Depuis 1930 et la première édition de la Coupe du monde, tous les pays hôtes, à l’exception de l’Afrique du Sud en 2010, ont su s’extraire de la phase de poules. Il y a quatre ans, beaucoup de doutes entouraient la Russie qui connaissait un creux générationnel, mais la Sbornaya avait déjoué les pronostics en atteignant les quarts de finale et en s’offrant le scalp de l’Espagne.
Pour cette édition 2022, le Qatar s’avance avec beaucoup moins de certitudes et le doute grandit. Historiquement déjà, le Qatar n’a jamais été qualifié en Coupe du monde et sa place sur l’échiquier asiatique a toujours été loin de cadors comme l’Australie, l’Arabie Saoudite, la Corée du Sud, l’Iran ou le Japon.
Pourtant, le bon travail de formation réalisé par le pays depuis le début du XXIe siècle – avec le lancement de l’académie Aspire le 16 novembre 2004 – avait porté ses fruits.
Retour presque quatre ans en arrière, en février 201, lors de la Coupe d’Asie. Huit joueurs issus de ce programme de développement des jeunes athlètes qataris font partie de la sélection, il s’agit de Youssef Hassan, Tarek Salman, Tameem Al-Muhaza, Assim Madibo, Salem Al-Hajri, Abdelranman Moustafa, Akram Afif et Ali Almoez. Cet effectif coaché par Félix Sánchez Bas (46 ans) depuis 2017, mais où ce dernier a accompagné les sélections de jeunes des U19 au U23 depuis 2013, tout en ayant un rôle majeur à Aspire entre 2006 et 2013, est bien une construction à long terme. Le Qatar a misé sur la mise en place d’une équipe avec des principes de jeu forts (possession et style inspiré du FC Barcelone où Félix Sánchez Bas a officié entre 1996 et 2006), une vraie cohésion et un développement qui a mis du temps. D’ailleurs, Akram Afif et Ali Almoez sont devenus les stars de l’équipe qu’ils ont portée jusqu’au sacre en Coupe d’Asie avec 9 buts pour Almoez Ali et 10 passes décisives pour Akram Afif.

Demi-finaliste en Gold Cup et Coupe arabe
Un duo de choc et une formation qui a eu d’autres tournois pour se montrer. Disposant d’une équipe qui est en train de devenir de plus en plus mature (26,8 ans de moyenne d’âge), le Qatar est en train d’affiner sa colonne vertébrale. Sorti en phase de poules d’un groupe compliqué lors de la Copa America 2019 en accrochant le Paraguay (2-2) puis en perdant contre la Colombie et le Mexique, le Qatar a disputé la Gold Cup 2021 plus récemment. Un tournoi qui s’est achevé en demi-finale après une courte défaite 1-0 contre les Etats-Unis.
Une dynamique plutôt positive et qui s’est confirmée en novembre-décembre derniers avec une troisième place lors de la Coupe arabe dans une compétition qui faisait office de répétition à un an de la Coupe du monde. Jusque-là, les voyants étaient au vert, mais la situation s’est depuis bien aggravée pour les Marrons.
Placé dans le groupe A des éliminatoires de la Coupe du monde 2022 dans la zone Europe de manière officieuse afin de disputer des matches de préparation, le Qatar a débuté par des victoires contre le Luxembourg (1-0) et l’Azerbaïdjan (2-1) avant d’être accroché par l’Irlande (1-1) et connaître ensuite des résultats plutôt inquiétants. Ecrasé deux fois par la Serbie (4-0 et 4-0) et le Portugal (3-1 et 3-0) qui seront du voyage lors de la Coupe du monde 2022, le Qatar a aussi été malmené par l’Irlande (4-0) et accroché par le Luxembourg (1-1) et l’Azerbaïdjan (2-2). Si le Qatar faisait officiellement partie de ce groupe, il aurait terminé cinquième derrière la Serbie, le Portugal, l’Irlande et le Luxembourg, juste devant l’Azerbaïdjan. Un constat inquiétant auquel s’ajoutent les résultats récents.

Almoez Ali en panne
Mis à part un court succès (2-1) en mars contre la Bulgarie et un autre en août contre l’équipe A’ du Ghana (2-1), le Qatar a concédé des nuls contre la Slovénie (0-0), une équipe remaniée de la Lazio (0-0), le Maroc A’ (2-2) et la Jamaïque (1-1) sur cette année 2022. Pire, le rassemblement de septembre est actuellement un fiasco avec une correction contre l’équipe U21 de la Croatie (défaite 3-0) et un revers face au Canada (2-0). Des performances qui s’expliquent aussi par la méforme de son duo de choc. Almoez Ali reste sur 6 matches sans marquer et compte 5 réalisations et 1 offrande sur les 18 derniers matches. De son côté, Akram Afif s’en sort un peu mieux avec 3 buts et 7 offrandes sur les 18 derniers matches, mais il n’a été décisif qu’à une reprise lors des 6 dernières rencontres.
Pour briller, le Qatar devra donc réussir à remettre dans les meilleures conditions son duo de choc et essayer de s’inspirer sur ce qui a fonctionné. En mars dernier, Félix Sánchez Bas dressait un constat très positif en conférence de presse : «Depuis que nous avons remporté la Coupe d’Asie il y a trois ans, nous avons travaillé sur le développement de l’équipe à travers un plan de préparation complet et en participant à de nombreux tournois continentaux. Nous avons participé à des tournois au plus haut niveau avec la Copa America et la Gold Cup, ainsi que dans les éliminatoires européennes qui nous ont valu beaucoup d’expérience, et l’équipe en a retiré beaucoup d’avantages.»
La progression est notable, la dynamique également. A moins de deux mois de la Coupe du monde sur sol, le Qatar est en train de tirer la langue après une belle amélioration. Attendu le 20 novembre prochain contre l’Equateur, le Qatar devra vite rebondir et confirmer que le travail bien réalisé depuis quelques années n’est pas en train de partir en fumée… n