L’ex-chef de l’Etat par intérim et ancien président du Conseil de la nation, Abdelkader Bensalah, est décédé hier à l’âge de 79. Il sera inhumé aujourd’hui au cimetière d’El Alia.

Par Feriel Nourine
Le communiqué de la présidence, qui a annoncé ce décès, ne mentionne pas ses causes, mais les proches du défunt ont fait savoir qu’il s’est éteint suite à la maladie qu’il combattait depuis quelques années. C’est d’ailleurs son état de santé fragilisé qui avait poussé l’ex-président du Sénat à démissionner de son poste, en janvier 2020, après l’élection de Abdelmadjid Tebboune, nouveau président de la République, trois semaines auparavant, mettant fin à l’intérim de Bensalah à la tête de l’Etat pour une période de huit mois et dix jours.
Un poste de haute responsabilité dont il avait hérité par voie constitutionnelle, le 9 avril 2019, après la démission de l’ex-Président Abdelaziz Bouteflika, une semaine plus tôt. Ce dernier avait abdiqué à la détermination sans concession du Hirak qui l’avait poussé vers la porte de sortie après avoir commencé, le 22 février de la même année, à contraindre ce chef d’Etat à quatre quinquennats de renoncer à son projet de cinquième mandat pour la présidentielle qui devait avoir lieu le 18 avril.
La principale mission du chef de l’Etat par intérim était alors d’organiser l’élection présidentielle dont la date était prévue le 4 juillet. Un objectif qu’il n’aura aucune chance de concrétiser face à un Hirak rejetant toute opération du genre sous la houlette du système en place, dont Bensalah était assurément l’un des personnages les plus représentatifs. Pour preuve, avec Bouteflika, Belaïz, Bouchareb, Bedoui, il faisait partie des 5 B que le mouvement populaire avait appelé à partir dès ses premières descentes dans la rue pour revendiquer le changement par le biais d’un nouveau mode de gouvernance du pays.
C’est ce rejet populaire qui empêchera la tenue de l’élection présidentielle programmée pour le mois de juillet et qui contraindra Bensalah à rester à un poste périlleux pour un second mandat, avant de passer le témoin, le 19 décembre 2019, à Abdelmadjid Tebboune, élu Président une semaine auparavant.
Plus que représentatif du régime, le défunt l’incarne très explicitement, dans le statut de cacique construit par de très longues années passées dans les arcanes du pouvoir à occuper des postes de responsabilité de haut rang mais aussi décisifs. Un capital et une longévité comme peu, très peu, de hauts responsables peuvent afficher en guise de parcours. Pour y arriver, le natif de Tlemcen, un 24 novembre 1941, a gravi les échelons, après avoir entamé une carrière dans la presse, en collaborant, à partir de 1968, avec les titres nationaux de l’époque. En 1970, il est nommé directeur du Centre algérien de l’information à Beyrouth puis Directeur général du quotidien El Chaâb en 1974.
Une expérience d’entame de carrière dans un secteur acquis alors au pouvoir en place. Ce qui lui a sans doute servi pour explorer des pistes qui mènent loin dans les ambitions politiques. En ce sens, il est élu député FLN en 1977 et sera réélu au même poste à deux reprises à l’APN dont il présidera pendant 10 ans la Commission des Affaires étrangères. Il deviendra ambassadeur en Arabie saoudite en 1989, sénateur plus tard, président de l’APN et président du Conseil de la nation, où il a cumulé trois mandat dont le dernier l’a mené au poste de chef d’Etat par intérim dans une opération qui reproduit une partie du scénario de 1993, lorsqu’il avait été rappelé de Djeddah, après l’interruption du processus électoral, pour conduire la commission du dialogue national en charge de l’élaboration de la plateforme de l’entente nationale en vertu de laquelle a été créé le CNT, en 1994, qu’il avait présidé à partir du 14 juin de la même année.
Pour son entourage, le défunt doit sa longévité dans les hauts postes de responsabilité politique à sa discrétion et à son accomplissement du devoir de commis de l’Etat au service absolu du Président en place. C’est ce qui s’est passé notamment, durant les longues années de pouvoir de Abdelaziz Bouteflika durant lesquelles Bensalah a fait figure d’homme très proche de l’ex-président de la République en lui apportant un soutien indéfectible à toute épreuve. Même à l’approche de l’élection annulée du 18 avril 2019 à travers son engagement et son implication dans l’entreprise visant à mener le président déchu à un cinquième mandat. Ce but n’est pas atteint, mais le fidèle à Bouteflika et dévoué au système qu’il sert depuis quarante ans, est appelé à faire concession d’une partie de sa discrétion et se rendre utile une nouvelle fois, quitte à s’exposer directement à la colère populaire, en organisant un scrutin populaire rejeté, tout autant qu’était rejeté ce même système. Mais bien avant d’être projeté au poste de chef d’Etat qui l’a fait sortir de sa quiétude à la Chambre haute, Bensalah avait passé de longues années à suppléer son Président malade dans des activités protocolaires.
Le hasard a voulu aussi, que six jours après l’enterrement de Abdelaziz Bouteflika, Abdelkader Bensalah aille le rejoindre au cimetière d’El Alia. <