Les treize membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs dix alliés emmenés par Moscou ont convenu de garder le cap décidé en octobre dernier d’une réduction de deux millions de barils par jour jusqu’à fin 2023. Une décision destinée à soutenir les prix du baril de brut menacés de chute en dépit de la guerre en Ukraine. Le prochain rendez-vous de l’Opep + a été fixé au 4 juin 2023, mais l’alliance s’est dite prête à se réunir «à tout moment» d’ici là pour prendre des «mesures supplémentaires immédiates» dans un contexte géopolitique incertain et plus que jamais marqué par le bras de fer économique et stratégique entre les pays occidentaux et la Russie.

Par Feriel Nourine
Comme attendu, la 34e réunion de l’Opep+ n’a pas apporté de changement à la décision prise par l’alliance en octobre dernier, à savoir la réduction de sa production de 2 millions de barils par jour, à partir de novembre dernier jusqu’à fin 2023.
Pour leurs retrouvailles, hier par visioconférence, les 13 pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs 10 partenaires conduits par la Russie ont opté pour le statuquo dans une conjoncture de marché rendu encore plus incertain, voire déstabilisé, par l’accord de l’Union européenne, le G7 et l’Australie portant plafonnement du prix du pétrole russe à 60 dollars, à partir d’aujourd’hui 5 décembre.
Un accord qui augure déjà d’une baisse de l’offre mondiale de brut à travers la menace lancée par Moscou de suspendre ses livraisons pétrolières à tous ceux qui s’aligneront sur le mécanisme mis en place par l’UE et ses alliés en guise de nouvelles sanctions visant à frapper les ressources financières de la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine.
En attendant de vérifier la portée du plafonnement décidé, notamment sur cette offre, et l’option prise par l’Opep+ de rester sur ses coupes de 2 millions de barils par jour, les membres de l’alliance continuent à inscrire leur démarche dans le souci de stabiliser les prix dans un marché toujours volatile et qui ne sont pas à l’abri d’une chute sous l’effet d’une série de paramètres réunis.
C’est ce qu’a expliqué, hier, le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, après la réunion des 23. «Aujourd’hui, il nous est apparu que depuis plusieurs semaines, une accumulation de facteurs baissiers agissent négativement sur la volatilité des prix et la stabilité du marché pétrolier international», a rapporté M. Arkab, soulignant que «les craintes liées à une récession économique mondiale, le ralentissement de l’économie chinoise, l’inflation élevée et un dollar fort pèsent sur les perspectives de croissance de la demande mondiale de pétrole, alors que le marché est suffisamment approvisionné».
Au terme des discussions, «nous avons décidé de poursuivre nos efforts communs au sein de l’Opep+ pour assurer la stabilité et l’équilibre du marché pétrolier international, conformément à l’accord que nous avons conclu le 05 octobre dernier à Vienne. Nous restons extrêmement vigilants à l’évolution des fondamentaux du marché pétrolier international», a-t-il ajouté.
Dans la même logique, le ministre koweitien du Pétrole, Bader al Mulla, a expliqué que «les décisions de l’OPEP+ sont basées sur les données du marché pétrolier et garantissent sa stabilité».
«L’impact de la lenteur de la croissance économique mondiale, de la flambée de l’inflation et des taux d’intérêt élevés sur la demande de pétrole est une cause de prudence continue», a-t-il déclaré dans un communiqué à l’agence de presse d’Etat KUNA, rendu public après la réunion d’hier.
Vigilance et prudence aussi comme mode de conduite dont use l’alliance depuis l’accord que ses membres ont conclu, en avril 2020, pour faire face à l’effondrement des prix causé par la pandémie de Convid-19.
La cohésion au sein de l’Opep+ a fait le reste pour affronter les pressions subies pour ouvrir grandes le vannes et satisfaire la demande des pays consommateurs.
Une cohésion que le plafonnement du prix du brut russe a visiblement rappelée à tous ceux qui osaient encore parier sur un relèvement de l’offre. En effet, si les pays de l’Opep et leurs alliés devaient décider de réviser leur plan de production et d’opter pour un réajustement à la hausse, cette 34e réunion ministérielle était sans doute loin de constituer une opportunité.
Bien au contraire, le maintien des coupes décidées en octobre se veut aussi un soutien à la Russie, et à l’économie russe, dont le rôle au sein de l’Opep+ a grandement joué. En plus d’avoir contribué à la réussite de la démarche mise en place par l’alliance, Moscou s’est beaucoup rapproché des pays membres de l’Opep, et à leur tête l’Arabie saoudite qui a fini par réviser jusqu’à son alliance avec les Etats-Unis.
Selon des sources citées par Reuters, plusieurs membres de l’OPEP + ont exprimé leur frustration face au plafond annoncé des prix du pétrole russe, affirmant que la mesure anti-marché pourrait finalement être utilisée par l’Occident contre n’importe quel producteur.
De son côté, le vice-Premier ministre russe Alexander Novak a déclaré hier que la Russie préférerait réduire la production plutôt que de fournir du pétrole sous le plafond des prix et a déclaré que le plafond pourrait affecter d’autres producteurs.
Samedi, Moscou a menacé d’interrompre ses exportations pour les initiateurs du plafonnement qui vise son pétrole et pour les autres pays qui les suivront.
Entre réduction de l’Opep+ et interruption des livraisons russes, le risque d’un nouveau choc pétrolier n’est pas à écarter. <