C’est la deuxième année consécutive que les Algériens s’apprêtent à célébrer l’Aïd El Adha dans des conditions particulières, celles imposées par la pandémie du nouveau coronavirus. L’appréhension de voir la pandémie de Covid-19 partir de plus belle est une véritable hantise en cette période de hausse record des contaminations. Les recommandations à la plus haute vigilance fusent de partout. Aussi bien des autorités sanitaires que des spécialistes du secteur de la santé ou encore des citoyens conscients de la situation qui tentent de sensibiliser leur entourage.

PAR INES DALI
L’après-Aïd, en matière de situation épidémiologique, se joue et se décide surtout pendant ces deux jours de fête qui coïncide, pour certains, avec un long week-end et, donc, des déplacements et regroupements familiaux à outrance, surtout que, contrairement à l’année dernière, la circulation entre les wilayas n’est pas interdite. Du moins, jusqu’à hier dimanche, aucune restriction n’a été annoncée dans ce sens. Les spécialistes s’accordent à dire que les citoyens doivent faire preuve de vigilance, notamment en évitant les regroupements au niveau des cimetières, les visites familiales mais aussi pendant l’acte du sacrifice, afin de ne pas avoir de nouveaux foyers de contamination et que la situation épidémiologique n’atteigne pas un stade hors de contrôle.
Si les Algériens maintiennent les rassemblements familiaux, il faut au minimum qu’ils soient très prudents et respectent les mesures de prévention, de l’avis du spécialiste en maladie respiratoires Abdelaziz Bouchama. Pour lui, il est «impératif que lors des regroupements familiaux, les citoyens respectent certaines mesures, comme de bien aérer les lieux et d’éviter de rester nombreux dans une même pièce». Dans le cas contraire, on pourrait assister à «l’apparition de nouveaux foyers de contamination familiaux». Cela d’autant que «tous les gens ne sont pas encore vaccinés», a argumenté ce spécialiste.
Pour sa part, le Pr Kamel Djenouhat se fait plus intransigeant. Avec arguments à l’appui, il se dit favorable à l’interdiction de la circulation entre les wilayas et réitérant son appel aux pouvoirs publics de prendre des mesures supplémentaires en cette veille de célébration de l’Aïd El Adha, dont la tradition de retrouvailles familiales est immuable pour les Algériens. «Devant cette ascension des cas de contaminations qui ont atteint un record de près de 1200 cas vendredi, il y a tout de même des mesures qui doivent être prises. Parmi ces mesures, si l’on tient compte du fait qu’il y a actuellement des wilayas qui ont très peu de cas de Covid-19, je peux citer celles qui consistent à aider à protéger au maximum ces wilayas d’une flambée», a affirmé le président de la Société algérienne d’immunologie.
Plus explicite, il a soutenu qu’étant donné qu’il y a «des wilayas qui sont presque épargnées par cette nouvelle vague» de la pandémie, «il faut donc arrêter le plus tôt possible la circulation interwilayas, surtout durant l’Aïd, afin d’endiguer la propagation de cette vague de Covid-19». Ainsi, les spécialistes ne se content pas seulement de lancer des appels aux pouvoirs publics, mais ils tentent également de sensibiliser les citoyens quant à la propagation du Covid-19 et de ses variants, notamment le Delta et l’Alpha qui circulent en Algérie.
Dans ce sens, le Pr Djenouhat a soutenu, à l’adresse de la population, que «la célébration de l’Aïd El Adha, c’est beaucoup plus le sacrifice du mouton et non pas forcément les visites familiales», avertissant que «si les mesures de prévention ne sont pas respectées, il est fort probable que les semaines d’après-Aïd ne seront pas de tout repos et on pourrait avoir une flambée qui durerait plus longtemps», a-t-il déclaré. D’où, encore une fois, le rappel du port du masque, du respect de la distanciation physique mais aussi du lavage fréquent des mains sont réitérés par les professionnels de la santé, qui n’omettent pas de relever les intérêts de la vaccination. Le spécialiste en maladies respiratoires Abdelaziz Bouchama, qui est également membre de la commission de suivi de l’opération de la campagne vaccinale à Oran, a, lui aussi, appelé à plus de précautions durant les jours de fête, cela d’autant que «la majorité des Algériens en âge de recevoir un antidote n’a pas encore été vaccinée», a-t-il dit, se référant aux les chiffres des services en charge de la supervision de la vaccination. Il a insisté que la vaccination «est un moyen important, si ce n’est le seul actuellement, de lutte contre la pandémie», notant, à cet égard, que «seulement 0,003% des vaccinés (3.400 personnes, selon les statistiques officielles du ministère de la Santé), ont été réinfectés après la vaccination». Mais «la plupart d’entre eux sont dans un état de santé normal et stable», a-t-il rassuré.
Devant la crainte de voir hôpitaux plus débordés qu’ils ne le sont avec des hospitalisations et des malades en réanimation en hausse après les fêtes, et aussi la crainte de voir émerger de nouveaux foyers de contamination, les spécialistes multiplient les appels en cette veille de l’Aïd. Le ministère de la Santé a également tenu une réunion d’urgence le week-end afin de donner instruction pour assurer les moyens nécessaires, dont l’oxygène et un nombre de lits suffisant, afin de parer à toute éventualité de hausse de la demande dans les hôpitaux. Devant cette situation qui ne porte guère à l’optimisme, un retour au confinement n’est pas à écarter et la proposition serait remise sur le tapis. Des échos se font déjà dans ce sens… n