L’installation d’un nouveau Directeur général au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (Cread), en date du 7 octobre en cours, est loin de rassurer l’ensemble du personnel de l’établissement, notamment les chercheurs, tant le processus de sélection a été entaché de zones d’ombre. Bien au contraire, le processus continue de susciter la colère des chercheurs affiliés au Centre.
En effet, des chercheurs au Cread pointent du doigt le fait que le nom du désormais nouveau Directeur général ne figure pas dans la liste des présélectionnés, ce qui traduit, selon eux, une volonté de nommer un nouveau responsable sans se conformer aux règles qu’exigent la procédure, allant jusqu’à évoquer un processus de cooptation qui aurait ainsi justifié ce qui est considéré comme une violation des règles.
Que s’est-il passé pour que M. Lassassi, qui n’est pas dans la liste des sélectionnés ? Et si au niveau de la Direction générale de la recherche scientifique et du développement technologique (DGRSDT), on fait état d’une «omission» qui a été corrigée s’agissant du dossier du nouveau Directeur général, cette explication est loin de convaincre d’autres chercheurs ayant postulé.
«Le chercheur élu figure sur la liste des candidats avec zéro publication. Jusqu’à récemment, quand on cherche son nom sur la base de données Scopus (référence de la DGRSDT), on trouve qu’il a une publication datant de 2018. La DGRSDT a donc omis ou a mal introduit son nom sur la base, et il sort avec zéro article. La personne en question aurait pu se manifester en disant avoir été lésée car elle dispose d’une seule publication», indique-t-on au niveau des chercheurs. Mais, à ce niveau, «même s’il a introduit un recours, il ne peut pas faire valoir sa candidature avec un seul article», ajoute-t-on de mêmes sources.
Cette dernière a lancé, faut-il le souligner, à partir du mois d’août passé un appel à candidature pour pourvoir le poste de Directeur général du Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD). «La DGRSDT a reçu 22 candidatures parmi les chercheurs permanents et les enseignants chercheurs, dont 5 postulants sont affiliés au Cread», ce qui augurait d’une compétition transparente parmi les compétences ayant concouru.
Après examen des dossiers des prétendants, ce sont 4 candidatures qui ont été présélectionnées, ce qui suggère que l’opération se déroule conformément aux règles en vigueur. Vers la fin août, la DGRSDT a appelé les 4 candidats qui ont été présélectionnés pour les inviter à un entretien le 13 septembre au siège du MESRS. Sur les 4 présélectionnés, 2 sont chercheurs au Cread, Ahcène Zehnati et Ahmed Benmihoub, 2 autres universitaires Mohamed Benbouziane, professeur en sciences économiques à l’université de Tlemcen, et Abdelmadjid Djenane, professeur en sciences économiques à l’université de Sétif. Or, «c’est un candidat qui n’était même pas sur la liste des présélectionnés qui a été installé», s’étonnent, indignés, des chercheurs qui n’ont jamais imaginé un tel scénario au sein du Cread, un établissement de la recherche et de l’excellence où la loi ne devrait pas être un vain mot et où il ne devrait pas y avoir de passe-droit. Les contestataires soulignent que le deuxième article de M. Lassassi, dans une revue internationale, a été publié le 11 septembre, soit après la date de clôture des candidatures, autrement dit l’article en question ne devrait pas changer la donne. Les mêmes chercheurs ajoutent qu’en date du 13 septembre, jour du déroulement des entretiens, 3 présélectionnés étaient au rendez-vous alors que le quatrième se trouvait bloqué à l’étranger à cause du confinement.
Reporters a appris, dans l’entourage du Cread, qu’une information a fuité et circulé au niveau du centre, à partir du 13 septembre en fin de journée, donnant M. Benmihoub comme sélectionné pour le poste et que ce dernier a reçu des messages de félicitations de la part de plusieurs collègues ce jour-là et les jours suivants.
Si M. Lassassi avait introduit un recours après la publication de la liste des candidats, pourquoi n’a-t-il pas été alors appelé pour l’entretien fixé pour le 13 septembre ? «Ce ne fut pas le cas parce qu’il n’avait à son actif qu’une seule publication internationale indexée sur Scopus et, par conséquent, il n’avait aucune chance d’être présélectionné», explique-t-on.
Mais au sein des chercheurs, mécontents, il ne fait point de doute qu’un scénario a été mis en branle pour placer M. Lassassi et barrer la route à M. Benmihoub pourtant annoncé, après examen des dossiers des présélectionnés et des entretiens, à la tête du Cread. On parle d’ailleurs parmi les chercheurs d’un écrit qui a été adressé à la tutelle pour défendre la thèse selon laquelle Benmihoub présente une menace pour la stabilité du centre. On évoque également le propos «ne vous inquiétez pas, vous allez avoir un bon Directeur», lancé par l’ancien Directeur général, Yacine Belarbi, en pleine réunion du Conseil scientifique du Cread, le 30 septembre dernier, bien avant la convocation de M. Lassassi pour l’entretien. Selon des chercheurs agacés par ce scénario, l’ex-Directeur général «a eu les garanties nécessaires que son ami sera porté à la tête du Cread. Donc, le coup de force a été planifié», pointant dès lors une désignation d’un «candidat sorti du chapeau du magicien». La partition a été réglée le 6 octobre en conviant M. Lassassi à la séance d’entretien et en procédant, le lendemain, à son installation officielle.
C’est la raison pour laquelle les chercheurs du Cread «crient au scandale et parlent d’un passage en force ayant conduit à la nomination d’un nouveau Directeur général de manière illégitime». «Porter à la tête du Cread un chercheur avec un h-index = 0 (qui mesure l’impact scientifique du chercheur, cf. Scopus database, base de référence utilisée par la DGRSDT) constitue un coup dur à l’image de marque de notre établissement et un préjudice moral très lourd à faire subir aux chercheurs et traduit, en outre, un mépris très grave vis-à-vis des sciences sociales, en général, dans notre pays», selon un chercheur, lequel estime qu’«il n’y avait aucune raison de ne pas prendre l’un parmi les 3 qui ont passé les entretiens». Mais du côté du ministère de l’Enseignement supérieur, on explique que les choses se sont déroulées autrement. «Le processus s’est déroulé dans la transparence», nous déclare M. Aourag. A la question posée par les chercheurs comment un nom qui ne figurait pas parmi les présélectionnés se trouve sélectionné, il évoque une étape qui a précédé au choix final. Il explique que la liste des 4 présélectionnés a été changée suite à l’absence d’un chercheur parmi les quatre qui se trouve bloqué en France. M. Aourag ajoute que le dossier de celui qui était cinquième parmi les présélectionnés et qui a été choisi au final a dû être revu puisqu’il y avait des «omissions» dans son dossier. M. Aourag a relevé, par la même occasion, que le choix s’est fait sur la base de l’étude des dossiers des prétendants suivie d’un entretien regrettant la réaction des chercheurs mécontents. <