C’est dans une configuration de marché déstabilisé que l’Opep+ s’apprête à tenir une nouvelle réunion ministérielle, ce jeudi. Sous l’emprise du nouveau variant de la Covid-19 et de la décision prise par les pays grands consommateurs de brut de recourir à leurs réserves stratégiques, les cours de l’or sont en train de traverser leurs pires séances depuis près d’une année et demie, mettant l’alliance devant une équation qui impose un redéploiement en conséquence pour éviter que le marché ne sombre davantage.

Par Feriel Nourine
Hier, les cours ont renoué avec la tendance fortement baissière après la reprise affichée, lundi, au premier jour de la semaine. Vers 14H30, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en janvier cédait 3,60%, s’affichant à 70,87 dollars le baril sur le marché londonien. De son côté, l’américain WTI perdait plus, soit 4,05 % à 67,12 dollars. La légère remontée de lundi n’aura donc pas duré, confirmant la dangerosité du nouveau variant sur un marché qui avait vu les cours perdre plus de 10%, vendredi, en une seule séance.
C’est dire que bien plus que l’usage des stocks stratégiques auxquels auraient eu recours les Etats-Unis, la Chine et le Japon, pour convaincre les pays producteurs de relever leur offre et amortir la montée des prix, ce sont les nouvelles données de la situation sanitaire qui inquiètent le plus les pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs partenaires regroupés autour de l’Opep+.
L’Omicron, détecté en Afrique du Sud, est déjà en train de rendre visite à d’autres pays, en Afrique australe, mais aussi en Europe où des cas ont été détectés. Conséquences, les mesures sanitaires se renforcent et les risques d’un ralentissement de la reprise économique mondiale se font de plus en plus pesants. Les prévisions de demande opèrent une marche arrière et les séances se succèdent dans une atmosphère de marché stressé.
Face à pareille situation, Washington, Pékin, Tokyo et les autres pays, composant le front anti-Opep+, n’auraient même plus besoin d’aller puiser dans leurs réserves stratégiques, ni de faire pression sur les pays producteurs pour obtenir gain de cause à leurs doléances. Le nouveau variant est déjà en train de faire le travail en renvoyant le brut à ses prix d’avant-septembre dernier, soit à quelque 15 dollars en dessous des sommets qu’il avait côtoyés pendant plusieurs semaines avant l’arrivée d’Omicron. Pendant ce temps, la banque américaine Morgan Stanley a réduit ses prévisions de prix du Brent, lundi, pour le premier trimestre 2022, à 82,50 dollars le baril contre 95 dollars le baril attendu précédemment. Selon la note de MS, citée par Reuters, le marché pétrolier semble tenir compte d’un ralentissement de la demande mondiale de pétrole en raison du nouveau variant Omicron, ainsi que des craintes persistantes que l’équilibre du marché ne bascule vers un excédent dès le premier trimestre 2022.
La réunion de jeudi «est sûrement l’une des plus importantes réunions» de l’alliance «depuis l’amorce de la reprise de la demande» d’or noir après la débâcle de la pandémie, commente Peter McNally, analyste chez Third Bridge. La meilleure des annonces que pourraient attendre les pays consommateurs est visiblement celle du maintien par l’Opep+ de son supplément en cours, soit 400 000 barils par jour, de sorte à maintenir les prix à leurs niveaux actuels. L’Opep et ses alliés pourraient également geler ce supplément, le temps de voir plus clair dans le marché, dans une étape qui est aussi en train de donner raison à la démarche prudentielle observée par ces derniers depuis la réouverture graduelle des robinets. En mai dernier.
L’on se rappelle que fin octobre dernier, le ministre saoudien de l’Energie avait insisté sur la nécessité d’une telle approche en notant que «la crise (…) n’est pas encore terminée» et que «nous devons faire attention à ne pas prendre les choses pour acquises». n