La crise diplomatique entre Alger et Paris a pris, depuis hier, une proportion plus grave. Le stade de la brouille diplomatique a été manifestement franchi après le décision de l’Algérie de fermer son espace aérien aux avions militaires francais,.

PAR NAZIM BRAHIMI
Après avoir rappelé, samedi, son ambassadeur à Paris pour «consultation» suivi d’un communiqué dénonçant les propos tenus par Emmanuel Macron sur le système de pouvoir algérien, Alger a décidé, ce 3 octobre, d’interdire le survol de son territoire aux avions militaires français.
Le porte-parole de l’état-major français a indiqué que l’Algérie «a interdit le survol de son territoire aux avions militaires français, qui empruntent d’habitude son espace aérien pour rejoindre ou quitter la bande sahélo-saharienne où sont déployées les troupes de l’opération anti-djihadiste Barkhane».
«Ce matin, en déposant les plans de vol de deux avions, nous avons appris que les Algériens fermaient le survol de leur territoire aux avions militaires français», a déclaré à l’AFP le colonel Pascal Ianni. Ce dernier a tenté de diminuer l’impact de cette décision en déclarant que «cela perturbe très légèrement le flux de soutien, les avions doivent adapter leur plan de vol, mais cela n’affecte ni les opérations ni les missions», donc, «pas d’inquiétude à ce stade».
L’interdiction de l’espace aérien algérien aux avions militaires français intervient dans une phase logistique «délicate» pour l’état-major, qui a entamé depuis quelques semaines une réorganisation de son dispositif dans la bande sahélo-saharienne, rappellent, pourtant des voix françaises. La France est en train de quitter les bases militaires les plus au nord du Mali (Kidal, Tombouctou et Tessalit) et va réduire le nombre de troupes au Sahel, d’ici à 2023, à 2 500 ou 3 000 hommes, contre plus de 5 000 aujourd’hui.
Samedi, en début de soirée, l’Algérie a exprimé son rejet «catégorique de l’ingérence inadmissible dans ses affaires intérieures», dans un communiqué de la Présidence en réaction aux propos tenus par Macron. «A la suite des propos non démentis, que plusieurs sources françaises ont attribués nommément au Président de la République française, l’Algérie exprime son rejet catégorique de l’ingérence inadmissible dans ses affaires intérieures que constituent lesdits propos», peut-on lire dans le communiqué de la Présidence.
Selon cette dernière, «les propos en question portent une atteinte intolérable à la mémoire des 5 630 000 valeureux martyrs qui ont sacrifié leurs vies dans leur résistance héroïque à l’invasion coloniale française ainsi que dans la Glorieuse Révolution de libération nationale». Soulignant que «les crimes de la France coloniale en Algérie sont innombrables et répondent aux définitions les plus exigeantes du génocide contre l’humanité», la Présidence a relevé que «ces crimes qui ne sont pas prescriptibles, ne sauraient faire l’objet d’une manipulation des faits et d’interprétations atténuantes».
Pour la Présidence de la République, «la propension des nostalgiques de l’Algérie française et des milieux qui se résignent difficilement à l’indépendance pleine que les Algériens ont gagnée de haute lutte, s’exprime à travers de vaines tentatives d’occulter les exactions, massacres, enfumades, destructions de villages, des centaines de «Oradour-Sur-Glane», éradications de tribus de résistants, qui sont des génocides en séries que les acrobaties conceptuelles et les raccourcis politiques ne parviendront jamais à occulter».
La Présidence a ajouté que «les appréciations superficielles, approximatives et tendancieuses énoncées en ce qui concerne l’édification de l’Etat national algérien ainsi que sur l’affirmation de l’identité nationale relèvent d’une conception hégémonique éculée des relations entre Etats et ne sauraient, en aucune façon, être compatibles avec le ferme attachement de l’Algérie à l’égalité souveraine des Etats».
Elle a estimé également que «cette malencontreuse intervention qui heurte fondamentalement les principes devant présider à une éventuelle coopération algéro-française en matière de mémoire, a l’incorrigible défaut de tendre vers la promotion d’une version apologique du colonialisme au détriment de la vision établie par I’Histoire de la légitimité de luttes de la libération nationale, alors que rien ni personne ne peut absoudre les puissances coloniales de leurs crimes, y compris les massacres du 17 octobre à Paris dont l’Algérie et sa communauté établie en France s’apprêtent à commémorer dans la dignité». Et de conclure sur un ton grave, en relevant que «face à la situation particulièrement inadmissible engendrée par ces propos irresponsables, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a décidé le rappel immédiat en consultation de l’ambassadeur d’Algérie auprès de la République française».
Les relations algéro-françaises ont ainsi pris cette tournure suite aux déclarations de Macron, repris par le quotidien le Monde, au cours d’un déjeuner avec des jeunes entre Français d’origine algérienne, binationaux et Algériens, à l’occasion duquel il a soutenu que l’Algérie s’est construite sur «une rente mémorielle», entretenue par «le système politico-militaire». Le Président français a aussi parlé de ce qu’il a considéré comme «une histoire officielle totalement réécrite» qui «ne s’appuie pas sur des vérités mais sur «un discours qui repose sur une haine de la France».
Avant cette séquence, c’est l’ambassadeur de France à Alger, François Gouyette, qui a été convoqué au ministère des Affaires étrangères à qui a été signifiée «une protestation formelle» suite à la décision de Paris de réduire de moitié les visas accordés aux Algériens. n