L’actuelle visite de Recep Tayyip Erdogan en Algérie intervient dans un contexte régional particulier. La Libye voisine en ébullition constitue un véritable sujet d’inquiétude pour les pays de la région et les acteurs en présence.

A Alger, le dossier délicat de la Libye est au centre de la discussion. Le président turc Erdogan, accompagné de son ministre des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu et son ministre de la Défense Hulusi Akar, use de l’arme de la séduction. Les bonnes relations entre Alger et Ankara semblent faciliter les accords. L’intervention de la Turquie dans le maelstrom libyen en fait désormais un acteur important parmi d’autres. L’Algérie, qui insiste sur le rejet catégorique de toute intervention étrangère en Libye, constitue sans nul doute pour la Turquie une voix à prendre en compte.
Le retour au premier plan de la diplomatie algérienne sur ce dossier particulier en fait un acteur incontournable. Ankara devrait peser de tout son poids économique et géopolitique pour essayer de convaincre l’Algérie de ses bonnes intentions dans une zone qui engage directement l’Algérie. Il n’est en fait pas de l’intérêt de la Turquie de rentrer en froid avec l’Algérie sur le complexe dossier libyen. De son côté, l’Algérie pourrait tirer avantage d’une situation libyenne où beaucoup d’acteurs sont en activité annoncée ou discrète. L’Algérie pourrait persuader la Turquie de jouer un rôle pour une participation active dans le processus de dialogue inclusif pour la résolution « pacifique et politique » de la crise libyenne. La présence parmi la délégation turque de Hakan Fidan, le puissant chef du service de renseignement, à la tête de ce service depuis 2010, démontre l’importance de ce dossier pour Ankara et le souci de rassurer Alger sur ses intentions en Libye.
La Mission des Nations unies en Libye (Manul) a dénoncé, hier, la poursuite des violations de l’embargo sur les armes en Libye malgré les engagements pris lors de la conférence de Berlin. Le cessez-le-feu semble toujours précaire dans ce pays déstabilisé depuis l’intervention de l’Otan.
Parmi les principaux engagements pris à Berlin, la fin de la livraison d’armes aux deux rivaux, le Gouvernement d’union (GNA) à Tripoli et le camp du maréchal Khalifa Haftar à Benghazi. Les parties présentes, dont la Turquie, s’étaient engagées à s’abstenir de toute ingérence dans les affaires libyennes et de tout acte pouvant exacerber le conflit comme le recrutement de mercenaires. La réalité sur le terrain semble moins idéale. Le maréchal Haftar a lancé, le 4 avril, une offensive sur la capitale Tripoli. Un cessez-le-feu a été instauré le 12 janvier à l’initiative de Moscou et Ankara. Malgré les accusations réciproques et quelques combats sporadiques, celui-ci est globalement respecté, selon l’ONU. « Cette trêve fragile est aujourd’hui menacée par l’acheminement de combattants étrangers, d’armes, de munitions et de systèmes avancés aux parties par les Etats membres, dont plusieurs ont participé à la Conférence de Berlin », a alerté la Manul. Selon l’ONU, « des vols de frets et autres » ont atterri au cours des dix derniers jours dans des aéroports de l’ouest et de l’est du pays pour livrer aux deux belligérants « des armes avancées, des véhicules blindés, des conseillers et des combattants ».
Ces « violations en cours » risquent de replonger le pays dans « une nouvelle spirale de combats intenses », alerte la Manul. La présence de ces groupes dangereux menace même toute la région.n