enseignement de l’amazigh dans quelques institutions supérieures pour l’année 2018, à savoir l’Ecole nationale supérieure de l’administration (INS A), l’Institut supérieur de la magistrature, l’Institut supérieur de l’information et de la communication (ISIC), ainsi que l’Institut supérieur des métiers de l’audiovisuel et du cinéma et les instituts d’arts dramatiques et d’archéologie». Avec quels résultats ? Trop tôt pour répondre à cette question sachant le caractère récent des chantiers lancés par l’Etat marocain. Suffisant, cependant, pour qu’on se pose, nous Algériens, la question : à quand Tamazight à l’ENA ? Avant d’y être, lisons au moins le numéro 09 de Timsal n Tamazight !