PAR INES DALI
Les mises en garde des professionnels de la santé contre la propagation du variant Omicron en Algérie se multiplient. Après l’annonce de la découverte des nouveaux cas vendredi, ils redoutent que ce variant devienne majoritaire dans les prochains jours ou prochaines semaines, comme cela s’est passé dans de nombreux autres pays du monde. Selon eux, le variant Delta à l’origine de la quatrième vague que vit l’Algérie, dont les cas continuent d’augmenter et confirment la tendance haussière de l’épidémie, serait amené à céder la place à Omicron.
Le Pr Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie, n’écarte pas que les jours à venir soient parmi les plus dures que le pays aura à vivre durant cette épidémie qui n’en finit pas, surtout après l’entrée du variant Omicron en Algérie. «Je pense que nous allons vivre l’une des périodes les plus difficiles de la pandémie de Covid-19 en ce mois de janvier et probablement les deux premières semaines de février», a-t-il estimé.
Tout en relevant que jusqu’à présent, «les effets du variant Omicron sur les nouveaux cas paraissent moins graves comparativement aux variants précédents, malgré sa très forte contagiosité», le Pr Kamel Djenouhat, qui est également chef de service du laboratoire central de Etablissement public hospitalier (EPH) de Rouiba, soutient, néanmoins, que cela «n’est pas une raison pour abandonner les mesures de prévention».
C’est le même avis que partage le Dr Lyès Akhamokh, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus Covid-19 en Algérie. Selon ce spécialiste en infectiologie, les contaminations par le variant Omicron en Algérie connaîtront «une augmentation significative dans les prochains jours», comme cela s’est produit «l’été dernier avec le variant Delta lors de la troisième vague», a-t-il argumenté.
La situation épidémiologique du pays, qui connait déjà un rythme quotidien d’infections au Covid-19 évoluant dans la fourchette des 400 et près de 500 cas confirmés dominés par le Delta actuellement, suscite leur grande inquiétude, car «Omicron est considéré comme le variant le plus contagieux parmi tous les virus respiratoires», a expliqué le Pr Djenouhat, a donné l’exemple de l’Afrique du Sud où a été découvert le premier cas de ce variant avant qu’il se propage sur les cinq continents.
«Par mesure de prévention, il ne faut absolument pas baisser la garde. Car si on revient en Afrique du Sud, on constate qu’aujourd’hui, c’est le variant Omicron qui prédomine à 100% dans les cas d’infections de ce pays». Mais le plus grave, c’est que ce ne sont pas que des infections bénignes. «Hier, l’Afrique du Sud a enregistré 140 décès», a-t-il fait savoir.

«Ne pas baisser la garde»
Le «conseil» que tient à donner le président de la Société algérienne d’immunologie, c’est que les citoyens, tout en tenant compte de ces données, observent «la plus grande vigilance» et aillent «se faire vacciner pour se protéger contre les variants du Covid-19». La vaccination est également citée par l’infectiologue Akhamokh, qui a attribué la hausse continue des contaminations, que ce soit par le variant Delta ou par encore par l’Omicron, à la «faible vaccination» dont le taux dépasse à peine les 28%, alors que celle-ci reste, selon lui, «le seul moyen qui permet de lutter contre cette vague».
Tout en redoutant qu’«Omicron remplace le Delta dans les prochains jours, en raison de sa capacité à se propager rapidement», il a fait savoir qu’au niveau de l’hôpital où il exerce à Tamanrasset, il a pu constater que le nombre de malades hospitalisés no- vaccinés se trouvant dans un état grave était très important, à hauteur de 99%. Le constat des autres praticiens dans les autres hôpitaux du pays est pratiquement le même puisqu’ils ont déjà fait état, depuis plusieurs semaines, que les non-vaccinés représentaient jusqu’à 95% des malades graves. D’où son insistance sur la vaccination même si, a-t-il souligné, «l’émergence de nouveaux variants diminue l’efficacité des anticoronavirus, ce qui est normal». Par conséquent, a-t-il ajouté, «la troisième dose est importante à inoculer six mois après la deuxième, voire quatre mois, surtout qu’il n’est pas exclu qu’on puisse voir émerger d’autres variants», a-t-il averti, avant de se faire un peu plus optimiste pour le moyen ou – c’est selon – le long terme. Il a fait savoir, à ce propos, que les grands laboratoires étudient la possibilité de mettre à jour le vaccin anti-Covid-19 pour le rendre saisonnier, comme le vaccin contre la grippe saisonnière.

La hausse des contaminations inquiète
En attendant l’éventualité de la mise au point de tels antidotes, la réalité d’aujourd’hui est tout autre. Le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, a estimé, hier, que la situation épidémiologique connait «une relative stabilité, en dépit de la hausse des cas d’infections journalières par le Covid-19», tout en faisant, toutefois, part de son «inquiétude» quant à cette hausse.
Ainsi, même si le ministre évite de se montrer alarmant, il n’en demeure pas moins qu’il y a quelques jours il parlait de «stabilité», avant de donner, quelques jours plus tard encore, des chiffres qui en disaient long sur les cas des malades non-vaccinés, dont 94% finissent par céder devant la maladie.
Le Pr Benbouzid a assuré que l’Algérie «maîtrise actuellement la situation», comme il a rassuré sur la disponibilité des lits d’hospitalisation dans le cas où la demande se faisait plus importante, sachant que le pays compte déjà plus de 5000 hospitalisés à travers les différentes wilayas. Devant crainte de voir encore le nombre de contaminations augmenter, notamment celles conduisant à une admission, des dispositions ont été prises dans le cadre des préparatifs à une telle éventualité. «Il y a une bonne préparation dans les hôpitaux», a affirmé le ministre de la Santé, non sans appeler les citoyens, encore une fois, à se diriger vers les centres vaccinaux, le pays devant atteindre, au moins, le taux de 70% de personnes vaccinées parmi la population éligible à l’acte vaccinal pour atteindre l’immunité collective.