Décidément, le secteur de la Justice n’en finit pas avec des affaires engageant son fonctionnement et sa crédibilité. Cette fois, c’est le Club des magistrats qui est monté au créneau pour dénoncer la convocation de l’adjoint du procureur du tribunal de Sidi M’hamed par l’Inspection générale du ministère de la Justice.
Ladite convocation est venue en réaction à la relaxe décidée dimanche par le parquet de Sidi M’hamed pour 19 manifestants et au discours tenu par la même occasion par le même magistrat. « Ce qu’a fait l’inspection générale du ministère de la Justice constitue une entrave au processus d’indépendance de la justice, une menace à la sécurité constitutionnelle et professionnelle des magistrats et une atteinte à la Constitution », dénonce le Club des magistrats.
« Cela démontre une fois de plus la mainmise de l’Exécutif sur le pouvoir judiciaire avec l’intention de terroriser les magistrats et de leur contester leur droit de s’exprimer librement », a ajouté le Club dans un communiqué rendu public suite à la convocation lundi 10 février du procureur adjoint Belhadi Mohamed. Ce dernier s’est distingué, faut-il le souligner, par une inédite plaidoirie pour l’indépendance de la justice après avoir prononcé l’acquittement pour la vingtaine de manifestants du Hirak populaire.
« Le fait qu’il ait requis la relaxe ne constitue pas une faute professionnelle au sens de l’article 60 du statut du magistrat, de même que cela ne nécessite pas une convocation devant l’inspection générale, puisque des centaines de demandes de relaxe ou d’application de la loi sont enregistrées, parfois même devant le tribunal criminel », soutient le Club des magistrats. « Au contraire, ce qu’a fait le magistrat de Sidi M’hamed est une plaidoirie historique et distinguée », tient à souligner le même Club.
Dans le sillage, l’organisation dénonce les « pressions qu’elle subit depuis quelque temps de la part du ministre et des services du ministère afin de casser toute tentative d’expression ou de revendication de l’indépendance et de la dignité ». Cette montée au créneau des magistrats n’en pose pas moins la problématique de l’indépendance de l’appareil judiciaire, thème abordé hier par le Premier ministre à l’occasion de la présentation devant le Parlement du plan d’action du gouvernement.
Cet épisode ajoute manifestement une couche à toutes les questions soulevées autour de l’indépendance de la justice notamment depuis l’avènement du mouvement populaire qui a généré un emballement jamais vécu dans le secteur.