Les Occidentaux semblent décidés à déclencher une guerre destructrice en Syrie sans même en mesurer les conséquences. Notamment pour les populations de la région inlassablement soumises à des conflits meurtriers imposés de l’extérieur.

Le Kremlin a accusé hier les Etats-Unis et leurs alliés de «refuser de regarder la réalité en face»  à propos des accusations portées contre Damas sur d’éventuelles attaques chimiques. «Vous voyez la position non constructive adoptée par quelques pays, dont les Etats-Unis. Ils refusent de regarder la réalité en face», a dénoncé le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, ajoutant que «personne parmi eux ne parle de la nécessité de mener une enquête impartiale». «Faire des raccourcis et énoncer des verdicts sans aucune enquête est une vieille tradition» des Occidentaux, a-t-il ajouté, précisant que si la menace d’une réaction forte de Washington «réduit certainement la marge de manœuvre pour des efforts diplomatiques, ça ne veut pas dire que la partie russe a l’intention d’arrêter son travail actif dans la sphère diplomatique». Le président américain Donald Trump menace de bombarder la Syrie usant de ce prétexte du chimique à chaque fois utilisé pour justifier la guerre. Les médias occidentaux et des pays du Golfe mènent une campagne particulièrement virulente sur une prétendue attaque chimique qui résiste difficilement à la réalité du terrain que l’armée syrienne est en train de récupérer. Les docteurs Folamour sont en effervescence. Washington, Paris et d’autres pays occidentaux redoublent de menaces de passer à l’attaque sans même avoir un minimum de retenu. Le vice-ministre des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, a de son côté estimé que la situation est «sérieuse» et accusé Washington de diffuser de «fausses informations pour trouver un prétexte» à une action militaire. «Nous appelons les Occidentaux à renoncer à la rhétorique guerrière», a déclaré lundi à l’ONU l’ambassadeur russe Vassili Nebenzia, mettant en garde contre de «graves conséquences» en cas d’action armée occidentale et rappelant que selon Moscou «il n’y a pas eu d’attaque chimique» à Douma.

Enquêtes à distance
La possibilité d’une riposte syrienne est aussi évoquée après des tirs de missiles israéliens contre la base militaire syrienne T-4 dans le centre de la Syrie. Cette agression a fait 14 morts et comme d’habitude n’a suscité aucune réaction des tenants de l’ordre international. Alors que la «bronca» sur le chimique est en train de prendre de grandes proportions, la Russie a décidé de déposer à l’ONU un projet de résolution concurrent de celui des Etats-Unis pour exiger une enquête qui impliquerait l’Organisation internationale sur les armes chimiques(OIAC). «Nous déposerons aujourd’hui un projet de résolution qui exigera une enquête», a déclaré le chef de la diplomatie russe, ajoutant que Moscou souhaiterait «que les experts indépendants de l’OIAC» participent à cette enquête. Pour que «les enquêteurs de l’OIAC remplissent leurs obligations», ils doivent «nécessairement se rendre sur place», a insisté Sergueï Lavrov. Selon lui, les forces russes en Syrie et l’armée syrienne sont en mesure de garantir la sécurité des inspecteurs de l’OIAC. «Nous ne pouvons plus donner foi aux résultats des enquêtes qui se font à distance», a-t-il ajouté. Les Etats-Unis doivent déjà déposer un projet de résolution instituant un mécanisme d’enquête international sur le recours à des armes chimiques en Syrie, un projet qui comprend des «éléments inacceptables» pour la Russie, selon l’ambassadeur russe à l’ONU, Vassili Nebenzia. Le président américain Donald Trump a fait planer la menace de bombardement visant la Syrie. Une éventualité qui pourrait avoir des conséquences incalculables, la Russie notamment présente sur le terrain syrien n’entend pas rester les bras croisés dans un conflit qui constitue pour Moscou un élément stratégique important.  
L’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Staffan De Mistura, a mis en garde lundi contre une escalade de la violence en Syrie dont les conséquences seront «dévastatrices» et «inimaginables».
Intervenant lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité pour discuter des allégations d’utilisation d’armes chimiques en Syrie, l’envoyé onusien a évoqué les dangers «des clivages au Moyen-Orient» entre puissances mondiales et régionales, animées par «des intérêts contradictoires».
L’escalade en Syrie pourrait «avoir des conséquences absolument dévastatrices qu’il nous est difficile d’imaginer», a-t-il averti. «Le Conseil de sécurité ne peut permettre une situation d’escalade incontrôlable en Syrie, sur quelque front que ce soit», a ajouté De Mistura, précisant que la protection des civils devait être «la première priorité dans ce pays déchiré par la guerre».