PAR MILINA KOUACI
Les inspecteurs de la langue tamazight ont opposé, hier, leur niet à la démarche de la tutelle, sitôt rendu public l’emploi du temps alternatif dans lequel a été «éclipsé» l’enseignement de tamazight.
Pour l’année scolaire 2021-22, l’Inspection générale de la tutelle a programmé des séances de cette langue en dehors des temps assignés aux groupes pédagogiques. Une décision qui a suscité la consternation et l’émoi des enseignants et inspecteurs de tamazight, qui rappellent aux pouvoirs publics leurs «devoirs» envers l’enseignement de la langue amazighe pour sa qualité de langue nationale et officielle, tout en appelant la tutelle à surseoir à cette décision.
En effet, la Coordination nationale des Inspecteurs de langue amazighe a indiqué que l’enseignement de tamazight est «exclu» de l’emploi du temps alternatif pour l’année scolaire 2021-22, qui sera entamée le 21 septembre. Dans un communiqué rendu public, la Coordination indique que tamazight n’est plus inclus dans l’emploi du temps de l’élève. Une correspondance émanant du Secrétariat général du ministère de l’Education nationale, émise en date 14 août 2021 sous le n°194, a programmé tamazight en dehors de l’emploi du temps alternatif des élèves. Une décision que la Coordination qualifie d’inattendue et d’insensée. Dans ce sens, cette corporation a adressé un courrier au ministre du secteur dans lequel elle a rappelé les devoirs de l’Etat envers l’enseignement de la langue amazighe et met en garde des conséquences d’une telle décision. «Ces derniers ont également formulé des propositions à la tutelle pour une meilleure prise en charge de l’enseignement de tamazight et répondant aux attentes des Algériens.»
D’après Yahia Bellil, inspecteur de tamazight, la décision du ministère recommandant la programmation des séances de tamazight en dehors des temps assignés aux groupes pédagogiques «risque de générer des conflits au sein des écoles». Il qualifie cette décision de «déclassement projeté de l’enseignement de tamazight» qui ferait réagir les Algériens pour remettre de l’ordre dans le rapport de l’Etat à la question identitaire. Il indique que pour contrer cette «décision marquée du mépris», M. Bellil fait savoir que «des actions garantissant la promotion de tamazight seront concertées». Il regrette le fait que tamazight soit considérée comme une «matière secondaire» alors qu’elle a le statut de langue nationale depuis 2002 et officielle depuis 2016. Il appelle les décideurs à rendre à tamazight la place qui lui sied. La promotion de tamazight dans ce secteur exige une symbiose entre politiques, syndicats et chercheurs de la linguistique.
De son côté, le Conseil national autonome des directeurs de l’enseignement moyen (Cnadem) s’est réuni hier avec l’Inspecteur général de la tutelle autour des plans exceptionnels de l’organisation des cours et des problèmes auxquels seront confrontés les proviseurs des écoles du cycle moyen. Cette organisation syndicale a fait savoir, à l’issue de sa réunion, que tamazight sera enseignée avec l’EPS (sport)et matières d’éveils en dehors de l’emploi du temps alternatif.
Il y a lieu de rappeler que la circulaire de l’Education de 2008 a donné le caractère facultatif à l’enseignement de tamazight. Une situation qui a fait que l’intégration de la langue amazighe dans le système éducatif et son enseignement évoluent «lentement» et rencontrent beaucoup de difficultés.
Selon les parents, les programmes sont déjà trop chargés pour ajouter tamazight à leurs enfants. Tandis que les écoles dispensant des cours en cette langue lui accordent un créneau horaire spécial. Les militants de tamazight, pour leur part, exigent de la tutelle d’élaborer une nouvelle circulaire qui permettra de repositionner l’enseignement de tamazight dans le secteur de l’Education nationale.