Le dernier Conseil des ministres, le premier de l’année 2021, a eu, avant-hier dimanche, l’allure d’un conseil des classes à l’issue duquel la note qu’a attribuée le chef de l’Etat au gouvernement pour sa gestion des affaires du pays ne dépassait pas la moyenne. «Bilan mitigé», a jugé M. Tebboune selon le communiqué en français. Le terme équivalent serait «tiède», donc peu enthousiasmant et désignant surtout un inventaire distant des objectifs que le gouvernement s’est fixé au début de l’année écoulée 2020 et éloigné des attentes de ses administrés. Cela sent ou bien un remaniement ministériel ou bien un départ de l’essentiel de l’Exécutif Djerad !

L’évaluation que fait le président de la République de l’action gouvernementale concerne onze ministères qui, selon le communiqué du Conseil des ministres publié par l’APS, sont cités dans l’ordre chronologique suivant : les finances, l’Enseignement supérieur et la Recherche scientifique, la culture, le Numérique et les Statistiques, l’intérieur, la Solidarité, les mines, la santé, la pêche appelée à développer par des «facilitations» de l’Etat sa production et sa flotte par le «lancement d’une industrie navale», l’agriculture qui est surtout concernée par l’ouverture d’une «enquête» demandée par le chef de l’Etat, qui ne semble pas se suffire des «mesures judiciaires» annoncées le 29 décembre dernier par le ministère, pour situer les responsabilités dans l’affaire du blé lituanien avarié. Et, enfin, l’industrie pharmaceutique.
Certains de ces départements ne sont cités que dans un souci de rappel des instructions qui leur ont été données par la présidence de la République pour la conduite de leurs dossiers comme c’est particulièrement le cas pour le ministère de la Santé pour lequel il est souligné «la nécessité de poursuivre les préparatifs nécessaires pour lancer, janvier courant, la campagne de vaccination contre la Covid-19, suivant une organisation sans faille».
Il en est de même ou presque pour l’Industrie pharmaceutique gérée par le ministre Lotfi Benbahmed, à qui il est tout de même redit «l’importance de la mise en œuvre des objectifs tracés dans ce secteur afin d’augmenter les capacités nationales de production de divers produits pharmaceutiques et réduire les importations à l’entame de l’année».
L’instruction qui le concerne est en contraste avec la réalité du secteur. Elle parait ou hâtive ou discrètement critique pour un marché national du médicament où l’inversion du rapport «importation-production» actuel ne se fera pas en un tour de main ; à moins de risquer de nouvelles pénuries en touchant notamment aux intérêts d’acteurs puissants.
Toutefois, elle peut être décryptée sans risque d’interprétation comme une pression sur son ministère, dont le caractère stratégique s’est davantage confirmé à l’aune de l’effrayante crise sanitaire que nous subissons, pour qu’il mette les bouchées doubles.
Notamment pour la «relance de la production locale», selon les termes de M. Benbahmed qui a paraphé, fin décembre 2020, huit arrêtés dont le sens commun, pour une partie d’entre eux, est d’accélérer les dossiers des opérateurs devant investir dans les bio-therapeutiques similaires «qui feront mécaniquement baisser la facture d’importation», a-t-il soutenu au mois dernier. Cette observation est permise également pour le ministère des Mines chargé d’exploiter «dans les plus brefs délais» les gisements de fer de Gara Djebilet, de zinc à Oued Amizour et de phosphate près de Skikda. Elle l’est tout autant en ce qui concerne le «plaidoyer» de M. Tebboune pour l’«accélération» par le ministère du Numérique et des Statistiques, qui ne semble pas avoir trouvé les marques dont il a besoin pour convaincre l’opinion de son travail, des chantiers dont ses cadres sont responsables.
Au sujet de ce département, le communiqué du Conseil des ministres parle prudemment et avec indulgence de «processus» de «numérisation des différents secteurs sensibles d’importance économique, notamment les impôts, les douanes et les domaines». C’est-à-dire là où l’information faisant défaut, prospèrent toutes les fraudes et les supercheries qui font mal au bien commun.
Pour le secteur de la solidarité, qui devrait répondre de l’existence de zones d’ombres dans notre pays, au moins du sort des populations qui s’y trouvent, et qui se voit curieusement épargné dans ce dossier au grand dam du ministère de l’Intérieur qui se voit une nouvelle fois épinglé à cause de la gestion de «certains walis», c’est une exhortation «genrée» qui lui est adressé pour renforcer les «différents mécanismes dédiés à la femme au foyer» pour l’«encourager» à devenir un agent économique et de développement.

Système bancaire,ce «point noir»
Au rayon des départements sévèrement épinglés, celui de l’Intérieur et des Collectivités locales au sein duquel «la gestion par certains walis des zones d’ombre» est un sujet de «mécontentement» du chef de l’Etat, selon le communiqué du Conseil des ministres qui informe qu’il a insisté sur «l’impératif», pour ces hauts fonctionnaires blâmés, de faire «la distinction entre les différents programmes de développement local».
Celui des Finances n’est pas en reste et se voit reprocher le fonctionnement actuel du système bancaire dont les projets de réforme trainent depuis des décennies : un «point noir» qu’il «convient de revoir, par un travail d’inspection au niveau de toutes les banques, notamment en ce qui concerne la transparence dans l’octroi de crédits», a instruit le chef de l’Etat.
Le secteur de la Culture, lui, est carrément agrippé en un terme sans équivoque pour ses «lacunes enregistrées dans le domaine de l’industrie cinématographique», un champ dévasté depuis des lustres et dont le secrétaire d’Etat, Youcef Sehairi venu lui-même du cinéma, n’a donné aucun signe d’activité sérieuse depuis sa nomination au côté de la ministre Malika Bendouda dont le bilan à la tête du grand Palais de Kouba est à «chercher vraiment», selon des professionnels du secteur.
Pour tous ces ministères, dont celui de l’Enseignement supérieur sommé de «concrétiser l’indépendance de chaque université» et d’intensifier «la coopération entre les universités nationales et leurs homologues étrangères» pour devenir une «locomotive pour l’économie», le Conseil des ministres, dimanche dernier, est un évènement inédit par la tonalité froidement critique de son texte d’appréciations, d’instructions et de recommandations. Il annoncerait un changement dans le gouvernement. Celui-ci devrait intervenir après le prochain Conseil auxquels assisteront les ministres absents le 3 janvier, prédisent les oracles suggérés par le climat ambiant.