Il est indéniable que le mois de novembre en cours a connu les statistiques les plus inquiétantes concernant la pandémie de coronavirus en Algérie. C’est le mois durant lequel a été enregistré le plus grand nombre de cas confirmés de Covid-19, avec des pics successifs dépassant les 1.000 cas par jour, ainsi que le plus grand nombre de décès. Le coronavirus fait, désormais, plus de victimes.

Durant ce mois, l’Algérie a enregistré 446 décès, soit le nombre le plus élevé en un seul mois depuis le début de la pandémie. Un retour en arrière démontre que le nombre de cas est allé crescendo, passant de 330 le 1er du mois en cours à 1.044 le 28 du même mois, après avoir enchainé record sur record jusqu’à atteindre un pic de 1.133 cas la fin de la semaine dernière. En même temps, la maladie a emporté plus de vies, le nombre de décès ayant lui aussi atteint le record de 23 morts jeudi dernier.
Ainsi, plus il y a de cas et plus «la faucheuse» fait son œuvre parmi la population atteinte. Ce qui est démontré à travers les chiffres. En effet, alors que le nombre de décès n’avait pas dépassé une dizaine les dix derniers jours d’octobre, il a commencé à prendre des proportions plus importantes au fur et à mesure que les contaminations augmentaient ainsi que les cas graves et ceux nécessitant une oxygénation. On relèvera, dans ce sens, que le nombre de patients en soins intensifs a, lui aussi, connu une hausse sensible. Alors que la moyenne des cas en soins intensifs était de 37 la dernière semaine d’octobre, elle a commencé à prendre, petit à petit, de l’ampleur jusqu’à dépasser la soixantaine et atteindre un pic de 63 malades en soins intensifs durant ce mois de novembre.
C’est dire que la pandémie de coronavirus gagne plus de terrain en Algérie et entraine, dans son sillage, plus de morts. Il y a «corrélation» entre les chiffres des contaminations en hausse et ceux qui viennent à la suite, explique le Pr Mohamed Belhocine, responsable de la cellule en charge des enquêtes épidémiologiques, selon lequel «lorsqu’il y a plus de cas confirmés, il y a plus de probabilité d’avoir des cas graves et, par conséquent, plus de décès».
La pandémie de coronavirus qui ne tuait, en général, que les personnes âgées, surtout celles ayant une ou plusieurs maladies chroniques, ne fait plus de distinction et emporte même des jeunes et des malades d’âge moyen. Il y a, désormais, plus de personnes qui succombent à la Covid-19, parfois des jeunes sans aucune maladie chronique et qu’on dit même sportifs, selon les témoignages de leurs proches qui annoncent leur mort sur les réseaux sociaux, ces derniers étant devenus des interfaces nécrologiques faisant régulièrement état de ces cas.
Plus de décès parmi les personnes d’âge moyen
La majorité des hôpitaux ont signalé, ces derniers temps, que parmi le flux quotidien de malades se trouvent une proportion plus importante de personnes plus jeunes que celles reçues ordinairement. Ces dernières développent aussi «des formes plus graves de la maladie, ce qui a, inévitablement, conduit à une augmentation des cas de décès observée ces derniers jours», selon le Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus en Algérie, qui relève, à ce propos, qu’«environ la moitié des cas d’atteintes graves de Covid-19 sont repérés parmi les personnes âgées de moins cinquante ans».
Ainsi, le coronavirus ne se limite plus à atteindre uniquement les personnes âgées et celles ayant une maladie chronique, donc vulnérables, comme au début, mais il a fini par se frayer un chemin sûr également parmi les personnes saines, semblant en bonne santé. Pour le Dr Bekkat Berkani, qui est également président du Conseil national de l’Ordre des médecins, il est aisé de constater que «la maladie de Covid-19 qui ne touchait auparavant que les franges les plus vulnérables, à l’instar des malades chroniques, des personnes âgées et des femmes enceintes, est en train de changer, que cela soit en Algérie ou dans le reste du monde». Il estime que «l’augmentation de cas chez les sujets plus jeunes serait, probablement, liée à la charge virale en elle-même et au fait que les personnes qui sont relativement jeunes prennent de plus en plus de liberté par rapport au respect des gestes barrières».
Ces personnes ne sont pas conscientes du prix qu’elles pourraient payer en termes de santé en se laissant aller au non-respect de la distanciation physique et du port du masque, qui restent les piliers de la prévention contre le coronavirus. Les professionnels de la santé ont, à maintes reprises, tiré la sonnette d’alarme à ce propos, énumérant les raisons de l’impérative nécessité du respect des gestes barrières en ces temps où le virus se fait plus virulent et la pandémie plus meurtrière.
Le plus dramatique est que les moins jeunes, lorsqu’ils sentent les premiers symptômes, ne vont pas consulter rapidement. «Ils viennent tardivement aux consultations alors que, parfois, ils disent avoir ressenti les premiers symptômes quelques jours auparavant», nous a confié Dr Mohamed Yousfi, chef de service infectiologie à l’EPH de Boufarik. Ce qui n’est pas pour les aider dans leur traitement car «les premiers jours sont, parfois, déterminants pour soigner cette maladie. Il faut une prise en charge et un traitement dès les premiers jours», nous a affirmé Dr Bekkat Berkani.
Pour les professionnels de la santé, il faut absolument garder la plus grande vigilance car «le problème avec la pandémie de coronavirus, ce n’est pas simplement sa dangerosité, mais aussi la rapidité de sa contagiosité», a soutenu récemment Lotfi Benbahmed, ministre de l’Industrie pharmaceutique. Ainsi, le virus semble avoir trouvé un terrain fertile parmi les personnes qui se protègent le moins et celles qui partent consulter tardivement.
Depuis le début de la pandémie, et à l’échelle planétaire, tous les professeurs et médecins qui se sont prononcés sur le coronavirus ont alerté que sa dangerosité réside aussi dans la rapidité de sa propagation. La meilleure preuve qui soit est qu’il a gagné tous les pays du monde en à peine quelques mois. n