Afin d’anticiper les tensions provoquées par la guerre en Ukraine et ses conséquences sur les prix des produits céréaliers et alimentaires, le gouvernement met en place un plan anti-pénurie. Il continue à s’approvisionner auprès des marchés internationaux et suspend l’exportation des produits locaux…

Par Hakim Ould Mohamed
L’Algérie semble accélérer les importations de blé, dans une conjoncture tendue, marquée par une flambée des prix des biens alimentaires sur les marchés mondiaux sous l’effet de l’aggravation du conflit opposant la Russie à l’Ukraine, deux grands producteurs et exportateurs mondiaux de blé. Jeudi, des négociants européens ont rapporté que l’Office algérien interprofessionnel des céréales avait lancé, la veille, mercredi, un appel d’offre international pour l’achat de 600.000 et 700.000 tonnes de blé tendre. L’agence de presse Reuters a indiqué que les premières estimations du prix d’achat sont de l’ordre de 485 dollars la tonne, frais de transport compris. Selon les négociants, ce prix d’achat élevé du blé reflète la tension sur l’offre mondiale des suites de la crise ukrainienne. Dans son dernier appel d’offres lancé le 17 février dernier, l’Algérie avait fait une commande similaire pour une cargaison de 700.000 tonnes, dont le prix oscillerait entre 345,50 et 346,50 dollars la tonne, fret compris. Cette multiplication des appels d’offres de l’Algérie sur les marchés mondiaux des produits alimentaires a pour objectif de sécuriser son approvisionnement après que les cours aient atteint des records, alors que la tension sur les céréales promet d’être pour le moins vive. La politique de l’Algérie en matière d’approvisionnement consiste à garantir des stocks d’au moins six mois afin de mettre le marché domestique à l’abri des tensions et de la volatilité des marchés. Le ministre de l’Agriculture a tenu, d’ailleurs, à rassurer quant à des stocks «suffisants» pouvant tenir jusqu’à la fin de l’année en cours. En effet, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Mohamed Abdelhafid Henni, a indiqué, la semaine dernière, que l’Algérie dispose de stocks suffisants pour répondre à la consommation nationale de céréales jusqu’à la fin de l’année en cours. Lors d’une visite de travail dans la wilaya de Souk Ahras, le ministre a exclu que le pays soit affecté par «les changements qui s’opèrent au niveau mondial», faisant allusion aux possibles répercussions de la crise ukrainienne sur le pays. «Il y a de grandes pressions sur les céréales sur le marché mondial. L’Algérie a pris de ce fait toutes ses précautions pour s’assurer que le marché national soit couvert et que tous les besoins des citoyens soient satisfaits», a souligné le ministre, à la même occasion, précisant que l’approvisionnement en céréales constitue une «priorité» pour le gouvernement et que son secteur «fait de grands efforts pour augmenter les capacités de production nationales dans ce domaine». Jeudi dernier, lors d’une plénière du Conseil de la Nation consacrée aux questions orales, M. Henni a souligné que l’Algérie avait procédé, avant la flambée récente des prix des céréales sur le marché international, à l’importation de «grandes» quantités lui permettant de couvrir les besoins nationaux en 2022.
Gel de l’exportation des produits de large consommation
Parallèlement à cet objectif de sécuriser l’approvisionnement en céréales, le gouvernement a décidé de geler l’exportation des produits de large consommation, une mesure rapportée dans une note diffusée par la Direction générale des douanes (DGD), sur instruction des pouvoirs publics. Il s’agit d’une correspondance datée du 23 février dernier, dans laquelle l’administration douanière informe l’ensemble de ses démembrements du report jusqu’à nouvel ordre des opérations d’exportation des produits alimentaires de large consommation. Par cette décision, le gouvernement semble vouloir éviter toute pénurie sur le marché national, tout en continuant à s’approvisionner en produits alimentaires sur les marchés mondiaux afin d’anticiper les tensions sur l’offre et de nouvelles flambées de prix. D’autant plus que les cours des produits agricoles de base ont atteint de nouveaux records en raison de la crise ukrainienne. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a levé le voile la semaine dernière sur une hausse record en février de son Indice des produits alimentaires. Les prix des huiles végétales ont augmenté de 8,5% en février par rapport à janvier et atteint un niveau record, alors que l’Indice FAO des prix des produits laitiers a affiché en février une valeur moyenne en hausse de 6,4% et les prix des céréales ont gagné 3% à leur tour. Les nouvelles flambées provoquées par la crise ukrainienne ne sont que peu prises en charge par l’Indice FAO de février, ce qui signifie que l’Indice du mois en cours promet une envolée historique des prix des produits alimentaires. Pour l’Algérie, un des plus grands importateurs mondiaux de blé, l’heure est à l’accélération des achats, le renforcement des stocks et la lutte contre la spéculation et le trafic des produits alimentaires aux frontières du pays. C’est ce qui explique, d’ailleurs, la multiplication des appels d’offres de l’Algérie sur les marchés mondiaux des produits alimentaires pour l’approvisionnement en blé, alors qu’en interne, les services de contrôle et de lutte contre le trafic ont été mis en alerte. Même si les négociants anticipent une hausse de la production mondiale des céréales cette année, le conflit opposant la Russie à l’Ukraine et la forte volatilité des cours constituent de facteurs de risque pour les pays importateurs. n