L’Algérie est classé 29e pays le plus affecté au monde. Il ne plus compter sur la pluviométrie, mais intensifier la production des eaux non conventionnelles…

Par Bouzid Chalabi
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère qu’il y a stress hydrique lorsqu’un habitant dispose de moins de 1 700 mètres cubes d’eau par an (m3/h/an). Sous le seuil des 1 000 mètres cubes, on parlera de pénurie d’eau. Et l’Algérie, avec ses 430m3/h/an fait donc figure de pays gravement concerné. Une problématique à laquelle il va falloir trouver des solutions tant les ressources en eau conventionnelle vont continuer de s’amenuiser alors que la demande va s’accentuer par les effets de la poussée démographique et des besoins du secteur vital de l’agriculture.
A cet effet, le Conseil national économique et environnemental (CNESE) a organisé, hier à Alger, une journée d’étude et où les débats ont tourné essentiellement autour de la stratégie et d’un plan d’action à mettre en œuvre pour gérer le stress hydrique. Dans sa conférence qui a suivi l’allocution d’ouverture des travaux par Réda Tir, président du CNESE, le professeur Ahmed Kettab, expert consultant international en eau et environnement, a indiqué que «la rareté des eaux conventionnelles va de plus en plus s’accentuer. C’est pourquoi, en termes de stratégie à adopter devant cette donne irréversible, c’est de ne plus compter sur la pluviométrie car d’année en année, les périodes de sécheresse sont de plus en plus longues avec comme conséquence directe des niveaux de remplissage des barrages tout juste moyen et les nappes en nette diminution». Ce directeur de recherches à l’Ecole nationale polytechnique d’Alger préconise donc d’aller vers une exploitation plus intense des eaux non conventionnelles, c’est-à-dire des eaux issues des stations d’épuration et des usines de dessalement d’eau de mer.
Multiplier le nombre de stations d’épuration et d’usines de dessalement
Pour ce faire, selon le conférencier, «il faudra non seulement remettre en marche toutes les stations d’épuration à l’arrêt, mais d’en installer d’autres. Quant aux usines de dessalement, l’Etat est appelé à la création d’autres unités». Arguant ainsi que les 800 millions de mètres cubes d’eau potable produits à partir des usines de dessalement, soit près de 30% de l’offre actuelle, ne pourront plus suffire dans un proche avenir si l’on veut assurer l’équilibre entre l’offre et la demande. Précisant dans ce sens, qu’«à l’horizon 2030, l’apport en eau de dessalement doit atteindre les 2 millions de mètres cubes». En clair, les usines de dessalement vont se multiplier «pour tout au moins assurer l’alimentation en eau potable en quantité et en qualité de l’ensemble des villes côtières et proches du pays», a-t-il indiqué. Toujours au registre de la mise en œuvre d’un plan d’actions, afin d’arriver à gérer le stress hydrique dans lequel se trouve le pays, le consultant international juge que «les solutions existent et sont nombreuses dès lors où le pays dispose de réelles capacités pour pouvoir surmonter le stress hydrique». En somme, pour le conférencier, il s’agira de mettre en place une politique efficace de l’eau à travers une charte qui est en voie d’élaboration».
La tarification appelée à être revue à la hausse
Poursuivant son plaidoyer sur la stratégie à déployer, Ahmed Khettab reste convaincu que «la tarification de l’eau à sa juste valeur est un moyen d’optimiser et même d’augmenter la ressource en eau à travers de réelles économies pour tous». Faisant observer au passage que «la tarification de l’eau n’a subi aucune révision à la hausse depuis 2005 à ce jour, soit 8,65 DA le mètre cube». Au sujet des besoins d’irrigation de l’agriculture, il rapporte qu’elle (irrigation) occupe une place importante, soit 62% de la demande totale du pays. «Quand on sait que le ministère de l’Agriculture vise à atteindre 2 millions d’hectares irrigués, cela va demander pour ce faire de construire des qui barrages qui viendront s’ajouter aux 124 en exploitation dont, bon an mal an, le taux de remplissage tourne autour de 40%, parfois moins dans certains ouvrages du centre et de l’est du pays, tandis qu’à l’Est, la moyenne est satisfaisante (60 à 70%).
Et pour conclure le chapitre de l’irrigation, il dira en substance : «Compte tenu de la faiblesse de nos ressources en eau conventionnelle et une demande sans cesse croissante des exploitations agricoles, la généralisation des techniques modernes d’irrigation qui ne consomment pas beaucoup d’eau devient impérative, voire vitale». Tout en martelant que «l’eau, c’est l’affaire de tous. De l’eau en quantité et en qualité pour tous». C’était au tour du professeur Ibrahim Mouhouche de donner sa conférence sur le thème de la pénurie d’eau en Algérie. Soulignant que «la pénurie de l’eau fait que le pays doit anticiper sur les crises à venir». Et d’expliquer dans ce sens : «En plus de l’urgence de rationaliser l’exploitation, de la nécessité de réduire sévèrement le gaspillage, l’Algérie doit mettre le cap sur les ressources pérennes. Et dans ce domaine, beaucoup de pistes sont déjà explorées. Préserver la précieuse ressource est la mère des batailles à engager.» Rappelons que le pays, pour faire face au déficit hydrique, a élaboré un programme d’urgence sur le court et moyen termes pour la prise en charge des 18 wilayas les plus impactées. L’enveloppe consacrée aux actions d’urgence s’élève à 390 milliards de dinars. Il convient de savoir enfin que durant les vingt dernières années, la bagatelle de 136 milliards de dinars a été allouée pour garantir une disponibilité continue de l’alimentation en eau potable de la population. n