Les deux prochaines semaines sont cruciales, soit jusqu’au 13 juillet, a affirmé, hier le Professeur Riad Mahyaoui, chef de service réanimation au CNMS et membre du Comité scientifique de lutte contre la Covid-19. «Si durant cette phase de contamination, on arrive à endiguer le virus et le nombre de cas, on est tiré d’affaire», sinon Sétif et d’autre wilayas pourraient aller vers un confinement total comme cela a été le cas auparavant pour la wilaya de Blida.

Dans un contexte de recrudescence des cas de contamination à la Covid-19, aggravant la crise sanitaire en Algérie, de nouvelles décisions ont été prises pour une application stricte des mesures barrières, ainsi que l’intensification des enquêtes épidémiologiques pour circoncire les foyers des contagions. Dès lors, «il est urgent de repenser tout le processus pour gérer cette crise sanitaire avec, en priorité, la sensibilisation des citoyens à respecter les mesures barrière car pour le moment, c’est la seule parade pour endiguer la pandémie», a souligné, hier, le Professeur Riad Mahyaoui, chef de service réanimation au CNMS et membre du Comité scientifique de lutte contre la Covid-19.
S’exprimant dans l’émission «l’Invité de la Rédaction» de la Chaîne III, le Pr Mahyaoui a expliqué que «maintenant, il faudra que les gens prennent conscience et soient solidaires pour combattre ce virus».
L’intervenant se désole que sur le terrain et dans la vie quotidienne «on a l’impression qu’après les mesures d’allégement du confinement et la réouverture des commerces, tout le monde pense que le virus et l’épidémie sont passés. Mais en réalité le virus est toujours là et il profite de ce relâchement pour se propager et contaminer d’un individu à un autre et d’un groupe à un autre». Rappelant que ce sont les attroupements et les regroupements de personnes qui ne respectent pas les mesures barrières qui sont à l’origine de l’augmentation exponentielle des personnes contaminées. Dans un véritable cri du cœur, le Professeur Riad Mahyaoui appelle «au bon sens et à la conscience des citoyens», s’exclamant : «On a l’impression que l’on ne nous écoute pas et que l’on nous croit pas. Les gens sont dans le déni !»
L’intervenant sur les ondes de la Radio nationale rappelle que, lors de la journée du mardi 30 juin, l’Algérie a enregistré 336 infections au coronavirus, dont 54 dans la wilaya de Sétif, nouvel épicentre de l’épidémie. Mettant en exergue le fait que les chiffres ont doublé, alors que l’on était arrivé à un plateau d’une centaine de cas par jour au niveau national.
Face à cette situation, la cellule opérationnelle, qui s’est déplacée à Sétif, a pris des mesures très strictes pour les enquêtes épidémiologiques avec traçage des cas et réalisation des tests. En plus de ce bilan lourd, avancé par le Comité scientifique de lutte contre la Covid-19, l’invité de la Chaîne III révèle que l’hôpital de Sétif affiche un taux record d’affluence et pratiquement un taux d’occupation à 100 %. Toutefois, il assure que «des mesures pour pouvoir dégager des malades, qui n’ont pas besoin d’être hospitalisés, sur des lieux dédiés, notamment des centres de formation, des cités universitaires et pourquoi pas des hôtels pour essayer de désengorger les hôpitaux».
Le membre du Comité du comité scientifique de lutte contre la Covid-19 affirme aussi que les walis ont été instruits pour prendre toutes les mesures nécessaires au cas où la situation devient dangereuse, non seulement dans la wilaya de Sétif mais aussi dans les wilayas limitrophes, à l’instar de Batna, Jijel et Constantine. Précisant que «dans le cas où la situation devient dangereuse, les autorités locales ont été instruites pour prendre toutes les mesures nécessaires et à fermer des quartiers et même des régions».
Selon lui, les deux prochaines semaines sont cruciales, soit jusqu’au 13 juillet, «si durant cette phase de contamination, on arrive à endiguer le virus et le nombre de cas, on est tiré d’affaire», sinon, estime-t-il, Sétif et d’autre wilayas pourraient aller vers un confinement total comme cela a été le cas auparavant pour la wilaya de Blida.

Renforcement des moyens aux niveaux des hôpitaux
Avec l’arrivées des grandes chaleurs et le risques accrus de contamination des personnes âgées et des malades chroniques, nécessitant une hospitalisation dans les unités de réanimation, le chef de service réanimation au CNMS assure qu’aujourd’hui «toutes les capacités ont été bien gérées au niveau des services de réanimation et que tous les moyens seront mis pour assurer la prise en charge des malades».
Face à l’appel de détresse du personnel hospitalier, réclamant plus de moyens de protection pour continuer à travailler en toute sécurité, le professeur affirme que les moyens existent au niveau de la Pharmacie centrale, qui répond à toutes les demandes. C’est aux centres hospitaliers de définir d’une manière rationnelle leurs besoins et surtout une meilleure gestion de la demande». Il renforce ses propos en rappelant que tous les moyens de protection, à part le masque FFP2, sont fabriqués au niveau local, ce qui garantit leur disponibilité. Il précise que suite à la forte demande de sur-blouses, un producteur local est d’ores et déjà en train de les fabriquer par milliers pour les mettre à la disposition du personnel hospitalier.
Au final, le Professeur Riad Mahyaoui lance un énième appel aux citoyens, aux commerçants et à tous les secteurs d’activités pour l’application stricte et rigoureuse des mesures barrière en estimant qu’à «situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles». Et d’ajouter que «l’Etat fait tout ce qu’il peut au niveau de ses responsabilités, notamment en promulguant des lois, maintenant, c’est aux citoyens d’avoir du bon sens». <