Par Feriel Nourine
Anadarko-Algérie fait parler d’elle de nouveau. Son directeur Warren Murdoch a été reçu par Ramtane Lamamra, a fait savoir le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, dans un tweet consacré à l’audience accordée au patron de la filiale algérienne du groupe pétrolier américain, qui a permis de passer en revue les projets de cette compagnie pétrolière en Algérie et les perspectives de les consolider à l’avenir, indique-t-il.
«J’ai eu une rencontre fructueuse avec M. Warren Murdoch, Directeur d’Anadarko-Algérie, lors de laquelle il m’a informé des projets de cette compagnie en Algérie et des perspectives de les consolider à l’avenir. Nous avons également abordé les voies et moyens d’augmenter le volume de ses investissements dans notre pays», a écrit, à ce propos, M. Lamamra. L’information livrée à l’opinion publique par le chef de la diplomatie algérienne a sans doute de quoi surprendre. Non pas pour son contenu, et les généralités qu’il dégage, mais pour le fait de rendre compte de discussions sur un dossier avant tout économique qui devrait concerner en premier lieu le ministre du secteur, en l’occurrence Mohamed Arkab.
Pareille opération devrait-elle alors être comptabilisée comme un plus diplomatique au profit d’un renforcement du partenariat entre Sonatrach et le groupe américain, qui passerait par l’augmentation des volumes d’investissements de ce dernier, tel que mentionné par M. Lamamra ? Peut-être, si ce partenariat ne s’était pas retrouvée face à de nouvelles contraintes juridico-administratives depuis le rachat, en 2019, des actifs du géant américain Anadarko par son compatriote Occidental Petroleum Corporation (OXY).
Or, dans le cas d’Anadarko-Algérie, les responsables du secteur n’avaient pas tardé à afficher leur rejet de toute procédure incluant la cession des actifs de la compagnie nationale à la filiale du major américain. Mais ils s’étaient, néanmoins, engagés à «poursuivre le développement et l’exploitation du projet Berkine dans le cadre du contrat en vigueur, ainsi que la recherche de nouvelles opportunités de partenariat en Algérie».
En poste à la tête du département de l’Energie à cette période, M. Arkab avait alors donné, en mai 2020, son accord à la compagnie OXY «pour le maintien de la société Anadarko Algeria Corporation (ACC) dans le contrat d’association avec Sonatrach et d’autres sociétés». Lequel contrat comprenait la recherche et l’exploitation des hydrocarbures sur le périmètre contractuel situé dans les blocs 404 et 208 de Berkine, avait-on rappelé.
La coopération entre les deux parties devait aussi se poursuive dans le cadre d’un intérêt mutuel qui passerait en premier lieu par l’exercice par Sonatrach de son droit de préemption sur les actifs d’Anadarko.
Un droit que M. Arkab avait défendu dès la fin de l’année 2019, après le rachat d’Anadarko par OXY. Il répliquait alors à une demande officielle d’Anadarko adressée à son ministère en août de la même année, sollicitant l’approbation du changement du contrôle sur la compagnie Anadarko Algérie au profit de la compagnie américaine Occidental Petroleum Corporation après le contrat conclu entre les deux compagnies américaines, avait-il expliqué.
«L’exercice du droit de préemption sur les actifs détenus par Anadarko est une opération purement économique dans le cadre d’un contrat conclu entre Sonatrach et ses partenaires», précisant que «Anadarko, partenaire de Sonatrach sur le périmètre de Hassi Berkine, a sollicité l’approbation du ministre de l’Energie pour le changement de contrôle sur ses intérêts dans le périmètre de Hassi Berkine suite à une opération de fusion-acquisition entre les compagnies pétrolières américaines Anadarko et Occidental Petroleum». Le premier responsable du secteur ne s’était pas arrêté à ces affirmations, ajoutant que ses services avaient étudié l’offre d’Anadarko sur plusieurs aspects y compris économiques et techniques, sachant que le périmètre de Hassi Berkine est fortement rentable et continuera à pomper du pétrole jusqu’en 2036, voire jusqu’au 2040, selon une étude.
A cet égard, «nous avons demandé à Sonatrach d’exercer le droit de préemption pour obtenir les actions d’Anadarko, ce qui, en fait, est une opération ordinaire».
Que s’est-il donc passé depuis ? Où en sont les discussions entre Sonatrach et Anadarko-Algérie ? Le retour de Mohamed Arkab à la tête d’un secteur qu’il avait cédé à Abdelmadjid Attar pour quelques mois serait-il donc un obstacle à une détermination toujours intacte chez le partenaire américain de Sonatrach d’opérer le changement de contrôle manifesté officiellement il y a plus d’une année?
Si tel était le cas, on comprendrait peut-être en partie les motifs de la demande d’audience formulée auprès de Ramtane Lamamra par le patron d’Andarko-Algérie. Elle serait alors inscrite dans le cadre d’une alternative diplomatique au véto affiché par le ministre du secteur. Quitte à lui faire de l’ombre. <