Par Feriel Nourine
Les retrouvailles mensuelles entre l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs partenaires dans le cadre de l’Opep+ seront entamées aujourd’hui par la traditionnelle réunion des travaux du Comité ministériel conjoint de suivi (JMMC). Le rendez-vous se fera par visioconférence et aura à évaluer la situation du marché pétrolier international, les perspectives d’évolution à court terme ainsi que le niveau de respect des engagements de baisse de la production des pays engagés dans l’accord de réduction. Lequel accord avait été conclu en avril 2020, avant de connaître une série d’assouplissements adaptée à un marché qui reprend ses forces depuis quelques mois sous l’impulsion d’une demande mondiale d’or noir en hausse. Cette configuration a été provoquée par une relative amélioration de la crise sanitaire due à la Covid-19, notamment depuis le lancement de la campagne de vaccination massive dans le monde depuis l’automne dernier. Les résultats de la réunion du JMMC serviront de référence pour la tenue, demain, de la 181e Conférence ministérielle de l’Opep et de la 18e réunion ministérielle Opep-non Opep, notamment pour la seconde réunion qui devrait dégager la démarche à suivre pour le mois d’août.
En effet, si à l’issue de la dernière réunion du genre, tenue le 1er juin courant, les 13 pays membres de l’organisation et leurs 10 alliés s’étaient quittés sans prendre de décision pour le mois d’août ni aborder la question iranienne, la rencontre de ce 1er juillet devrait, sauf grosse surprise, aboutir à l’injection de volumes supplémentaires à la production de l’Opep+. Après le rajout par paliers de 1,2 million de barils supplémentaires étalés sur les mois de mai, juin et juillet, et le million de barils retiré volontairement par Ryad en début d’année, la tendance haussière de la demande de brut plaide, aujourd’hui, largement en faveur de la poursuite de l’assouplissement de la réduction, même si la pandémie reste toujours hautement menaçante, avec des variants susceptibles d’imposer un retour aux mesures sanitaires qui avaient été à l’origine de l’effondrement de cette demande.
Mais bien plus que la demande qui s’est rétablie de ses jours sombres, c’est surtout le regain de forme des cours du pétrole qui oblige aujourd’hui les pays de l’alliance à ouvrir un peu plus les vannes. Ceci d’autant que depuis la réunion du 1er juin, dédiée à la prudence face à une Covid-19 qui est loin d’avoir dit son dernier mot, le baril d’or noir a continué sa progression pour atteindre ses plus hauts depuis deux années et demie en cette fin du même mois. Alors qu’il s’affichait à 68,82 dollars, le vendredi 28 mai, à la veille de la dernière réunion de l’Opep+, le baril de Brent de la mer du Nord valait 74,22 dollars en début de matinée, contre 72,25 dollars pour le WTI, à quelques encablures des retrouvailles des membres de l’alliance. Les deux références européenne et américaine étaient, certes, en retrait par rapport à leur entame de la semaine, mais un retrait à relativiser suite aux 76 dollars atteints par le Brent, lundi en cours de séance asiatique, ou encore les 74,45 dollars affichés par le WTI, une première depuis le mois d’octobre 2018.
Selon des sources proches de l’Opep+ qui s’étaient exprimées la semaine dernière, une augmentation de la production de l’alliance en août est quasiment acquise. En ce sens, des pourparlers étaient enclenchés depuis déjà plusieurs jours en prévision de la prochaine réunion du 1er juillet, signifiant que l’organisation, sous la houlette de l’Arabie saoudite et la Russie, cherche déjà à trouver un terrain d’entente.
Moscou a insisté pour augmenter encore sa production afin d’éviter une flambée des prix, tandis que les principaux producteurs de l’Opep, tels que l’Arabie saoudite, n’ont donné jusqu’à présent aucun signal sur la prochaine étape. Les producteurs russes voient le mois d’août comme un bon moment pour assouplir davantage les réductions de la production de pétrole, même en cas de retour des barils iraniens, car le marché est déficitaire, a déclaré une source russe du secteur. Elle a ajouté que la production américaine «boitante» soutient également les arguments en faveur d’un assouplissement de la réduction. Outre le plan gagnant de l’Opep et ses partenaires, le marché pétrolier doit le maintien de sa tendance haussière à la situation politique en Iran, où l’élection d’Ebrahim Raïssi au poste de Président est en train de constituer un frein à la relance des négociations sur le nucléaire de ce pays. Ce dernier a affirmé qu’il ne permettrait «pas de négociations pour le plaisir de négocier». Mais «toutes négociations garantissant les intérêts nationaux de l’Iran seront certainement soutenues», a-t-il ajouté.