Après avoir changé de tutelle et être placée sous la bannière du ministère de la Micro-entreprise, des Start-ups et de l’Economie de la connaissance, en mai dernier, l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (Ansej) change de dénomination. Elle devient officiellement Agence nationale d’appui et de développement de l’entrepreneuriat (Anade), par voie de décret exécutif publié dans le dernier Journal Officiel.
Son conseil d’orientation est composé des représentants des ministères chargés de la Micro entreprise, des Affaires étrangères, de l’Intérieur, des Finances, de la Solidarité nationale, de l’Industrie, du Commerce, du Travail, ainsi que du secrétaire permanent du Fonds de caution mutuelle de garantie risques/crédits jeunes promoteurs ou son représentant, du président de l’Association des banques et établissements financiers (Abef) ou son représentant avec deux représentants des organisations des jeunes promoteurs, les plus représentatives au plan national.
Le décret officialisant la nouvelle dénomination de l’Ansej est venu, le 22 novembre dernier, modifier et compléter le décret exécutif du 8 septembre 1996 portant création et fixant les statuts de cette agence. En ce sens, l’Anade hérite des missions fixées par les ancien statuts, mais elle est également chargée de «mettre en œuvre toute mesure de nature à permettre la mobilisation et l’utilisation, dans les délais impartis, de ressources extérieures destinées au financement de la création d’activités en faveur des jeunes, conformément à la législation et à la réglementation en vigueur», lit-on dans le JO. «Elle a aussi pour missions d’élaborer la cartographie nationale des activités pouvant être créées par les jeunes promoteurs et sa mise à jour périodiquement, conjointement avec les secteurs concernés, d’encourager la mise en place et le développement des écosystèmes en fonction des opportunités d’investissement offertes par les différents secteurs et qui répondent aux besoins du marché local et/ou national, et de veiller à la modernisation et à la normalisation du processus de création, d’accompagnement et de suivi des micro-entreprises», indique encore la même source. Ajoutant que l’Anade est, en outre, chargée d’élaborer et de développer des outils de Business Intelligence, dans une démarche prospective, dans le but d’un développement économique équilibré et efficace, de moderniser et de numériser les outils de gestion de l’agence et du dispositif de création des micro-entreprises, d’encourager l’échange d’expérience à travers les programmes des organismes internationaux et des partenariats avec les agences étrangères d’appui et de promotion de l’entrepreneuriat et de la micro-entreprise, et d’assurer la gestion des micro-zones d’activités spécialisées, aménagées au profit des micro-entreprises.
Ainsi donc, cette batterie de missions dont est chargée l’Anade justifie le changement de dénomination d’une agence qui avait évolué sous la coupe du ministère du Travail depuis sa création jusqu’à mai dernier. Le rattachement de l’Ansej au ministère de la Micro-entreprise, des Start-ups et de l’Economie de la connaissance ne pouvait être accompli sans une dénomination revue, corrigée et, surtout, porteuse d’une stratégie neuve pour le monde de l’entreprise. En effet, l’Ansej a trop pâti d’une dénomination versée au compte de la création de l’emploi au profit des jeunes, au sens exagérément social du terme, et l’Anade semble avoir été appelée à la rescousse, avec la mission de rectifier le tir en faisant la promotion de l’entrepreneuriat en matière d’appui et de développement.
Autrement dit, elle est chargée de retracer le chemin vers la création de l’emploi en réhabilitant l’entrepreneuriat, le statut, voire la vocation, d’entrepreneur.
En absorbant d’abord l’Ansej, puis en la convertissant en Anade, le ministère fraîchement créé pourrait, en effet, la réorienter en direction de jeunes dont les projets viendraient s’inscrire dans une nouvelle vision entrepreneuriale, en rupture avec la notion de l’entreprise qui y a prévalu à ce jour, se soldant par beaucoup plus d’échecs que de succès pour les 400 000 projets créés depuis 1996, pour un montant de 334 milliards dinars, selon les chiffres livrés par les parties concernées.
A ce jour, le déficit de crédibilité dont a souffert l’Ansej durant 24 années d’existence continue à faire parler de lui, et les problèmes de finances, et autres, mis en avant par les promoteurs de micro-entreprises ayant souscrit à ce dispositif confirment chaque jour que la stratégie mise en place a été un échec. Des jeunes chefs d’entreprise ont accédé à ce statut sans jamais être passés par un emploi préalable et, pire, qui n’ont bénéficié d’aucun accompagnement en matière de gestion de leur projet, qu’il s’agisse de montage, de mise en marche ou de gestion.
C’est pourquoi la question qui se pose aujourd’hui est celle qui consiste à savoir si les dysfonctionnements du dispositif Ansej seront bannis à travers les missions qui sont dévolues à l’Anade. Autrement dit, il s’agit de savoir si avant d’être rebaptisée, l’Ansej a été soumise à une évaluation en conséquence, de sorte à mettre fin aux dysfonctionnements qui peuvent permettre d’en venir à bout et de placer l’Anade en position idoine pour mener à bien ses missions.
Attendons pour voir.<