À la base, c’était un message adressé au tennisman autrichien Dominic Thiem. Le troisième joueur mondial ne souhaitait pas apporter sa contribution financière au fonds de solidarité pour les joueurs mal-classés. La tenniswoman algérienne, Ines Ibbou, a répondu au récent finaliste de l’US Open pour lui faire comprendre que tout le monde ne vit pas des mêmes moyens et ne peut avoir le même parcours et facilités. Si le concerné n’a pas répondu, les autorités algériennes ont volé à la rescousse de la Dz.

Thiem a balancé un puissant coup droit et Ibbou l’a repris (adroitement ou pas) avec un revers. En tout cas, la défense de l’Algérienne de 21 ans a suscité des réactions. L’homme au trois finales de Grand Chelem a estimé qu’ : «aucun de ces joueurs mal classés ne lutte pour survivre. Beaucoup de joueurs ne placent pas le sport au-dessus de tout et ne vivent pas de manière professionnelle. Je ne vois pas vraiment pourquoi je devrais donner de l’argent à de tels joueurs» préférant «donner de l’argent aux personnes ou aux organisations qui en ont vraiment besoin.»

Prise en charge
«Je me suis demandé ce qui aurait pu changer pour moi à ce moment-là si j’avais fait partie de ton cercle proche. Si j’avais partagé le même environnement, les mêmes règles. Comme être capable de décider quand c’est le meilleur moment pour passer sur le circuit pro. Personne n’en sait rien en Algérie. Si j’avais eu un budget raisonnable, quel impact cela aurait-il eu sur ma carrière ? Ça aurait changé toute ma vie !», c’était la réponse de la native d’El Biar (Alger) qui préfère refaire le passif de sa carrière avec des «si».
Surtout qu’elle a du mal à percer chez les pros n’étant qu’à la 620e mondiale sachant que le Ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS) lui avait payé des formations à Barcelone notamment depuis trois ans.
S’elle peine à s’imposer tennistiquement, l’ancienne numéro 23 mondiale en junior a réussi son coup de communication. Certes, Thiem n’a pas réagi à la vidéo virale et reprise par de nombreux sites étrangers, mais l’Etat algérien n’est pas resté indifférent à ce cri de détresse. Dimanche, dans la foulée de la publication de la vidéo de 10 minutes, le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a tweeté : «l’Algérie ne peut se permettre de perdre un talent sportif comme Ines Ibbou qui est jeune et qui a toute une carrière devant elle dans une spécialité où peu d’Algériens excellent. Le ministère de la Jeunesse et des Sports prendra en charge ta préoccupation dans les plus brefs délais. Tout mon soutien et mes vœux de succès.»

Tout à prouver
Par ailleurs, le Chef de l’Etat a instruit le MJS de prendre en charge «dans les plus brefs délais» les préoccupations de celle qui dénonce le fait qu’«en Afrique, le budget pour un athlète finit rarement dans son compte en banque.» Le patron dudit département sportif étatique, Sid-Ali Khaldi a affirmé, dans la soirée de dimanche via son compte Facebook, avoir eu «un entretien téléphonique avec Ines Ibbou pour lui signifier toute la volonté de l’Etat à de l’accompagner ainsi que tous les sportifs d’élite et les soutenir en vue de réaliser leurs aspirations et ambitions de se mettre en valeur lors des manifestations sportives internationales et faire honneur à l’emblème national.»
En attendant que les responsables honorent leurs engagements, Ibbou devra désormais montrer qu’elle sait aussi s’exprimer sur les courts et essayer de gagner des galons dans le circuit WTA. La meilleure athlète africaine du ranking féminin est logée au 39e rang. Il s’agit de la Tunisienne Ons Jabeur. Quatre autres tenniswomen du continent sont devant Ibbou. Deux Égyptiennes (200e et 393e), une Sud-africaine (346e) et une… Burundaise (497e). Ibbou rêve de gagner Roland Garros, sachant que la terre battue est la surface qu’affectionnent souvent les nord-africains. Pour y parvenir, il faudra travailler plus et se plaindre moins. C’est la dure loi du sport de haut niveau. Il faut s’y plier pour devenir championne.