Des quantités importantes de vaccins anti-Covid-19 sont disponibles en Algérie au moment où la vaccination s’est considérablement essoufflée. Ce sont des millions de doses qui sont actuellement stockées et, selon le chiffre avancé par le ministre de la Santé, le pays dispose actuellement de 13 millions de doses de vaccins en attente d’être administrées. A cela s’ajoute la production locale de l’anticoronavirus avec l’entrée en service de l’Unité Saidal de Constantine.

PAR INES DALI
Au niveau de cette dernière, où la fabrication a démarré le 29 septembre, il était attendu une production de un million de doses de vaccin anti Covid-19 au mois d’octobre dernier. Pour ce mois de novembre, 2 millions de doses sont prévues.
C’est dire que ce ne sont pas les vaccins qui manquent, mais c’est le nombre de citoyens qui voudront bien se faire vacciner. Les importantes quantités disponibles, après des efforts aussi importants pour leur importation et pour la mise sur pied d’une unité de production, ne semblent pas trouver «preneurs». Pis encore. Outre la population qui boude la vaccination depuis le début, il se trouve que même parmi les citoyens qui étaient convaincus du bienfondé de recevoir l’antidote et ont reçu leur première dose, il y en a qui se sont, à leur tour, détournés de la vaccination et ne se sont pas déplacés pour recevoir la deuxième dose, selon le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid.
Le pays se retrouve donc avec des millions de doses d’anti-Covid-19 en raison de la faible adhésion à la vaccination et le signe le plus éloquent face à ce qu’on pourrait qualifier d’excédent est le gel des importations. Il était prévu que l’Algérie importe 15 millions de doses à partir de la mi-octobre, mais il n’en sera rien, le pays ne sachant plus quoi faire avec les quantités déjà disponibles. C’est ce qu’a fait savoir le ministre de la Santé. «Une opération d’importation de quantités considérables de vaccin anti-Covid19 a été gelée en raison de la disponibilité, actuellement, de plus de 13 millions de doses non encore utilisées vu l’abstention des citoyens à se faire vacciner», a déclaré le Pr Benbouzid, en marge de la journée d’étude et d’évaluation de la situation pandémique liée au Covid-19, jeudi à Alger.
Plus grave encore, c’est le risque de péremption de ces millions de doses non utilisées. La directrice générale de la pharmacie et des équipements au ministère de la Santé, Ouahiba Hadjoudj l’a clairement affirmé, lorsqu’elle a, elle aussi, indiqué que «des quantités considérables ont été importées à ce jour» et qu’«une opération d’importation d’une quantité considérable de vaccin a été gelée en attendant la consommation des 13 millions de doses avant leur date de péremption».
Cette situation qui constitue, selon toute vraisemblance, un véritable casse-tête pour les autorités sanitaires, a poussé le Pr Benbouzid à renouveler son appel aux citoyens non vaccinés à aller recevoir les anticoronavirus, pour «se protéger et protéger la société contre une éventuelle 4e vague prévue par les spécialistes, à l’instar de certains pays qui ont enregistré, récemment, une 5e vague du variant Delta», a-t-il noté. Les chiffres concernant les nouveaux cas confirmés de Covid-19 sont en train d’aller crescendo ces derniers jours et confirment, dans un certain sens, les appréhensions des professionnels de la santé qui disent s’attendre à une quatrième vague entre la fin du mois courant et janvier prochain en raison de la faible vaccination et de l’abandon des mesures de prévention.

La généralisation du pass sanitaire inéluctable ?
Au vu de la situation épidémique qui risque de s’aggraver, le ministre de la Santé ne se contente pas seulement de lancer un énième appel à la vaccination. Il va au-delà et se dit favorable à l’instauration du pass sanitaire pour inciter les citoyens à se faire vacciner, comme cela s’est passé et se passe dans d’autres pays. C’est ainsi qu’il a affirmé «plaider pour l’application du pass sanitaire dans le but d’encourager les citoyens à la vaccination», soulignant que l’instauration du pass sanitaire ne relève pas des prérogatives de son département ministériel. Il a expliqué que le ministère de la Santé prend «les mesures préventives et réunit les conditions nécessaires à cet effet en assurant, entre autres, le vaccin».
Les participants à la rencontre d’évaluation parmi les nombreux professionnels du secteur sanitaire, à l‘instar des associations scientifiques, des syndicats et des experts, se sont, eux aussi, dit en faveur du pass sanitaire qui a figuré dans les recommandations émises à la fin de la rencontre. Ils ont insisté sur «l’importance d’instaurer le passe sanitaire pour généraliser la vaccination à toutes les franges de la société», réitérant que «la vaccination est le seul moyen de se protéger de la pandémie».
Lors de la rencontre d’évaluation, les cadres du ministère ont présenté un rapport sur la situation pandémique entre les différentes vagues dans tous ses aspects, notamment le manque d’oxygène dans les établissements hospitaliers durant la vague de l’été dernier. Les débats qui ont eu lieu lors de cette rencontre ont porté sur d’autres carences, à l’instar du mauvais suivi des personnes contaminées, notamment après leur guérison du virus, de l’usage excessif d’antibiotiques et de la non prise en compte des différents tests réalisés par le secteur privé dans la situation épidémique présentée quotidiennement par le ministère.
La rencontre a abouti à un nombre de recommandations, dont «la nécessité de revoir la stratégie actuelle de communication et la campagne de vaccination pour motiver les citoyens à cette opération et pour mieux faire face à une éventuelle quatrième vague afin d’éviter les insuffisances des vagues précédentes, en particulier la troisième, et d’assurer la poursuite des autres prestations médicales au service du patient». L’accent a, également, été mis sur l’impératif d’entreprendre «une action proactive et prospective en cas d’aggravation de la situation pandémique, de renforcer l’hospitalisation à domicile pour les cas délicats et de mener une réflexion pour la création de nouveaux services de réanimation, outre l’amélioration du transport sanitaire».
Dans l’éventualité d’une quatrième vague, il faudrait songer à la mise en place «de structures sanitaires pour la prise en charge des personnes contaminées par la Covid-19, ce qui permettra la continuité des activités dans les autres services», est-il suggéré. Abordant cette possible prochaine vague, le ministre de la Santé a estimé que «compte tenu de la crise qu’a connue le pays et du dévouement constant de tous les acteurs sur le terrain, nous restons optimistes et saurons faire face à toute nouvelle vague de Covid19 quelle que soit sa gravité». Parmi les objectifs assignés à la rencontre d’évaluation à laquelle ont été associés tous les intervenants du secteur figurent, outre de définir une démarche «anticipative et efficace» face à la pandémie, la nécessité de «cerner les points forts et les insuffisances et d’en tirer les enseignements». Pour l’heure, la problématique de la vaccination reste entière alors que les doses de vaccins s’accumulent.