L’ambassadeur d’Algérie en France Mohamed Antar Daoud reprend ses fonctions aujourd’hui après quatre mois de rappel et de «consultations» après la tension provoquée entre Alger et Paris par les propos jugées «irresponsables» du président français Emmanuel Macron sur l’Algérie et son histoire. Le retour de l’ambassadeur algérien à son poste intervient à un moment politique clé.PAR NAZIM B.
L’ambassadeur d’Algérie en France, Mohamed Antar Daoud, reprend ses fonctions aujourd’hui après avoir été rappelé par les autorités algériennes suite à la crise diplomatique déclarée entre les deux pays à cause des propos tenus sur l’Algérie par le Président français, Emmanuel Macron, sur fond de contentieux mémoriel aigu et jugés «irresponsables» par la présidence algérienne. Rappelé au pays le 2 octobre 2021 pour «consultations» et pour «rejet catégorique» par l’Algérie «de l’ingérence inadmissible dans ses affaires intérieures que constituent lesdits propos», il a fallu au diplomate algérien quatre mois de rappel au pays avant qu’il ne retrouve son poste à Paris.
Son retour est un signe que ces longues semaines de «consultations» ont sans doute été fécondes en contacts et en tractations entre les deux capitales pour faire baisser la séquence de tension née entre elles durant l’automne dernier : une des plus sérieuses dans l’histoire, pourtant pas toujours calmes, des relations entre l’Algérie et la France, affirment les observateurs du bilatéral algéro-français qui rappellent qu’Alger avait déjà convoqué une précédente fois son ambassadeur, à l’époque Salah Lebdioui, en mai 2020, après la diffusion, rappelons-le, d’un documentaire sur France 5 et la Chaîne parlementaire d’un documentaire sur le Hirak. Il est aussi un signal d’amorce d’un retour à l’apaisement et d’une réactivation des canaux d’échanges diplomatiques et politiques entre Alger et Paris, une nouvelle phase solennellement actée hier par le président de la République.
En effet, le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune a reçu hier mercredi l’ambassadeur Mohamed Antar Daoud, à la veille de son retour à Paris, pour «reprendre ses fonctions à partir de ce jeudi 06 janvier 2022», précise le communiqué de la présidence de la République. Selon toute vraisemblance, et eu égard à l’importance de l’initiative prise par le chef de l’Etat, cette étape est une réponse à la demande de «décrispation» tentée récemment par le chef de la diplomatie française, Jean Yves Le Drian, qui a effectué une visite en Algérie le 9 décembre dernier. «Nous souhaitons que le dialogue que nous relançons aujourd’hui puisse conduire à une reprise des échanges politiques entre nos deux gouvernements en 2022, au-delà des blessures du passé que nous devons regarder en face au regard des malentendus qu’il nous revient de dépasser», avait déclaré le ministre français des Affaires étrangères et de l’Europe à la presse après son audience par le président Tebboune.
Affirmant que l’Algérie était «un partenaire essentiel pour la France sur le plan bilatéral, mais, également, sur le plan régional», Jean-Yves Le Drian avait soutenu que Paris et Alger «font face ensemble à des défis majeurs dans un environnement régional et international incertain. Nous devons être en mesure de proposer des réponses opérationnelles aux défis que représentent le terrorisme dans la région sahélienne, mais aussi l’émigration clandestine, ainsi qu’aux enjeux de développement économique. Sur tous ces sujets, et parce que nos intérêts sont communs, notre concertation est primordiale et c’était le sens de ma présence aujourd’hui à Alger».
On notera surtout que le retour de l’ambassadeur Antar Daoud à ses fonctions intervient dans un contexte politique crucial et à un moment où la France préside l’Union européenne depuis ce mois de janvier et pendant six mois, une période où il est indiqué pour le représentant de l’Algérie en France d’être à son poste tant les questions européennes sont aussi au cœur des priorités de l’Algérie qui cherche à renégocier l’accord d’association avec l’UE et entend également faire entendre sa voix au prochain sommet Afrique–UE qui se tiendra les 17 et 18 février prochain dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne.
Outre les questions multilatérales, il y a les dossiers qui concernent directement les deux pays et à propos desquels ils partagent une coopération en dents de scie selon le moment et les intérêts qui leur sont respectifs. On peut citer le dossier des visas et de la circulation des personnes, on peut lui ajouter celui de l’économie et des échanges commerciaux comme on peut lui rajouter ceux en relation avec les géopolitiques du Maghreb et du Sahel qui connaissent d’importants bouleversements comme en Libye, au Mali où même au Maroc, pays compétiteur de l’Algérie auprès des courants politiques agissants en France et vecteur de l’émergence d’Israël comme acteur nouveau dans l’espace maghrébin.
Autre point important qui explique le retour aujourd’hui de l’ambassadeur d’Algérie à son poste à Paris : l’actualité politique française et l’entrée de ce pays européen important dans une année électorale décisive avec la tenue, le printemps prochain, de l’élection présidentielle. Une échéance que le diplomate algérien est tenu de suivre de près en raison de la nature et de l’importance des relations entre Alger et Paris et des conséquences que les développements politiques dans l’Hexagone peuvent avoir sur elles, directement ou indirectement.