La Russie a annoncé la victoire contre le groupe terroriste Daech en Syrie, au grand dam de la coalition occidentale qui dénonce une «réécriture de l’histoire» et met en garde contre un excès de triomphalisme. De quoi étonner de la part d’Etats qui souffrent du phénomène terroriste et disent le combattre.

«La mission de l’armée russe est accomplie (..) Le territoire syrien est totalement libéré des combattants de cette organisation terroriste», a annoncé le ministère russe de la Défense. Une victoire gravée dans le marbre lundi par le président Vladimir Poutine lors d’une visite surprise aux soldats russes stationnés en Syrie: «vous revenez victorieux (…) La patrie vous attend!», leur a-t-il lancé en annonçant le retrait d’une grande partie du contingent russe. Pour la coalition occidentale emmenée par les Etats-Unis, qui combat officiellement depuis 2014 Daech en Syrie la pilule semble pour le moins amère à avaler. «Je trouve parfois un peu étonnant que la Russie s’approprie la victoire contre Daech», a déclaré le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, qui fut ministre de la Défense au plus fort des opérations. «Cette guerre contre Daech, Bachar Al-Assad, les Russes et les Iraniens y sont quand même venus très tard (…) Il ne faudrait pas qu’ils se donnent des éloges pour des actions qu’ils n’ont pas commises», a-t-il affirmé. Un discours qui sonne comme un dépit pour des armés qui avaient tant misé et pas seulement sur des groupes modérés. L’armée syrienne appuyée par l’aviation russe et des unités de la résistance libanaises, ont repris en novembre les deux derniers centres urbains encore tenus par Daech, Deir Ezzor et Boukamal, dans l’est du pays. Deux villes clé pour reprendre le territoire. Egalement déçu par cette victoire le Pentagone insiste pour affirmer que «la Russie n’a mené qu’une fraction des opérations antiterroristes en Syrie et la lutte contre Daech n’était pas sa priorité». Comme si la priorité de la coalition n’était pas de faire chuter le régime. Depuis son engagement en septembre 2015, l’armée russe a joué un rôle crucial dans l’évolution de la guerre. Les Occidentaux avec les Turcs et certains pays du Golfe avaient misé gros sur la chute du régime syrien. Mais c’était sans compter sur les stratèges russes et iraniens qui ne l’entendaient pas de cette oreille.

La Russie acteur désormais incontournable
Moscou livre une évolution des faits qui semble aujourd’hui occultée : «en trois ans d’existence, la coalition n’a obtenu que dernièrement son premier résultat dans la lutte contre Daech en Syrie : la destruction de Raqa et de ses civils par des bombardements massifs», précise le ministère russe de la Défense. Pour les Occidentaux, cette victoire contre Daech ne signifie pas leur départ de Syrie. A la frontière avec l’Irak, les opérations vont se poursuivre «jusque mi-fin-février», prévient le président français Emmanuel Macron. Le prétexte de la menace Daech semble de nouveau utilisé pour un redéploiement futur dans la région. On annonce déjà une possibilité d’accrochage entre FDS et armée syrienne, Kurdes et Arabes ou Kurdes et armée turque.
«Il ne faudrait pas qu’une nouvelle guerre civile remplace la guerre menée contre Daech», avertit déjà le ministre français des Affaires étrangères. Après cette victoire contre les groupes terroristes aux accointances troubles se pose désormais la question de la reconstruction de la Syrie. Mais également le traitement politique futur de la question syrienne et l’ouverture inéluctable du système politique.
Les russes qui ont géré avec doigté diplomatiquement cette guerre syrienne en parrainant les conférences d’Astana et Sotchi dont le but évident était de court-circuiter la diplomatie occidental sur ce dossier, seront appelés à jouer un rôle dans l’après-guerre. Les occidentaux désarçonnés par ce retour de la Russie au premier plan dans une région qui leur est d’habitude acquise seront probablement appelés à revoir beaucoup de fondamentaux.