Par Fereil Nourine
L’organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires se retrouvent demain pour une nouvelle réunion ministérielle dans le cadre de l’Opep+.
Ce rendez-vous, que l’alliance renouvelle chaque début de mois pour observer l’évolution du marché pétrolier, intervient dans une conjoncture marquée par une envolée des prix qui a porté l’or noir à ses plus haut depuis 2014.
Tendance confirmée hier, à l’ouverture hebdomadaire, avec un baril de Brent pour la mer du Nord repassé au-dessus des 90 dollars durant la matinée. Vers 11H, la référence européenne de brut s’est, en effet, placée à hauteur de 90,73 dollars sur l’Inter Continental Exchange, avant de se calmer et de marquer un recul, s’affichant à 89,18 dollars (+0,75%) vers 15H. A New York, le baril de West Texas Intermediate (WTI) pour livraison le même mois était en hausse de 0,58% à 87,32 dollars.
Libérée des risques du variant Omicron, dont l’impact sur la reprise de la demande mondiale n’a pas eu lieu, le marché vit, depuis le début de la nouvelle année, sous la pression de facteurs géopolitiques qui, de leur côté, pèsent lourdement sur l’offre et dopent les cours. Le baril à 100 dollars sur lequel tablent des spécialistes du secteur n’est qu’à quelques dollars de sa réalisation. Ce qui ajoute aux inquiétudes des pays consommateurs, mais aussi à leurs appels en direction des producteurs pour injecter plus de brut à un marché en baisse d’offres et venir à bout de la flambée qui s’est emparée des prix.
Les 13 pays de l’Opep et leurs 10 alliés de l’alliance sont, bien sûr, les premiers à être interpellés, voire critiqués, pour avoir mis en place un programme de réduction de leur production, puis un échéancier d’assouplissement de ce programme qui ne semble pas convenir aux pays gros consommateurs. Ces derniers tentent de maintenir la pression sur l’alliance et espèrent qu’elle mettra de côté sa prudence vis-à-vis de l’évolution du marché et fera preuve de plus de générosité dans la réouverture de ses vannes, de sorte à revenir à son offre d’avant la pandémie.
Mais tout porte à croire que demain, l’Opep+ ne changera pas sa stratégie et reconduira la même nouvelle augmentation de 400 000 barils par jour pour ses quotas de mars. C’est le supplément mensuel qui sert à l’alliance de relever progressivement son offre depuis août dernier, et aucun signe n’est venu annoncer un changement pour la nouvelle réunion, qui se tiendra, faut-il le préciser, une nouvelle fois par visioconférence.
Bien au contraire, dans son récent rapport mensuel, l’Opep a encore mis en avant la nécessité de maintenir sa démarche prudentielle, en dépit de la hausse des prix. L’Organisation a évoqué « l’incertitude » qui entoure le marché dans une conjoncture où la pandémie continue à faire des siennes et fait encore peser le risque d’un repli de la demande. « La reprise attendue en 2021 a été entourée de difficultés, dont certaines devraient continuer cette année», relève, en ce sens, l’Opep, avant de souligner que « l’équilibre attendu du marché continue d’être déterminé par l’évolution de la pandémie de la Covid-19, un facteur clef d’incertitude ».
En plus de l’incertitude qu’elle met en avant, l’Opep compte en son sein des mastodontes de la production et de l’exportation dont les capacités font actuellement face aux tensions géopolitiques à l’origine des risques sur l’offre. Il s’agit principalement de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis. Auxquelles il faudra ajouter le géant russe dans le cadre de l’Opep+.
Les tensions sont au plus haut entre Moscou et les Occidentaux au sujet de l’Ukraine, près de laquelle la Russie a massé des dizaines de milliers de soldats et des armements lourds. « L’invasion russe de l’Ukraine entraînerait des sanctions très dures », ce qui ferait encore grimper les prix, explique à l’AFP Bjarne Schieldrop, analyste chez Seb.
Parmi les mesures envisagées, la réduction des achats de gaz et de pétrole venus de Moscou, qui représentent respectivement 43% et 20% de l’approvisionnement de l’Union européenne.
Au Moyen-Orient, les hostilités régionales liées à la guerre au Yémen ont également franchi un cran. Les Houthis, des insurgés appuyés par l’Iran, ont mené mi-janvier leur première attaque meurtrière sur le sol émirati et ont tiré des missiles contre l’Arabie saoudite.