L’Algérie veut porter sa capacité exportable à 100 milliards de m3 en 2023. Si Sonatrach arrive à relever ce défi, l’Algérie ne ferait que renforcer sa position sur l’échiquier gazier européen. L’ambition de faire de l’Italie un hub gazier pourrait alors prendre forme, d’autant plus que le pays offre d’importants avantages comparatifs par rapport aux autres fournisseurs du Vieux Continent.

Par Hakim Ould Mohamed
Le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a indiqué, mardi, à l’ouverture de la Foire de la production algérienne, que l’Algérie n’était pas opposée au fait que l’Italie devienne un hub pour la distribution du gaz (algérien) vers d’autres pays, dont l’Allemagne. C’est la première fois que l’Algérie, par la voix de son président, prend position au sujet de ce projet de faire de l’Italie un hub gazier pour alimenter d’autres pays du Vieux Continent en gaz algérien.
Le chef de l’Etat vient de l’affirmer : l’Algérie n’est pas opposée à ce projet, plusieurs fois cité dans les négociations entre membres de l’Union européenne, en quête de diversification de leurs sources d’approvisionnement. L’Algérie était ainsi cité comme étant un des rares pays pouvant offrir une réelle alternative sans pour autant engager d’importants investissements dans des installations gazières, étant donné que le pays est d’ores et déjà relié à l’Europe via des gazoducs sous-marins. Ce serait, probablement, la prochaine ambition de l’Algérie ; celle de faire de l’Italie un hub gazier pour alimenter d’autres pays européens en gaz algérien. Le chef de l’Etat a en tout cas balisé la voie, mardi, en demandant au groupe Sonatrach de mettre les bouchées doubles pour atteindre une capacité d’exportation de 100 milliards de mètres cubes à très court terme. En effet, le président Tebboune avait affirmé l’ambition de l’Algérie de doubler sa production du gaz destiné exclusivement à l’exportation. «Nous produisons actuellement près de 102 milliards de m3 de gaz, dont la moitié est consommée localement. J’espère qu’en 2023, nous atteindrons une production de 100 mds de m3 de gaz destinée exclusivement à l’exportation», avait précisé le chef de l’Etat lors de sa visite au pavillon des industries pétrolières du Groupe Sonatrach, à la Foire de la production algérienne (FPA-2022). Il est clair qu’avec une telle capacité exportable, si Sonatrach arrive à relever le défi, l’Algérie ne fera que renforcer sa position sur l’échiquier gazier européen. L’ambition de faire de l’Italie un hub gazier pourrait prendre forme grâce, d’abord, au partenariat stratégique conclu entre ENI et Sonatrach et, ensuite, aux avantages comparatifs que peut offrir l’Algérie par rapport aux autres fournisseurs du Vieux Continent. C’est un projet tout à fait à portée de main pour l’Algérie. D’autant plus que le contrat signé, en novembre dernier, par Sonatrach avec la compagnie slovène Geoplin, portant la fourniture à la Slovénie de gaz naturel à travers le gazoduc reliant l’Algérie à l’Italie, pour une période de trois ans à partir de janvier 2023, pourrait constituer un tremplin vers la concrétisation du hub gazier en Italie. D’ailleurs, dans un communiqué rendu public à l’issue de la cérémonie de signature de l’accord avec la compagnie slovène, Sonatrach a souligné l’importance dudit contrat pour «la conquête du marché slovène et européen». «Cet accord permet à Sonatrach, d’une part, de reconquérir une part du marché slovène qu’elle a approvisionné en gaz naturel à travers le gazoduc Enrico Mattei entre 1992 et 2012, et d’autre part, de contribuer à la satisfaction de la demande de gaz naturel du marché européen», a indiqué le groupe Sonatrach.

Les volumes de gaz acheminés en Italie ont plus que doubler
Fait aidant, les volumes de gaz acheminés par l’Algérie à destination de l’Italie ont plus que doubler, permettant au pays de consolider sa position de premier fournisseur de l’Italie en gaz et de dégager, par la même, d’importantes quantités à réexpédier hors Italie. Le président directeur général (PDG) de la compagnie publique des hydrocarbures, Toufik Hakkar, a fait savoir, mardi, que les exportations de gaz algérien vers l’Italie avaient atteint un niveau record. Chiffres à l’appui, le patron du groupe Sonatrach a précisé que «durant ce mois, nous avons réalisé un chiffre record de nos exportations de gaz vers l’Italie, un chiffre que nous n’avons pas enregistré depuis 2011.
Nos exportations ont avoisiné les 97 millions de m3/jour vers l’Italie», a-t-il poursuivi, soulignant que l’Algérie exporte actuellement près de 27 milliards de m3 de gaz/an vers ce pays. En plus du gazoduc Enrico Mattei, l’Algérie n’écarte pas l’éventualité de relancer le projet du gazoduc GALSI la reliant à la Sardaigne. Cette annonce a été faite en début de ce mois de décembre par le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, lors de sa participation, à Rome, à la 8e édition du Forum de haut niveau pour le dialogue en Méditerranée (ROME-MED). «Nous sommes aussi attentifs aux besoins de nos clients, et disposés à relancer et à réactualiser les études du gazoduc GALSI, reliant l’Algérie à la Sardaigne», a indiqué le ministre de l’Energie et des Mines, expliquant à la même occasion que la réalisation de ce second gazoduc «permettra à l’Italie de renforcer son rôle de hub gazier européen». <