La dernière sortie du prédicateur salafiste cheikh Ferkous n’a pas fini de susciter des réactions de réprobation, notamment de la part des parties ciblées par son discours mensuel.

Les Frères musulmans, représentés par le MSP et l’association des Oulémas, n’ont pas tardé à répliquer au prédicateur désigné par les Saoudiens pour représenter le courant salafiste madkhaliste en Algérie. Les zaouïas n’ont pas manqué, également, de fustiger cette sortie, qu’elles considèrent comme tentative de semer la division et la discorde au sein de la société algérienne en désignant les «bons» et les «mauvais» musulmans.
De son côté, le ministre des Affaires religieuses est monté au créneau pour mettre en garde les tenants du courant salafiste madkhaliste contre toute tentative de semer la haine entre croyants et a menacé d’agir pour mettre un terme aux agissements sectaires de cette frange.
Ce jeudi encore, Mohamed Aïssa a affirmé son adhésion à la position de l’union des zaouïas, appelant à «rompre avec ceux qui nuisent à l’image de l’Algérie». Le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs a affirmé, jeudi à Alger, son adhésion à la position de l’union des zaouïas appelant à «rompre tout lien avec ceux qui nuisent à l’image de l’Algérie». Il a, encore une fois, mis en garde ceux qui «s’attaquent à l’Algérie, qui est rompue à leur tenir fermement tête». Soulignant, dans ce sens, que «la lutte contre la rancœur et la haine chez les jeunes et la consécration du dialogue et de l’amour parmi les Algériens sont de la responsabilité de tout un chacun».
La sortie de cheikh Ferkous n’a pas déplu seulement en Algérie. Elle lui a attiré des ennuis chez ses «sponsors», ceux qui l’ont désigné à la tête des salafistes en Algérie. En effet, cheikh Rabie Ben Hadi El Madkhali, le chef de file des salafistes madkhalistes, a rompu son silence pour retirer à Ferkous et ses compagnons, dont Lezhar Senigra et Abdelmadjid Djemaâ, le droit de parler au nom du courant salafiste madkhaliste.
Le chef de file saoudien, du courant qui porte le nom de son père, a apporté son soutien au groupe d’hommes de la revue Islah qui s’est démarquée de la position de Ferkous. Dans un enregistrement audio daté du 22 mars, cheikh Rabie El Madkhali apporte son soutien aux cheikhs Abdelghani Aouissat et Azzeddine Ramdani auteurs du communiqué annonçant leur désaccord avec Ferkous. El Madkhali appelle les fidèles à sa doctrine d’éviter davantage de division et de tenter de ressouder les liens.
Il y a lieu de rappeler que la semaine dernière, les cheikhs Ramdani, Aouissat, Dehas, Bouchama, El Hadj Messaoud, Madhi, Athmane Aïssa et Amrouni, tous connus pour leur appartenance et leur allégeance au courant salafiste madkhaliste, ont publié un communiqué au vitriol dénonçant les prises de position de cheikh Ferkous qui visent, selon eux, à semer la division et l’exclusion. Une sortie qui n’a pas été du goût du cheikh incriminé, qui a rétorqué, via son réseau social habituel, accusant ses contradicteurs de rouler pour leurs intérêts personnels, excluant par là même toute remise en cause de ses propos qui alimentent la polémique. Le lâchage saoudien, après celui des anciens adeptes, risque de coûter cher à Ferkous, qui se retrouve, de plus en plus isolé.
Il y a lieu de mentionner que ces cheikhs, têtes de pont du wahhabisme en Algérie, ont tous été formés à l’école de Médine. Avec les changements en cours en Arabie saoudite, qui se dirige vers l’abandon du wahhabisme, au profit du madkhalisme, qui, l’un comme l’autre, répondent à des besoins strictement politiques du royaume des Al Saoud, il est fort à craindre que ces bouleversements n’atteignent l’Algérie, à travers ces «chouyoukh importés» qui s’inscrivent dans un agenda totalement étranger à la donne algérienne.