Plus d’un an après l’horrible meurtre de Djamel Bensmaïl, le 11 août 2021, dans le contexte des tragiques feux de forêt, les audiences du procès des 102 accusés ont été clôturées dans la soirée de lundi. L’affaire, instruite par le tribunal criminel de Dar El-Beïda, est désormais placée en délibéré avant l’annonce des verdicts.

Par Nadir Kadi
La procédure, extrêmement médiatisée depuis l’ouverture du procès mardi dernier, retient pour rappel plusieurs chefs d’accusation liés au lynchage, à l’assassinat et à la mutilation du corps de la victime, mais aussi à l’appartenance présumée des plusieurs suspects a un groupe terrorise et à la volonté de porter atteinte à l’Etat. Des accusations en partie réfutées lundi par les avocats des accusés, mais pour lesquelles le procureur avait réclamé la plus lourde des peines prévues par la loi.
En effet, le procès, souvent difficile au vu l’horreur subie par le défunt Djamal Bensmaïn, a été marqué par les passages à la barre des accusés, la présentation des éléments matériels dont les vidéos et photos prises par les suspects sur la scène du crime, ou encore le très lourd réquisitoire du procureur et les plaidoiries des avocats des parties civiles. La dernière séquence du procès a pour sa part permis aux avocats des accusés de mettre en avant plusieurs craintes et arguments de défense ; notamment que la justice soit prononcée loin de toute pression médiatique ou populaire, mais aussi que chaque accusé soit jugé individuellement et selon ses seuls actes. A ce propos, plusieurs avocats ont réclamé que la justice prenne en compte comme circonstance atténuante le contexte vécu par la région de Larbaâ-Nath-Irathen durant l’été 2021 : «Il faut prendre en compte les circonstances dans lesquelles s’est produit le crime odieux. Les sentiments ne doivent pas prendre le dessus sur la raison et la politisation de l’affaire ne doit pas prendre le dessus sur le droit. Ce procès doit mener à l’éclatement de toute la vérité», lance notamment Maître Hakim Saheb, en dénonçant également le «procès médiatique» subi par les accusés, portant atteinte au principe de présomption d’innocence.
Et dans cette même logique, d’autres avocats ont également réclamé à ce que le procès ne soit pas «collectif», expliquant en substance que toutes les personnes présentes sur les lieux du crime ne peuvent porter la même responsabilité. L’un des avocats qui a plaidé l’innocence et demandé l’acquittement de son client déclare en ce sens : «On ne peut reprocher à toutes les personnes rassemblées sur la place Abane-Ramdane ou devant le commissariat d’avoir participé à ce crime abject juste par parce qu’elles n’ont pas essayé d’aider la police.» Quant aux arguments avancés par les avocats de certains des principaux accusés, ils ont globalement consisté en des réfutations des charges les plus lourdes ; ainsi, l’avocat d’un des suspects incontestablement identifiés sur les vidéos, explique que son client «n’a pas nié sa présence» mais «n’a ni planifié ni fomenté un complot», un autre ajoutant pour sa part que son client n’a été identifié que sur une seule photo, derrière le fourgon de la police. «Il était au mauvais endroit au mauvais moment». Une ligne de défense adoptée par certains des principaux accusés mais qui n’a pas fait l’unanimité parmi les avocats de la défense, l’un d’eux visiblement excédé lancera à certains de ses confrères : «Nous sommes là pour un crime des plus abjects (…) et depuis le début des plaidoiries, j’entends mes confrères plaider tout bonnement l’acquittement y compris pour des accusés vus par tous les Algériens sur la scène du crime en train de torturer, tuer et immoler Djamel».
Pour rappel, la procédure avait notamment retenu contre les accusés, dont un petit nombre a comparut libre, les charges de «commission d’actes terroristes et subversifs, attentatoires à la sécurité de l’Etat et à l’unité nationale», «participation à un homicide volontaire avec préméditation et guet-apens», «incitation à la violence contre les membres de la force publique», «incitation à la discrimination et diffusion du discours de haine». Le procureur avait en ce sens réclamé, dans son réquisitoire prononcé samedi dernier, la plus grande fermeté de la justice et la prononciation de peines allant de «10 ans de prison ferme» pour les plus clémentes à la «peines capitale» pour les auteurs et complices du crime. n