Par Feriel Nourine
L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires via l’Opep+ ont décidé, hier, d’augmenter leur production de 400 000 barils par jour (bj), entre août et décembre prochains, a annoncé hier l’Opep. Cette décision a été prise lors d’une réunion, par visioconférence, que l’alliance a fini par tenir après un report «sine die» ayant donné 15 jours de blocage des négociations, suite aux exigences des Emirats arabes unis de voir leur production monter à 3,8 millions de barils jour (contre 3,17 mbj) en cas de prolongation de l’accord Opep+ au-delà de sa date limite, soit avril 2022.
Une prolongation, jusqu’au 31 décembre 2022, qui a d’ailleurs été actée hier par les 23 pays membres de l’Opep et leurs 10 alliés non-membres. Une démarche qui témoigne de la volonté des pays concernés de continuer à ouvrir les vannes, dans une conjoncture marquée par des signaux encourageants de la demande, mais en continuant, cependant, à faire jouer la carte de la prudence et de la vigilance, comme le laisse transparaître les volumes relativement modestes qui seront ajoutés à production.
Dans cette logique, les mêmes pays ont convenu d’évaluer l’évolution du marché en décembre, a ajouté l’Opep. Dans une déclaration à la presse à l’issue de la réunion d’hier, le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, a affirmé que la décision d’augmentation de la production est intervenue «suite aux indices très positifs du marché, notamment la reprise de la demande et la généralisation des opérations de vaccination dans le monde». Le quota de l’Algérie au titre de l’augmentation décidée, il s’élève à 14 000 bj, a fait savoir M. Arkab. Concernant les quantités supplémentaires que l’Opep+ s’apprête à injecter à son offre, elles sont, en fin de compte, les mêmes contenues dans son plan dégagé le 1er juillet, avant que ce même plan ne bute sur le refus d’adhésion des Emiratis, qui se sont retrouvés seuls face à tous les autres membres de l’alliance, mais surtout face au voisin saoudien dont le ministre de l’Energie ayant refusé de céder aux demandes d’Abou Dhabi. Mais, mercredi dernier, après un blocage des négociations de deux semaines, un compromis entre les deux pays était annoncé, augurant d’une réunion toute proche de l’Opep+. Ce rendez-vous a eu lieu, hier, et le relèvement de la production du cartel et ses alliés pour les 5 prochains mois est donc fixé, alors que les EAU devraient bénéficier d’un réajustement de leur quota au sein de l’organisation, selon des sources proches du dossier.
Depuis mai dernier, l’alliance a rouvert le robinet d’or noir après l’avoir fortement serré au début de la pandémie de la Covid-19, avec un certain succès au niveau des prix -du point de vue des producteurs- puisque ceux-ci ont grimpé. Les prix du pétrole, déjà en recul en raison des inquiétudes concernant l’économie mondiale, s’étaient effondrés en avril 2020 avec la propagation du coronavirus qui a mis à mal les chaînes de consommation, de transport et d’approvisionnements mondiaux. L’Opep+ avait alors décidé de retirer 9,7 mbj du marché et de rétablir progressivement l’approvisionnement d’ici à la fin avril 2022, contribuant à faire rebondir le prix de l’or noir. Hier, l’accord a été prolongé jusqu’à décembre de l’année prochaine.
Pour rappel, le tout frais rapport de l’Opep, publié jeudi, fait état d’une demande mondiale qui poursuivra sa progression au moins jusqu’en 2022. Elle devrait croître en 2021 de 6 mbj, pour atteindre en moyenne 96,6 mb/j, estime l’organisation, confirmant ses précédentes prévisions. Quant à la production de brut de l’Opep, elle a crû en juin de 590 000 b/j par rapport à mai, à quelque 26,03 mb/j, selon des sources secondaires (indirectes) citées dans le rapport. Au 2e trimestre, la production de brut de l’Opep a atteint en moyenne 25,5 mb/j, soit 1,6 million de moins que la demande, toujours selon des sources indirectes.
Pour la même année, les prévisions de demande pour le brut de l’Opep sont à 27,7 mb/j, environ 5 mb/j de plus qu’en 2020. Elles seraient à 28,7 mb/j en 2022, année pour laquelle l’organisation anticipe une hausse supplémentaire de 3,3 mb/j, à quelque 99,86 millions de barils chaque jour. La barre des 100 millions serait même franchie au cours du second semestre, souligne la même source. Ce boom devrait être alimenté par les pays non-OCDE, la Chine et l’Inde dépassant leurs niveaux de consommation d’avant-Covid, qu’il s’agisse de carburants pour le transport ou de besoins industriels (pétrochimie).
Pour ce qui est de l’offre, du côté des pays producteurs non membres de l’Opep, elle devrait croître de 2,1 mb/j en 2022, venant des Etats-Unis, du Canada, de Norvège ou du Brésil. Mais leur investissement «amont», dans l’extraction et l’exploration, ne devrait pas connaître une croissance marquée, loin en tout cas de l’année 2013, note le rapport. <