C’est une fête de l’Aïd El Adha qui intervient dans un contexte inédit et que s’apprêtent à célébrer demain les Algériens sur fond d’une crise sanitaire du nouveau coronavirus, qui évolue à rythme inquiétant jusqu’à imposer de nombreuses restrictions visant à freiner la propagation de la pandémie qui fait chaque jour de nouvelles victimes.

Les Algériens sont ainsi appelés à célébrer cette fête tout en s’adaptant aux mesures qu’exige la situation sanitaire dont notamment l’interdiction de déplacement d’une wilaya à une autre conformément aux dernières mesures du gouvernement. En plus des restrictions liées aux déplacements des personnes, cette célébration, plus que celle de l’Aïd el-Fitr il y a deux mois, est accompagnée d’une kyrielle d’appréhensions en lien avec le rituel du sacrifice du mouton. Un rituel auquel tient l’ensemble des Algériens alors que des collectifs de médecins et de professionnels de la santé ne cessent d’appeler à surseoir, «exceptionnellement» cette année, à la pratique pour éliminer les risques de nouvelles contaminations à la Covid-19.
La question de maintenir ou pas le rituel du sacrifice du mouton n’a pas été sans créer une divergence entre la commission de la fetwa affiliée au ministère des Affaires religieuses et le comité scientifique chargé du suivi et de l’évaluation de la pandémie.
En rendant son avis bâti davantage sur la nécessité de se conformer aux mesures de prévention dans tout ce qui est en relation avec l’accomplissement du rituel, la commission de la fetwa a suscité la désapprobation des membres du comité scientifique, qui sont allés jusqu’à demander aux «religieux» d’assumer les conséquences de leur avis. Pour les scientifiques, il ne fait point de doute que les circonstances de l’Aïd El Adha, entre l’égorgement du mouton et les rencontres et visites familiales, risquent de constituer une étape de propagation du virus.
D’où les multiples appels recensés cette semaine plaidant à surseoir cette année à cette pratique religieuse. Mais à l’évidence, ce débat ne semble pas avoir atteint les citoyens qui, de façon générale, restent attachés à cette pratique.
La seule évolution sur terrain demeure, selon toute vraisemblance, la réduction des points de vente des moutons à travers le pays dans le sillage des mesures de prévention. Sauf qu’à ce niveau, la rigueur des autorités n’était pas au rendez-vous et les individus ont fait preuve d’une incompréhensible insouciance en s’agglutinant dans les points de vente autorisés sans se conformer aux gestes barrières que ne ce cessent de recommander les autorités sanitaires.
Pourtant l’évolution de la situation sanitaire a atteint, notamment durant cette semaine, un niveau plus qu’inquiétant jusqu’à entendre des professionnels de la santé et des responsables politiques lancer des cris de détresse et invitant les gens à une discipline citoyenne de nature à contribuer à briser la chaîne de la contamination du virus.
«Pendant cette fête, les citoyens doivent être conscients du risque qu’ils prennent s’ils n’appliquent pas les mesures barrières qui vont amener à diminuer le nombre des contaminations et par là même la transmission de ce virus», a souligné Djamel Fourar, porte-parole du comité de suivi de l’épidémie de la Covid-19. Tout en rappelant les mesures barrières notamment la distanciation sociale, le port du masque obligatoire pendant le sacrifice du mouton, le même responsable a recommandé de «ne pas s’échanger les outils qui servent dans l’acte d’abattage du mouton». Il recommande, en outre, de surseoir aux visites familiales qui «peuvent être une source de contamination et de reprise de l’épidémie», interpellant dans ce sillage la «conscience citoyenne» pour œuvrer à la rupture de la chaîne de transmission du virus.
D’autres voix parmi la communauté scientifique insistent sur le risque de voir s’accélérer encore davantage l’activité virale dans le sillage de la célébration de la fête de l’Aïd, soulignant ce qui a été vécu lors du dernier mois de carême et les fêtes de l’Aïd El-Fitr.
Autrement dit, il y a d’ores et déjà une angoisse, voire une hantise, de voir les circonstances de l’Aïd accentuer la tendance haussière des contaminations à la Covid-19 au moment où le personnel de santé laisse transparaître des signes d’usure après plusieurs mois de lutte contre l’épidémie. n