Le chef de la diplomatie, Sabri Boukadoum, qui a déclaré hier dans la capitale russe que «l’Algérie s’employait à éviter toute escalade militaire en Libye», semble être assuré du soutien de son homologue Serguei Lavrov qui a souhaité voir les pays du voisinage «jouer un rôle actif dans le règlement de la crise libyenne». Alger et Moscou, dont les positions sont convergentes sur de nombreux points relatifs au conflit, sont d’accord sur le danger d’une escalade militaire et la nécessité d’un retour aux recommandations de la conférence de Berlin et d’un règlement politique du conflit.

L’Algérie et la Russie réitèrent leur attachement et leur soutien à une solution politique de la crise libyenne. Une démarche explicitement manifestée et défendue, hier, lors de la conférence conjointe tenue à Moscou par les ministres des Affaires étrangères des deux pays, Sabri Boukadoum et Sergueï Lavrov, en marge de la visite de travail effectuée en Russie par le chef de la diplomatie algérienne.
Une visite inscrite, justement, dans le cadre des efforts déployés par les deux pays pour aboutir à une solution qui exclut toute intervention militaire étrangère sur le sol libyen où les hostilités armées, lancées par le maréchal Khalifa Haftar contre les troupes du Gouvernement d’union nationale (GNA), sont en train de s’inscrire dans la durée, plongeant le pays dans une situation plus que dangereuse, faute d’un règlement basé réellement sur le dialogue entre les Libyens. En effet, «les chars et les canons ne peuvent être une solution à la crise libyenne» qui doit «plutôt être réglée par le dialogue et le retour à la table des négociations», a déclaré M. Boukadoum, faisant savoir que l’Algérie et la Russie ont convenu de renforcer leurs concertations sur ce dossier. D’où l’appel à un cessez-le-feu «immédiat» lancé par les deux ministres à partir de la capitale russe. «Nous nous sommes entendus sur la nécessité d’un cessez-le-feu immédiat en Libye pour mettre un frein à l’escalade militaire dans ce pays et permettre d’y instaurer la sécurité qui permettrait d’entamer le travail politique», dira le ministre algérien. «Nous nous sommes entendus sur cette solution en partant du principe de souveraineté de la Libye et du peuple libyen», ajoutera M. Boukadoum. Une démarche diplomatique pleinement et activement soutenue par la Russie dont le chef de la diplomatie a également appelé à «un cessez-le-feu immédiat et à la suspension de tous les combats en Libye pour pouvoir lancer un dialogue national politique inclusif de sortie de crise» «Nous avons mis l’accent lors de nos contacts avec l’ensemble des parties libyennes, les pays voisins de la Libye ainsi que les autres pays et acteurs internationaux, sur la nécessité d’un cessez-le-feu et d’une suspension de tous les combats comme première étape avant de relancer l’action de la commission mixte 5+5 et d’engager le dialogue politique national inclusif avec la participation de toutes les régions libyennes», a fait savoir M. Lavrov lors de cette conférence de presse. «Ce processus a pour objectif de rétablir la souveraineté de la Libye et de recouvrer l’unité et l’intégrité des territoires libyens», a-t-il souligné.
Les deux intervenants n’ont pas manqué de réitérer également l’engagement de l’Algérie et de la Russie à la mise en œuvre des conclusions de la conférence de Berlin approuvées par le Conseil de sécurité. De son côté, le ministre russe a réfuté l’existence d’une feuille de route algéro-russe pour le règlement de la crise libyenne. Interrogés sur l’approbation par le Parlement égyptien qui a approuvé, lundi 20 juillet, d’une possible intervention armée en Libye, les deux conférenciers se sont inscrits contre cette opération. Pour M. Lavrov, c’est l’intervention militaire étrangère qui a transformé la Libye en cette terre de conflit et de sang qu’elle est devenue aujourd’hui, alors que pour M. Boukadoum «les liens géographiques et familiaux qu’entretiennent l’Algérie et la Libye font que nous nous opposerons à toute escalade militaire dans ce pays voisin». «Je le dis et je le redis, pas de solution militaire en Libye !», insistera le ministre des Affaires étrangères. Pour rappel, la visite en Russie du ministre algérien des Affaires étrangères a été décidée lors de l’entretien téléphonique entre Abdelmadjid Tebboune et Vladimir Poutine, a tenu à rappeler M. Boukadoum. Outre la situation en Libye à laquelle elle a été consacrée, cette visite a porté sur les événements en Syrie et au Mali. Lors de son intervention, M. Lavrov a même fait part de discussion avec son hôte sur ce qui se passe en Palestine ainsi que de coopération bilatérale contre le crime organisé.

L’après corona et la coopération économique
Outre les sujets de conflit évoqués, la sortie en terre russe effectuée par le chef de la diplomatie algérienne a permis de «poursuivre les entretiens sur les moyens de renforcer les relations bilatérales et les perspectives d’élargissement du partenariat bilatéral en vue d’atteindre les objectifs du partenariat stratégique liant les deux pays», ont souligné les deux ministres.
Sur la base de l’accord de partenariat stratégique entre l’Algérie et la Russie, signé en 2001, il a été question de «pousser vers le haut notre coopération», dira M. Lavrov, avant de noter un recul des échanges économiques entre nos deux pays durant le premier semestre de l’année en cours, à cause de la Covid-19».
Cette baisse des échanges est intervenue, alors que le partenariat bilatéral affichait des signes de nette amélioration juste avant l’arrivée de la pandémie qui a mis à genoux l’économie mondiale et retardé les échanges qui devaient servir à renforcer la coopération algéro-russe. C’est ce qui avait été, en tous les cas, convenu fin janvier dernier, lorsque l’Algérie et la Russie ont réaffirmé leur volonté de faire progresser leurs relations et leur coopération lors de la 9e session de la Commission économique mixte algéro-russe (1). Celle-ci se tiendra dès que la situation sanitaire «le permettra», a fait savoir M. Lavrov, assurant d’un «retour à la dynamique positive» entre les deux pays, et ce, «à travers l’exécution de plusieurs projets d’investissement dans l’agriculture, l’énergie, le transport et l’industrie pharmaceutique», précisera-t-il.
De son côté, le ministre des Affaires étrangères Sabri Boukadoum a indiqué que la coopération bilatérale «touche tous les domaines», affirmant la disponibilité de l’Algérie «à élargir le partenariat, en utilisant les mécanismes existants afin de le consolider et de le moderniser dans tous les domaines». <