Dans une conjoncture où la tension est à son comble, l’introduction dans la loi de finances d’une loi sur les hydrocarbures controversée a fait monter la pression d’un cran. Le gouvernement actuel, déjà fragilisé par une crise politique toujours sans issue, s’est « offert », en effet, l’ouverture d’un nouveau front de contestation dont il se serait bien passé. Les manifestations de protestation, hier devant le siège de l’APN, annoncent leur accroissement.

Déjà que vendredi dernier, durant le Hirak, la question de la loi sur les hydrocarbures a été longuement conspuée, il n’était pas étonnant de voir, hier, un regroupement autour de la symbolique APN. Il est, en effet, étrange que le gouvernement ait choisi ce moment pas comme les autres pour traiter une loi qui engage l’avenir des Algériens et des générations futures. Pourquoi ne pas attendre l’élection d’un président de la République, élection dont le processus est déjà lancé, qui aura le loisir et la légitimité à proposer ce type de loi et à la défendre si besoin était. Sur un plan politique, ce gouvernement, censé être celui des « affaires courantes », traite un sujet d’importance qui requiert en principe une légitimité politique et une approbation minimale de la population. C’est que les Algériens, en demande de changement depuis la démission forcée d’Abdelaziz Bouteflika, en février, semblent de plus en plus intransigeants. C’est ce qui ajoute de la tension à cette situation déjà particulièrement hérissée. Pourquoi avoir fait l’économie d’un grand débat national sur la question alors qu’une crise politique aiguë ne trouve toujours pas d’issue ? Le pays étant engagé dans une phase préélectorale à l’issue incertaine, les candidats à l’élection présidentielle auraient pu prendre cette question de la loi sur les hydrocarbures comme sujet de débat particulièrement intéressant.

Atmosphère de suspicion
La nouvelle loi sur les hydrocarbures, déjà sur la table depuis longtemps, a toujours été controversée. Certains spécialistes la considérant comme dangereuse puisque engageant l’avenir d’un pays, dont les ressources dépendent principalement des hydrocarbures. Lorsque le ministre du secteur rappelle à l’envi devant les caméras de télévision qu’il y a eu consultation des cinq majors, c’est-à-dire les principales compagnies d’énergie dans le monde, celles qui imposent leurs dictats dans un marché international qui ne fait aucune concession aux économies fragiles et dépendantes, il y a lieu de se poser des questions.
Exxon, BP, Shell, Chevron et Total, c’est d’elles qu’il s’agit, sont, c’est notoire, adeptes des méga-profits et n’ont jamais relâché la pression pour davantage d’ouverture. Et l’Algérie, avec des potentialités prouvées importantes, continue à intéresser. D’autres considèrent que c’est un retour de la fameuse loi Khelil, du nom de l’ancien ministre de l’Energie sous Bouteflika, qui s’est distingué par une loi où il était question de bradage des ressources du sous-sol au profit des grandes compagnies. Cette loi Khelil, qui donnait la part belle aux compagnies d’énergie multinationales en mode de concession au détriment d’une souveraineté malmenée.
Avec l’ouverture impromptue de ce front, le gouvernement actuel a donné une énième raison de contestation qui pourrait compliquer une situation déjà à la limite du supportable. Les Algériens particulièrement méfiants n’entendent plus accepter passivement les décisions des politiques qui engagent leur avenir. Ils le font désormais entendre. Les contestataires devant l’APN scandaient « Be3touha lelmarikane » ! (Vous l’avez vendue à l’Amérique).